Un temps d'avance



horloge à voyager dans le tempsC'est Nicolas qui m'a invité à embarquer dans la chaîne à remonter le temps.

Il s'agit de faire le rêve - mais cela pourrait être un cauchemar - du voyage dans le temps. La machine étant à disposition pour un seul et unique voyage : Où aller, c'est-à-dire surtout quand ? Pour y rencontrer qui ? Pour y faire quoi ?


***

Voilà. J'ai le levier de commande entre les mains. C'est maintenant ou jamais. Il m'a dit tu n'as le droit qu'à un voyage. Un seul. Ce qui signifie qu'il n'y a pas de retour possible. Il s'agit de bien choisir la destination. Voyager à travers le temps, tout de même. Truc de dingue ! Autant ne pas y penser. Le fonctionnement de la machine est assez simple. Rudimentaire. Fermer les yeux, se concentrer sur un évènement particulier, tirer le levier, ouvrir les yeux. Un évènement. Passé ou futur. Mais lequel ? Pas le passé. La nostalgie, ce n'est pas franchement ma tasse de thé. Et puis, dès lors que tout en cet endroit du temps s'est déjà passé, et s'est passé sans moi, qu'est-ce que je pourrais bien y trouver à faire ? Observer la vie qui s'écoule, aussi concerné qu'un pêcheur au bord de l'eau et qui a oublié ses hameçons ? Trop pas ! - comme disent les jeunes d'aujourd'hui. Mieux vaut se diriger vers le futur, où tout reste à faire, où rien encore n'est connu, ni même décidé. L'avenir, donc. L'à venir... C'est vaste. Plus vaste probablement que le passé. C'est dire si je suis avancé. L'avenir, ce lieu du temps vers lequel on ne cesse de se diriger sans jamais l'atteindre. Comme on chercherait à marcher sur l'ombre de son corps. Oui, je tergiverse. Mais comment choisir puisque par définition rien qui surviendra ne m'est encore connu ? Rien sinon ma propre mort...

C'est là que je vais me rendre. Au jour d'après ma mort. L'avoir derrière moi. Ça devrait me tranquiliser. Une fois pour toutes. A jamais.

...

Je me demande quelles expressions décérébrantes il va me falloir acquérir - de nouveau - afin d'avoir l'air d'un type bien en phase avec son époque. Skyrock aura-t-elle finalement été interdit d'émettre ?

Aura-t-on enfin procédé à l'éradiction des vieux-cons ?


***

Enchaînons les petits maillons. Sylvie, Gaël, Nefisa et Madame Kevin et Le Coucou : au boulot !



Source : Un temps d'avance






Loin des yeux



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Loin des yeux



elle et nuit
Crédit : Robert Lubanski

Il dort. Sa respiration paisible, indifférente, me fait mal. Comment parvient-il à dormir ? Je suis épuisée. Je ne dors pas. Mon corps a explosé, n'est que douleurs et douleurs, pieu fiché dans mon ventre, tripes lacérées, cœur dynamité et qui bat comme hurlerait un loup à la lune. La fièvre ne me laisse aucun répit. Je suis secouée par des rafales de frissons, entrailles déchirées, membres démembrés et gisants. Sang qui palpite et me brûle, tambourine à mes tempes, tambourine le rythme effréné du temps qui refuse de passer, parce que plus rien ne passe. Parce que rien ne passe plus, ni la douleur ni la douleur. Nuit éternelle de ma vie brisée tandis que lui s'est endormi. Il a pleuré encore un peu, et puis il s'est endormi. Il dort comme s'il suffisait de ne se soulager que de quelques larmes. Je lui en veux. Bouffées de chaleur et bouffées de haine. Parce que je l'aime. Je voudrais m'asseoir sur lui, planter mes ongles dans ses yeux, ficher sa queue en moi et le chevaucher jusqu'à ne plus sentir aucune autre douleur que lui en moi lacérant de l'intérieur mon ventre opprimé. Sang contre sang. Je le ferai s'il se pouvait qu'il ne s'éveille pas, s'il se pouvait qu'il ne s'éveille plus. Que jamais plus il n'ouvre les yeux comme s'ouvrirait le rideau du théâtre de ma vie amputée déchiquetée saccagée.

Je me suis levée. J'ai choisi des sous-vêtements noirs et enfilé une robe blanche. Courte et très près du corps afin qu'ils regardent mon cul et ignorent ma blessure béante et qui les engloutira tous. Dans une petite valise j'ai fourré quelques affaires, une brosse à dents, mon parfum d'avant, quelques livres. Je n'ai pas emporté sa photo. J'ai attrapé mon sac et laissé les clefs sur la table de l'entrée. Sur le miroir de la salle de bain, je n'ai pas dessiné au rouge à lèvre mon cœur brisé ensanglanté claciné. Je suis allée aux toilettes et j'ai vomi. Et puis je suis partie.

Je ne la tiendrai plus par la main. Je traîne ma valise sur le pavé mouillé d'une ville que je quitte. Mes talons claquent claquent claquent. Elle a blotti sa petite main dans la mienne et puis elle a fermé les yeux, éteignant à jamais les couleurs du monde. Mes talons claquent claquent claquent, lacérant de l'intérieur mon ventre lacéré déchiqueté saccagé. Elle avait ses yeux et ils se sont refermés. Nuit noire, jour blanc. Jours noirs, nuits blanches.


***

Ce texte répond à l'invitation de Rimbus à participer au Jeu d'écriture n°3 initié par Madame Kevin.

Je transmets à mon tour le flambeau à Maghnia, Arf et Le Monolecte. Je ne sais si Nicolas a déjà reçu son petit carton, mais dans le doute voilà qui est fait - parce que sans lui, j'aurais éventuellement envisagé de me défiler. Na !



Source : Loin des yeux






Les Estivants



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Auteur, internet et gratuité



salaire argent eurosLe débat est un serpent de mer qui rampe à travers la toile et se fait des nœuds. Cette fois - et ce n'est pas la première fois - il a lieu chez Thierry Crouzet et rebondit chez Narvic.

Le premier pose la question : Vivre pour écrire ou écrire pour vivre ? Le second interroge Auteur en ligne, un projet insensé ? Deux questions, puis deux longues réflexions, qui pour être intéressantes, mènent l'une et l'autre dans la même impasse : il n'y a pas de modèle économique qui assure une rémunération aux auteurs en ligne.

C'est que l'un et l'autre ignorent ou feignent d'ignorer que l'essence même d'internet est la gratuité.

Certes, de plus en plus de produits sont vendus via Internet, mais Internet ne fait office là que de vitrine. Les produits sont exposés, les prix affichés, l'information est disponible, ainsi que les moyens de comparer, de prendre des avis, de décider de son achat. Mais le produit lui-même n'appartient pas à Internet. Il s'agit d'un billet de train, d'un lave-vaisselle, d'une place de cinéma ou d'un chandelier...

Internet, c'est d'abord la gratuité. Et les auteurs ne sont pas les premiers à avoir tenté de sortir de ce qu'ils considèrent comme un écueil. Personne n'y parvient pour la simple et bonne raison que tout ce qu'on pourrait vouloir vendre sur Internet et qui peut se ramener à des zéros et des uns sera également disponible gratuitement.

C'est le miracle d'Internet, il y a toujours quelqu'un qui est disposé à vous fournir gracieusement les zéros et les uns que vous recherchez. Et Google est là pour vous mettre en relation.

Vous cherchez ce qui ne va pas avec votre installation de chauffage ? Vous voulez apprendre à poser du carrelage ? Vous voulez savoir ce qui se passe en France aujourd'hui ? Vous souhaitez obtenir un conseil juridique ? Vous voulez voir de jolies photographies d'une forêt sous son manteau de neige ? Lire un texte qui saura vous émouvoir ? Vous faire réfléchir ? Vous faire rire ou vous tirer des larmes ?...

Tout cela se trouve gratuitement sur Internet, ou le partage n'est pas un vain mot. Partage des savoirs et des compétences, mais également partage des talents, y compris artistiques. On trouve sur Internet de magnifiques photographies, des courts-métrages enthousiasmants, et un foisonnement d'excellents textes - courts ou longs - et que leurs auteurs mettent gratuitement en ligne.

« Mon produit est original », clament à l'unisson journalistes et artistes - ou du moins entreprises de médias et maisons de production. « Il ne saurait se réduire à des zéros et des uns. » Ils ont raison.

Je vais ici oublier les journalistes, leur problématique particulière n'étant pas mon propos, et me contenter de donner mon point de vue sur la question de la rémunération des artistes, de leurs propositions originales - leurs oeuvres.

Pour commencer, artiste, ce n'est pas un métier. Cela ne signifie pas qu'il faille nécessairement crever de faim, mais ce n'est pas un métier et l'art n'est pas, ne peut pas être un moyen de gagner de l'argent. L'art est une fin en soi. Mieux, c'est un don - ça sort de soi et ça se propulse avec violence vers l'Autre.

Cela ne signifie pas qu'il faille nécessairement crever de faim, ni que l'artiste soit nécessairement maudit. Mais l'artiste est par nature en-dehors de la sphère marchande. Il ne saurait d'ailleurs décréter la valeur marchande de son œuvre. Plus prosaïquement, le prix de son œuvre est exclusivement déterminé par la demande - ce qui d'un point de vue de l'économie de marché est pour le moins particulier. L'art n'a littéralement pas de prix.

Le fait est que l'artiste n'a pénétré la sphère marchande qu'au cours de la seconde moitié du XXème siècle, que c'était très probablement une anomalie de l'hyperconsommation, anomalie à laquelle Internet contribue actuellement - et tout naturellement - de mettre fin.

Soyons plus précis : depuis toujours, l'immense majorité des artistes n'a jamais vécu de son art. Certains exerçaient une activité alimentaire parallèle, d'autres vivaient d'une rente, beaucoup tiraient le diable par la queue. Seule une minorité avait la chance de pouvoir vivre de leur art. Cela toujours été ainsi et c'est encore le cas aujourd'hui : la majorité ne vit pas des œuvres produites, quelques-uns seulement ont un protecteur.

Seule la nature du protecteur a changé : le prince, l'état, un mécène, aujourd'hui le marché. Et contrairement à ce que le credo libéral voudrait nous faire croire, le marché n'est pas un protecteur plus impartial qu'un autre : la main invisible n'a que faire de la qualité esthétique d'une œuvre, et n'est pas davantage une découvreuse de talents.

Je ne voulais pas faire long, aussi vais-je m'en tenir là : L'internet est un espace de gratuité retrouvée qui tend à expulser l'art de la sphère marchande où il avait fait une brève incursion. Il est tout à fait vain de penser que simultanément l'internet puisse offrir un nouveau marché pour une expression artistique, fut-elle nouvelle.

La question de la rémunération des artistes demeurent posée. Et c'est une bonne chose. Parce que cette incursion dans la sphère marchande avait créé l'illusion que cette question était réglée. Hors un petit nombre que le marché de l'art privilégiait, les artistes n'ont jamais réussi à vivre de leur art.

Pour le reste, disons seulement qu'un auteur n'est pas nécessairement un artiste, qu'un bloggeur - même doué de certains talents - reste un bloggeur et que l'existence même de la gratuité rend tout modèle payant absolument non viable.

Internet n'est qu'une immense zone de gratuité, où s'épanouissent librement le partage de l'information, les échanges sociaux et une création tout à fait originale. Et qui très accessoirement est mis à profit par les marchands traditionnels pour faire office de vitrines commerciales.



Source : Auteur, internet et gratuité






Les conditions de la Femme



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Le syndrome de Pygmalion



nu picassoIl la regarde, fait une moue. Ça ne va toujours pas. Les yeux d'abord. Les yeux surtout. Le regard ne possède pas la clarté voulue, ce pétillement. Trop de noirceur, de froideur même. Il avait espéré créer au fond de ses yeux noirs un regard à la fois chaud et lumineux. Il le découvre sombre et glacé. Et puis la hanche. La courbe est trop marquée, un peu grossière. Quand elle se déplace, elle semble lourde, lestée, comme plantée dans un sol boueux, comme si chaque pas était un déracinement. Elle parle, elle chante, elle rit. Il émane d'elle intelligence et candeur, humour et légèreté. Elle est délicieuse, pense-t-on tout d'abord. Cela ne dure pas. Rapidement on s'ennuie. A la fin, on est irrité par le son de sa voix qui rend trop le cristal et l'on y perd encore de la chaleur, quand son parfum en diffuse de trop. Elle sent bon pourtant, merveilleusement bon, au point qu'il se dit que c'est finalement ce qu'il a le mieux réussi. Il en serait presque satisfait s'il n'y cherchait en vain la subtile touche érotique qu'il y avait souhaitée. Les effluves vaginales surtout. Il a beau fourrer là son nez, il n'y retrouve rien de la nécessaire bestialité qu'on espère toujours y deviner. Il l'examine encore, doutant de plus en plus que la magie puisse tout de même opérer. L'aimer, voilà ce qui saurait couronner tant d'efforts consentis pour son oeuvre. Le dessin du sexe est certes parfait. Et les cuisses et le ventre et les seins. De toute beauté aussi. Un grain de peau sublimement soyeux - presque trop sur l'aimable rondeur des fesses, constate-t-il avec dépit. La main risque de glisser avant que d'avoir eu le temps de s'émouvoir. Et la cambrure des reins. Elle file avec élégance jusqu'au creux délicat de la nuque, là où échouent tous les baisers. Il soulève ses longs cheveux et l'embrasse là, avec un peu d'espoir encore, et découvre qu'en cet endroit crucial, qu'en cet endroit aussi, un il-ne-sait-quoi désamorce toute charge érotique. Il comprend soudain son erreur. Trop de perfections. Trop de perfections, voilà l'imperfection. Tout recommencer. Il a pris sa décision. Tout recommencer encore. Il aurait dû s'en rendre compte avant que de lui insuffler la vie. Elle va maintenant pousser d'insupportables petits cris à la vue du couteau. Elle suppliera de l'épargner. Elle ne comprendra pas. Il n'a pas la faculté de renoncer et n'a d'autre choix que de la détruire s'il ne peut l'aimer tout à fait. Elles ne comprennent jamais.



Source : Le syndrome de Pygmalion




Chama Dieumerci



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Interlude et Marcel Zang



le petit train rébusDe retour du festival d'Avignon, je m'étais sagement attelé à narrer mes sentiments à propos de tel ou tel spectacle auquel j'ai assisté. Ces petits exercices critiques ne donnent généralement pas lieu à pléthore de commentaires - bien moins en tout cas que lorsque j'évoque une Marseillaise que l'on siffle ou une burqa que l'on voudrait interdire, par exemple.

Cette fois pourtant, sous ma critique d'(A)pollonia, un certain Marcel Zang a posté en guise de commentaire un texte de son crû que lui a inspiré cette même pièce. Et quel texte !

Outre qu'il est fort long pour un commentaire, c'est-à-dire davantage que le billet lui-même, outre également qu'il m'a été plaisant de constater que nous étions au moins deux à partager mon avis, ce texte est magnifiquement torché, maniant l'ironie et le mordant de manière aussi subtile que réjouissante.

C'était signé "Marcel Zang - Ecrivain". Alors forcément, émoustillé, j'ai convoqué l'ami Google et nous avons un peu fouillé la Toile. Jusqu'à aboutir sur cette page du Potomitan, "site de promotion des cultures et des langues créoles" - annou voyé kreyòl douvan douvan - auquel l'écrivain Marcel Zang a accordé un long entretien, riche, passionnant à bien des égards, que je laisse aux curieux le soin de découvrir.

Pour ma part, j'ai souhaité, comme on se fait un mémo, me mettre de côté ce court extrait qui m'a particulièrement enchanté :

La lumière a déserté l'Occident, l'Occident est arrivé au bout, l'Occident est cuit, il n'y a plus rien à apprendre de l'Occident, et même l'Occident est obligé d'aller s'accroupir en Afrique pour pouvoir tenir le coup, l'Occident est en train de couler, en train d'amorcer son déclin depuis un moment, l'Occident est aux abois, avec sa technologie et ses milliers de canons. Non, la Maison Blanche c'est fini, l'Europe c'est fini, la France c'est fini. Il n'y a qu'à voir… Qu'est-ce qu'il y a maintenant? Plus de grands écrivains! Depuis le siècle des Lumières, et depuis Rimbaud, Baudelaire, Hugo, Zola, Dumas, Balzac, Proust, Céline, Genet, Sartre, Camus… Et puis, pouf! plus rien, le désert. Qu'est-ce qu'il y a eu depuis? Rien. C'est des signes qui ne trompent pas. Si on cherche bien, on me dira il y a eu la Duras. Mais Duras c'est pas vraiment ça. Aujourd'hui il n'y a rien, aucun grand écrivain au firmament. Donc qu'est-ce qu'on a? Rien.

Bon, j'exagère un peu, mais j'aime bien. Evidemment qu'il y a eu les Tournier, les Gracq et tout ça, et jusqu'à Quignard. Mais disons quand même qu'il n'y a rien. Si, il y a l'autre… mais il pose un peu comme le borgne au royaume des aveugles. Ca faisait un moment que j'en entendais parler; et comme pas mal de gens lui crachait dessus, j'ai décidé d'aller voir de plus près, ça m'intéresse toujours dans ces cas-là. J'ai pas été déçu: Houellebecq c'est de la graine. Il en a l'étoffe. C'est ce qu'on demande à un écrivain, avoir une vision du monde, un univers, outre le fait de posséder une langue. Et en ce sens, Houellebecq c'est l'anti-Duras. Il n'en a pas la langue, ne tricote pas avec, mais il a une chatte et des couilles, une queue et un trou.

C'est à partir de cette androgynie qu'on peut créer en trois dimensions, donner à voir un monde, le nôtre. Sûr que ce que renvoie le miroir n'est pas très reluisant, et je comprends que Houellebecq fasse grincer des dents; mais tout compte fait ça pisse pas très loin, c'est que c'est à la mesure de l'Occident. Et à part Houellebecq, faut pas chercher, tout le reste c'est des trotte-menu, des petits bras et autres phraseurs qui manquent singulièrement de coffre. Aucune véritable vision du monde là-dedans. Pas de puissance de feu, pas de couilles, pas d'épaisseur.

Mais ça te sort un bouquin tous les ans, voire tous les six mois, et la tronche à la télé ou dans le canard tous les jours. Même pas l'excuse d'un Simenon. Vite publié, vite oublié, et au suivant! C'est un fait qu'il se publie trop de livres de nos jours. Chacun y va de son petit couplet, de sa "petite musique". Les librairies en sont surchargées. De quoi se faire assommer par un bouquin un de ces quatre. Moins il y a de lecteurs, plus il y a de livres, allez comprendre ! "Quelque chose de nouveau et de vrai, c'est la seule excuse d'un livre", disait Voltaire. Ca devrait être gravé au fronton de toutes les librairies.

Du coup, avouez, je n'y peux finalement pas grand-chose si je ne parviens à rien écrire de nouveau et de vrai, c'est à dire de moi. Où trouverais-je en moi à rallumer cette lumière qui m'a déserté en même temps qu'elle s'est éteinte sur l'Occident, dont je suis ? Dont je suis forcément.

Dont je ne suis pas tout à fait, cependant, puisque j'ai en moi la conscience aiguë de l'obscurité. Puisque c'est elle justement qui m'invite à écrire.

Mais putain ce que c'est difficile d'écrire dans le noir !

Quand même, je me demande si c'est tout l'Occident qui se trouve déserté par la lumière, ou seulement la France - voire la vieille Europe. Parce que tout de même, il demeure encore quelques grands écrivains en Amérique du Nord. Toni Morrison ou Russell Banks, par exemple.

Qu'importe, pour ce qui me concerne, j'ai en effet le sentiment d'avoir éclos sur un arbre mort.

...

Ce serait donc cela, qui me manque si cruellement, la lumière ? Un air moins vicié par la déliquescence, où on puisse respirer et s'épanouir ? De l'épaisseur, un coffre où puissent résonner les mots qu'on a en travers de la gorge, qui ne sortent pas - et quand ils sortent parfois, ce qu'on aurait voulu être un cri s'avère n'être encore qu'un autre râle, vulgaire et sans souffle...

Ça ne sert à rien, vouloir comprendre son impuissance. On ne bande pas, voilà tout.

Et Houellebecq ne bande pas non plus, ou bande aussi mou que tous les autres. Mais ce n'est pas une consolation.

On ne bande pas. Voilà tout.



Source : Interlude




Casimir et Caroline, Ödön von Horvath



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Exercice d'écriture en 7 minutes - #3



Contrainte en 5 mots : « Tempête - Folie - Gueule - Note - Croire »



Le bateau file sur les eaux tumultueuses. Il savait que c'était une folie. On ne sort pas seul en mer sur un paquebot. Il risque de s'ennuyer. Il n'aime pas être seul et il déteste la mer. Pas une folie, juste une belle connerie. Sa mère lui disait toujours : « T'es rien qu'un petit con, mon fils. Et pourtant je t'aime. » La deuxième partie de la phrase, il pense parfois que c'est son cerveau malade qui l'a inventée. Comme lorsqu'il regarde sa gueule cassée dans un miroir et qu'il se trouve beau. Son imagination. Pas grave, il suffit d'y croire. Il pousse le moteur. A fond dans la tempête. Il s'en fout, ce n'est pas lui qui paiera la note. L'océan se déchaîne, une vague gigantesque submerge le paquebot. Lui avec. Pas lui qui paiera la note. Il les emmerde, les hommes, leurs lois. L'amour qui ne vient jamais. Il va se jouer le Titanic en solo. Et sans les violons. Le paquebot se brise en deux. Son coeur aussi.





A propos de l'exercice :

L'idée de me livrer à ce petit jeu littéraire me vient d'avoir reçu une invitation à participer à «L'AMOUR d'écrire en DIRECT», soirées animées par Marc-Michel GEORGES sous le parrainage des Ecrivains Associés du Théâtre : Joutes littéraires, soirée ludique et décalée ! 4 auteurs invités à écrire en 7 mn à quatre reprises, des intermèdes, un petit film d'humeur, un jury de personnalités de théâtre et de cinéma. Prix du jury, prix du public, puis jet de confetti, langues de belle-mères. (en savoir plus)

Pour tout vous dire, une telle expérience, pour me séduire beaucoup, ne m'en terrorise pas moins. Non pas tant d'écrire durant sept minutes dans mon coin que d'avoir ensuite à lire le résultat devant un public d'une paire de centaines de personnes - à ce qu'on m'en a dit. La traîtresse qui se dit mon amie et qui a balancée mon nom - et mes coordonnées - a certes elle-même participé à une de ces soirées dont on dit qu'elles emportent un franc succès, mais elle est une comédienne exceptionnelle en sus d'être une auteur talentueuse, et le public, elle, elle adore !

Donc voir déjà ici, dans l'ombre, ce que cela peut donner. Il s'agira chaque fois d'écrire un texte en 7 minutes à partir d'une contrainte, choisie en piochant au petit bonheur dans un livre de ma bibliothèque, une phrase comme point de départ ou d'arrivée, ou bien quelques mots qui devront apparaître... 7 minutes d'écriture... aucune retouche permise.

Vos commentaires sont évidemment les bienvenus.



Source : Exercice d'écriture en 7 minutes - #3




XXXXX est une couille molle



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Exercice d'écriture en 7 minutes - #2



Contrainte en clôture : « Ils restaient immobiles, tenant leur cabas à la main, et ils se taisaient. »

- dernière phrase du roman de Vassili Grossman,
« Vie et destin »



Les enfants hurlaient, courraient en tous sens, renversaient les rayons sur leur passage. Un tourbillon. Les aliments jonchaient le sol dans des allées désertes. Ils étaient rassemblés au rayon jouets, maintenant, où ils démolissaient tout, consciencieusement, arrachant bras et jambes des poupées, massacrant sous leurs pieds les consoles électroniques, éventrant les boîtes de jeux de sociétés, mettant en charpie tous les jouets qu'on aurait voulu leur faire choisir, et faire acheter à leurs parents. Trop chers de continuer à faire les enfants, jouer en toute insouciance. La crise avait frappé et faisait mal. Leurs parents pleuraient le soir, sans fin, depuis trop longtemps. Il leur fallait agir. Ils agissaient. Sous les regards atterrés de leurs parents, qui les avaient conduits jusqu'au grand magasin pour poursuivre encore un peu le grand jeu de la consommation. Et les enfants détruisaient leurs propres rêves. Et les parents les laissaient faire, ne comprenant pas. Ils restaient immobiles, tenant leur cabas à la main, et ils se taisaient.





A propos de l'exercice :

L'idée de me livrer à ce petit jeu littéraire me vient d'avoir reçu une invitation à participer à «L'AMOUR d'écrire en DIRECT», soirées animées par Marc-Michel GEORGES sous le parrainage des Ecrivains Associés du Théâtre : Joutes littéraires, soirée ludique et décalée ! 4 auteurs invités à écrire en 7 mn à quatre reprises, des intermèdes, un petit film d'humeur, un jury de personnalités de théâtre et de cinéma. Prix du jury, prix du public, puis jet de confetti, langues de belle-mères. (en savoir plus)

Pour tout vous dire, une telle expérience, pour me séduire beaucoup, ne m'en terrorise pas moins. Non pas tant d'écrire durant sept minutes dans mon coin que d'avoir ensuite à lire le résultat devant un public d'une paire de centaines de personnes - à ce qu'on m'en a dit. La traîtresse qui se dit mon amie et qui a balancée mon nom - et mes coordonnées - a certes elle-même participé à une de ces soirées dont on dit qu'elles emportent un franc succès, mais elle est une comédienne exceptionnelle en sus d'être une auteur talentueuse, et le public, elle, elle adore !

Donc voir déjà ici, dans l'ombre, ce que cela peut donner. Il s'agira chaque fois d'écrire un texte en 7 minutes à partir d'une contrainte, choisie en piochant au petit bonheur dans un livre de ma bibliothèque, une phrase comme point de départ ou d'arrivée, ou bien quelques mots qui devront apparaître... 7 minutes d'écriture... aucune retouche permise.

Vos commentaires sont évidemment les bienvenus.



Source : Exercice d'écriture en 7 minutes - #2




Exercice d'écriture en 7 minutes - #1



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Exercice d'écriture en 7 minutes - #1



Contrainte en ouverture : « C'est d'abord une phrase qui m'a traversé la tête : "La mort est un processus rectiligne." »

- première phrase du roman de Daniel Pennac,
« La Petite Marchande de prose »



C'est d'abord une phrase qui m'a traversé la tête : « La mort est un processus rectiligne. » Un paradoxe. Une phrase, c'est tout de même la seule chose qui peut vous traverser la tête sans vous tuer. Pas si sûr. Il arrive que les mots tuent. C'est ainsi que j'ai tué ma femme. Une véritable guerre de tranchées. Une longue boucherie. Les mots fusaient dans la cuisine, dans la chambre, dans le salon. Partout dans la maison, mais c'est encore chez les autres, en leur présence, qu'ils touchaient le plus fort et faisaient le plus mal, causant les dégâts les plus irréparables. Un jour que nous dînions chez des amis - maintenant, ils sont devenus SES amis - j'ai prononcé les mots qui achevèrent la guerre et tuèrent ma femme, l'amour qu'elle avait eu pour moi, il y a longtemps. « Je crois que je ne t'aime plus. » C'était faux. C'était pour surenchérir. Mais il n'y a pas de mots tirés à blanc et la mort de l'amour dans le coeur d'une femme est un processus féroce.





A propos de l'exercice :

L'idée de me livrer à ce petit jeu littéraire me vient d'avoir reçu une invitation à participer à «L'AMOUR d'écrire en DIRECT», soirées animées par Marc-Michel GEORGES sous le parrainage des Ecrivains Associés du Théâtre : Joutes littéraires, soirée ludique et décalée ! 4 auteurs invités à écrire en 7 mn à quatre reprises, des intermèdes, un petit film d'humeur, un jury de personnalités de théâtre et de cinéma. Prix du jury, prix du public, puis jet de confetti, langues de belle-mères. (en savoir plus)

Pour tout vous dire, une telle expérience, pour me séduire beaucoup, ne m'en terrorise pas moins. Non pas tant d'écrire durant sept minutes dans mon coin que d'avoir ensuite à lire le résultat devant un public d'une paire de centaines de personnes - à ce qu'on m'en a dit. La traîtresse qui se dit mon amie et qui a balancée mon nom - et mes coordonnées - a certes elle-même participé à une de ces soirées dont on dit qu'elles emportent un franc succès, mais elle est une comédienne exceptionnelle en sus d'être une auteur talentueuse, et le public, elle, elle adore !

Donc voir déjà ici, dans l'ombre, ce que cela peut donner. Il s'agira chaque fois d'écrire un texte en 7 minutes à partir d'une contrainte, choisie en piochant au petit bonheur dans un livre de ma bibliothèque, une phrase comme point de départ ou d'arrivée, ou bien quelques mots qui devront apparaître... 7 minutes d'écriture... aucune retouche permise.

Vos commentaires sont évidemment les bienvenus.



Source : Exercice d'écriture en 7 minutes - #1




Obamania



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La tête dans la vase



Ecrire...

Je me sens parfois petit poisson qui tourne en eau de boudin dans son bocal de verre.


avoodware

et son foutware


La tête dans la vase





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Du processus artistique



Alimenter son esprit comme on alimente son corps.

Se Nourrir
Digérer
Froncer les sourcils
Et puis expulser la merde

Ensuite, prétendre que c'est de l'art.

Ou bien avoir du talent : façonner l'étron, le rendre appétissant, en nourrir ses semblables...


Du processus artistique





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Auto suggestion



S'ébattre plutôt que se débattre.

L'écrire une fois, et puis garder en soi le sens des mots.

Être plutôt que dire.

Être et puis trouver le plaisir.

S'ébattre.

Être.


Auto suggestion





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Ecrire à hauteur de soi



J'ai commencé par une nouvelle, comme tous les écrivaillons, ou beaucoup d'entre eux. Comme on fait quand on pense en avoir fini avec les petits poèmes adolescents et leurs relents néo-pubères.

Une nouvelle, parce que ça semble plus simple, et aussi parce qu'on s'imagine qu'il sera moins douloureux de mettre dix pages au panier plutôt que trois cents. L'impression que cela fera moins mal. Ce n'est pas vrai, on y met autant d'orgueil et il suffit d'une demi-page pour comprendre comme il est difficile de se confronter à ses propres insuffisances, ses propres incapacités, savoir qu'on n'a rien produit qui puisse prétendre à davantage qu'à ce grand catalogue des médiocrités dont on tire de médiocres livres. Toutes ces merdes auxquelles on passe un ruban et qui s'exposent sans pudeur sur les présentoirs prétentieux des librairies de France.

Ce n'est pas pour cela qu'on écrit. On voudrait bien que cela ne fut pas pour ce résultat trivial, trop éloigné des ambitions supérieures de l'artiste qu'on prétend être ou devenir - mais je ne crois pas qu'on puisse devenir artiste, pas en tout cas comme on devient boulanger, à force de travail et d'abnégation ; il y a autre chose, mais quoi ?

Certes, le ruban est utile. C'est tout de même qu'il faut bien vendre un peu, être lu. A quoi bon écrire sinon. Exposer son cul, seul dans l'obscurité d'une pièce aveugle, ce n'est pas pour cela qu'on écrit. Pourtant, le tintement de la monnaie dans l'escarcelle, trace tangible et certainement pas vulgaire laissée là par un lecteur qu'on ne voit ni n'entend, ce n'est pas non plus ce après quoi l'on soupire.

*

Exposer son cul. Ce besoin qu'on a de s'exprimer. Dire et être entendu. Ecrire et être lu. Etre sincère et séduire. Vendre mais sans faire du commerce. Ne pas chercher à plaire, mais plaire quand même.

On ne montre pas son cul pour que celui qui le regarde le trouve beau et se mette à bander. Il faut néanmoins qu'il soit présentable, visible et regardé pour qu'on puisse justifier de le montrer. Etre lu pour justifier que l'on écrive. Et donner un peu de plaisir aussi, pour justifier que l'on existe.

C'est donc un miroir que l'on espère. Toute la différence entre le strip-tease et l'exhibition : le plaisir de l'autre, dans un cas comme une finalité, dans l'autre comme un simple hommage. Un écrivain est un exhibitionniste, pas une strip-teaseuse. Il ne s'agit pas pour lui de plaire, il ne s'agit pas d'abord de cela, ni surtout des artifices dont il faudrait user pour y parvenir, s'assurer que l'on va pouvoir vendre beaucoup.

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Au début, c'était facile. Les idées venaient à moi sans qu'il me fut besoin de les appeler. Je n'avais qu'à poser les mots, les ordonner et hop ! une nouvelle. Et puis une autre. Et bientôt six qui firent un recueil. Un peu trop longues ? Pas grave, il n'y a qu'à dire que ce sont des récits. Un recueil de récits, voilà.

De la merde ? En réalité, même pas. Pas si mauvais pour un début. De sympathiques petites histoires. Pas beaucoup d'humour certes, mais un peu quand même. Pas vraiment écrites avec les tripes mais bon, quelques moments d'émotion à l'occasion. Qui leur tireront bien une larme ou deux. Des mots, des phrases, un livre donc.

La potentialité d'un livre comme il y en existe des milliers et en moi, rien. Sensation de rien. De la poudre aux yeux, des paillettes, du vent. Je n'y étais pas. Je n'avais rien donné qui m'appartienne, un peu de bile tout au plus. Même pas mal. J'étais encore debout, coincé dans mon douillet petit cocon qui deviendrait aussi mon cercueil. J'avais tombé la cravate, et puis quoi ? Et aujourd'hui encore, quoi ? Toujours ce putain de noeud autour de mon cou trop large, ce noeud bien serré et qui m'empêche de gueuler comme un porc. Allez, un petit effort mon garçon, laisse-toi donc égorger. Qu'on voie enfin tes tripes.

Sept ans et j'ai tout gardé à l'intérieur. Sage petit bonhomme.

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Bon, tout de même, envoyons ça aux éditeurs. En reçoivent des paquets de cette bouillie sans odeur ni saveur. En publient même puisque ça se vend pour peu que l'emballage... Pourquoi d'ailleurs feraient-ils la fine bouche ? Sont pas là pour faire des entrechats, après tout.

Pas d'angoisse en tout cas. Un refus ne signifiait pas que c'était mauvais, simplement que ce n'était pas génial. Ça, merci, je le savais. Me déplairait pas moi, pourtant, de pondre un truc génial. Même trois lignes. Faudrait que ça me fasse mal comme de s'arracher lentement une oreille. J'y suis prêt. On ne crée pas à partir de rien. Il faut donner de soi. L'art...

Mais je ne vais pas me mettre à disserter sur l'art. Tout le monde s'en fout. Moi en tout cas je m'en fous. Je ne sais pas ce que c'est, l'Art. Ne veux surtout pas le savoir. Je ne suis pas à la recherche d'une expression ni d'une reconnaissance artistique. Je ne cherche qu'à dire et raconter, créer pour cesser de vivre et enfin exister, créer à partir de moi pour être et cesser de mourir connement comme un lapin au milieu de la route qui crève en regardant les camions lui passer dessus et les compte : un deux trois me casse les noix, quatre cinq six chaire à saucisse...

Enlever la peau, fouiller dans les chairs à mains nues et mettre le tout sur la table. Pousser les mauvais morceaux en avant, ceux qui sentent le plus fort. Parce qu'il s'agit que ça pue pour que ça vaille un peu la peine. Il s'agit de sortir sa merde et en faire de la dentelle. C'est ça l'inspiration, se nourrir de sa propre matière fécale. Et écrire, finalement, ce n'est que vomir avec un peu d'élégance.

N'en suis pas là. Ne sais pas comment m'y prendre, pour entrouvrir les vannes. Laisser couler un petit filet. Et j'observe avec grand intérêt ce qui sort des autres, mes contemporains. Pas grand-chose le plus souvent. Aucun souffle de vie, ou de mort. Aucun souffle du tout. Quelques malheureuses petites pages et imprimées en gros caractères pour que ce soit plus facile à lire, des phrases creusent et qui se la racontent. Des petites histoires de cul avec des gros mots. Pas de vulgarité surtout, juste un petit peu de soufre pour que ça hume moderne. C'est le parfum contenu du scandale qu'on y trouve, rien d'autre. Le must en ce moment : des femmes qui parlent de leurs culs en faisant des phrases courtes, un langage cru, pas plus de cent cinquante pages. Un bon produit marketing.

Pourquoi pas, d'ailleurs. Mais parmi ceux-là, combien d'écrivains ? Ils disent un peu, ils expriment un peu, ils racontent un peu, mais ils n'écrivent pas. Les mots sont posés sur le papier, en ordre, proprement, savamment même pour certains et tiens, ce serait presque joli, mais on n'y voit pas leur âme, ou la nôtre qui s'y reflèterait, ou une âme, n'importe laquelle. Leurs livres ne sont pas écrits et n'en sont pas, seulement un peu de papier et puis de l'encre.

L'écriture, c'est ce petit truc en plus qui d'un livre fait un livre vrai, la différence qu'il y a entre faire l'amour gentiment à sa femme et une bonne grosse baise avec une inconnue - ou quand on réalise que sa femme est aussi cette inconnue. Ecrire c'est tremper sa plume jusqu'aux entrailles et continuer à bouger le cul même quand vient la douleur. Cent fois, mettre l'autre cul par-dessus tête, et puis le laisser pour mort. C'est cela que fait un livre vrai à son lecteur : il le baise, le fait jouir et puis le fait mourir. Un bon petit bouquin, c'est de la branlette, c'est agréable, ça ne fait de mal à personne, merci et au revoir. Après vous êtes le même qu'avant, juste un petit peu plus proche de la mort. Mais on ne s'est pas ennuyé et c'est toujours ça de pris sur le non-être. Oui, sans doute, et puis quoi ? Et puis quoi quand une oeuvre vraie vous bouleverse et vous permet d'accéder à un peu d'éternité ?

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Apprendre l'humilité et seulement écrire avec ce qu'on a. Ne pas renoncer, avoir beaucoup d'ambition, mais savoir mesurer chichement ses prétentions. Viser un peu au-dessus du commun et tenter d'ignorer qu'on ne s'élèvera pas si haut que ceux dont on aime les livres et qui sont les seuls vrais écrivains.

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Oui, parvenir à hauteur de soi, ce serait déjà beaucoup.


Ecrire a hauteur de soi





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Ecrire et être



Bientôt sept ans que j'ai tourné la page. Tourné le dos à tout. Non, pas tout à fait tout. Juste un bon boulot et qui payait bien. Une certaine idée qu'on peut se faire de la réussite, cette illusion que je n'avais pas d'une utilité sociale. Tourner le dos à cela, c'était la partie la plus facile, une évidence en même temps qu'une nécessité. Mais d'abord une évidence.

Je n'ai renoncé à rien. Il n'y avait pas pour moi d'autre chemin. Créer et être. Etre enfin. Vivre. Ne plus passer le temps à faire semblant, semblant de croire qu'on pourra tromper la mort - c'est elle qui nous baise à la fin, de toutes les façons. Ne plus laisser passer le temps, donc, et vivre. Faire face. Ecrire...

Besoin d'écrire ou envie seulement ? Qu'importe, besoin d'exister vraiment. Ecrire était le seul moyen. Je n'ai renoncé à rien et je me suis mis à écrire.

Sept ans, et j'ai écrit quoi ? Quelques centaines pages. De la poudre aux yeux, un écran de fumée. J'ai écrit et je n'ai rien dit. Des mots, et puis des mots, et puis des mots. Rien. Du vent. Je suis absent, pas là, caché bien à l'abri de toutes les phrases creuses que je fais pour m'y dissimuler, ne surtout pas paraître. Et de ce point de vue, c'est une réussite : je ne m'y reconnais pas. Des creux et du vide autour. Je n'y suis pas, ne suis pas plus avancé que quand je perdais honnêtement ma vie. Je n'ai pas fait face et j'ai continué de biaiser. Encore et encore. Et encore.

J'avais dit : " je veux raconter des histoires" et c'était un leurre. Ce que je veux avant tout, c'est parler de moi, c'est être et exister à l'intérieur de mes mots. Etre révélé par les mots qui me viennent et être révélé d'abord à moi-même.

Pouvoir mettre mes tripes sur la table et y mettre le feu, être capable de cela. Me lâcher et décoller un peu. Ouvrir les yeux. Plonger à pleines mains dans mes entrailles noires, touiller et toucher un peu ce qui me ronge et me rend aveugle à moi-même. Faire face et ouvrir les yeux. Ecrire pour tenter d'y voir juste un peu plus clair et comprendre pourquoi on continue malgré tout, cette errance aveugle parmi ce rien qui est partout, en nous et autour, ce rien que l'on respire et qui nous étouffe.

La vie, cet abîme autour de nous et qui nous aspire...

La vérité est que j'ai le vertige et que je refuse de voir. Je ne cherche en réalité qu'à ignorer que je tombe. Trop dangereux, se lâcher. Mourir cramponné à l'illusion qu'on ne tombe pas. Faire des mots qui n'en sont pas. Des mots, des mots, rien que des mots encore et toujours. Pourtant, écrire...

Ecrire afin que chaque phrase soit une part de moi que je déshabille. Ecrire jusqu'à être nu. Nu et puis libre. On verrait bien alors si je pèse plus lourd que du vent. Ce simple amas de poussières et qui y retourne.

Il faudrait n'écrire d'abord que pour soi. Ne pas chercher à plaire. Effacer des mots ce sourire qui ne cherche qu'à séduire, cet éternel sourire de l'être qui a faim d'être aimé et n'est jamais rassasié de ça.

Seulement cela, écrire.

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Ecrire et être





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Dans Loin de Chandigarh, de Tarun J Tejpal



Manuel de l'Artiste en Jeune Homme. 1987

Petit déjeuner, sexe, journaux, ablutions à 9 heures.
Début du travail à 9 h 30.
Pause à 13 heures.
Déjeuner léger et sieste de 13 à 16 heures.
Reprise du travail de 16 heures à 19 heures.
Une tasse de thé à 17 h 30 mais sans pause.
Ecrire un minimum de 800 mots par jour.
S'autoriser deux jours de repos par semaine. Soit : 4 000 mots par semaine.
Garder à l'esprit que la discipline est aussi essentielle à l'écriture que l'inspiration.
Pas de films pendant la semaine.
Ne pas lire Kafka, Joyce, Faulkner.
Lire de la poésie avant de dormir : Hardy, Larkin, Stevens, Whitman, Yeats, Eliot.
Lire une page de Shakespeare chaque soir.
Pas d'alcool les jours de travail.
Pas de sexe pendant le travail.
Courir chaque soir pour faciliter la circulation sanguine.

Etre ambitieux - canevas large et expansif.
Se rappeler que les grands textes se soucient peu d'action.
Se concentrer sur les idées et les personnages.
La forme compte autant que le fond. Innover.
Ecrire à la troisième personne - avec l'omniscience de l'auteur.
Rendre la prose mémorable - procurer une joie stylistique.
Eviter l'étalage des émotions.
Maintenir une écriture intraitable : le monde est dur.
Ne pas s'échiner à être plausible : l'Inde n'est pas plausible.
Eviter les scènes de sexe : difficiles à réaliser, faciles à dénigrer.
Ne rien dévoiler du texte en cours d'écriture.
Le monde est envahi d'âneries que personne ne lit : ne pas en rajouter.
L'écriture n'est pas la vie. Fizz est la vie.

Note du Blogueur : Fizz est la compagne du narrateur et son grand amour. Elle corrige l'injonction en : L'écriture est la vie. Fizz est Fizz.


Dans "Loin de Chandigarh", de Tarun J Tejpal





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Ecrire vrai



Ne pas faire de style. Surtout ne pas faire de style. Et ne pas tenter de ressembler à. Ni à faire comme ou à la manière de. Ne pas écrire comme il se fait d’écrire aujourd’hui. Se souvenir qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises manières. Il ne s’agit que de soi.

Donc ne pas penser au lecteur. Pas trop.

Ecrire et puis entendre sa voix. La chercher. S’écouter et ne pas se censurer. Non ! ne pas s’écouter justement, seulement lâcher les mots et les projeter là, en dehors de soi. Ne se soucier de rien, de rien d’autre que d’écrire vrai.

Comprendre ce que cela signifie, écrire vrai.

Ne pas faire des ronds de jambes. Ne pas faire des phrases comme on enfilerait des mots pour faire un joli collier à sa jolie maman. Ecrire vraiment.

Ecrire, tout simplement. Et cesser d’écrire comme si quelqu’un lisait par-dessus mon épaule !


Ecrire vrai





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histoire vraie



Qu’importe après tout qu’une histoire soit vraie, qu'elle ait été vécue dans le monde réel, pourvu qu’elle existe et que quelqu’un la raconte, et pourvu qu’une seule personne puisse l’entendre et s'y reconnaître, ou simplement s'y sentir bien.


histoire vraie





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lard du roman



Un roman, c’est une sorte de vieux sandwich : du réel plus ou moins avarié enfermé entre deux tranches de fiction. Pas toujours facile a digérer.


lard du roman





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argument pour l'édition en ligne



L'édition en ligne est-elle une alternative ? C'est en somme la question qui revient le plus souvent depuis que j'ai construit ce site. Sans ambiguïté, ma réponse est négative. Il ne s'agit ni d'une alternative, ni d'un renoncement. Je conçois cette forme d'édition davantage comme un étape qui ne substitue en rien à l'édition classique.

Je m'explique.

Si écrire est un moyen, moyen de s'exprimer, de sortir de soi, se concevoir comme écrivain c'est chercher à être lu, aller vers les autres avec ça, ce qu'on a écrit. La finalité n'est pas le livre, mais bien le lecteur. Être lu.

Avant l'internet, il n'y avait que deux possibilités. Soit l'on était édité, un manuscrit devenait livre et tout un chacun, le public, devenait lecteur potentiel. Soit on ne l'était pas, ou pas encore, et le seul lectorat possible était alors constitué par l'entourage de l'auteur. Dans un cas, tout le monde, et dans l'autre, personne. Parce que ce qui fait le lecteur est son anonymat, c'est pour une figure sans nom que l'on écrit, et à lui seul qu'on s'adresse. On ne peut lire de la même manière les mots d'un auteur avec qui l'on a une relation personnelle, ce proche qui écrit, que l'on connaît et que l'on veut et croit reconnaître dans les mots qu'il écrit.

Il y avait aussi l'auto-édition, ou l'édition à compte d'auteur, et qui n'est qu'un leurre, qui est selon moi confondre le moyen avec la fin, le livre avec le lecteur. Car ce qui fait l'éditeur n'est pas le livre mais sa faculté de "faire paraître au jour", de rendre public, de diffuser en somme. L'édition à compte d'auteur donne la satisfaction de voir ce qu'on a écrit prendre la forme de l'objet livre, mais un livre dans une tour d'ivoire auquel le public n'a pas accès. Et donc, là encore, point de lecteurs. Ou trop peu.

Aujourd'hui, l'édition en ligne, grâce à ce formidable outil de diffusion qu'est internet, permet de tracer un chemin entre ses deux points que sont l'édition et la non-édition. Elle permet d'élargir un peu le champ des lecteurs. Un peu seulement, il ne faut pas se leurrer là-dessus, car faute de publicité réelle et sauf alchimie imprévisible, on restera invisible au plus grand nombre, noyé dans la masse, en diffusion restreinte. Il reste que chaque lecteur supplémentaire insuffle la vie aux mots qui ont été écrit, simplement parce qu'ils sont lus et qu'ils ont été écrits pour l'être.

Une étape, donc. Ce qui signifie qu'en adoptant cette démarche l'auteur ne renonce pas, en aucun cas, à voir ultérieurement son travail reconnu et édité plus largement, voir ses manuscrits devenir livres, son travail être rétribué, et ses livres achetés par des lecteurs plus nombreux être lus et appréciés. Avoir le plaisir d'être lu et avoir celui d'en donner, et de ce plaisir en obtenir le plus possible.

Une étape aussi, parce que si ce passage par l'édition en ligne permet un tant soit peu à l'auteur qui en passe par là de développer un petit lectorat, c'est également une assise qui ne peut que constituer un plus pour un éditeur qui serait éventuellement intéressé par son travail, une sorte d'argument commercial - le mot n'est pas sale et un auteur n'a pas nécessairement à endosser le rôle un peu hypocrite de l'artiste naïf et pur qui refuse d'être concerné par ce genre d'argument beaucoup trop en-dessous de la ceinture, ou de la hauteur à laquelle il place son esprit... C'est qu'il doit bien y avoir une mauvaise raison, tout de même, pour laquelle les livres ne sont pas distribués gratuitement dans les lieux publics. Pas plus que le pain...

Mais puisque c'est sur ce thème que je suis arrivé, j'en termine par là en disant que si pour ma part j'ai tenu à adjoindre sur ce site la possibilité de "faire un don à l'auteur" à celle de "télécharger librement", c'est bien pour souligner que si ma démarche n'est là en aucun cas commerciale, je n'en vise pas moins à une certaine reconnaissance de mon état d'écrivain et du travail, en sus du plaisir, que cela implique.

Pour faire court, disons qu'il s'agit d'une proposition faite aux lecteurs d'un mécénat symbolique. A moins que ce ne soit en définitive la proposition elle-même qui relève d'une certaine symbolique...





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Hannibal Balibar



Je l'ai rencontré lors d'une fête.
Il faut que j'en dise bientôt davantage.

Ce n'est pas encore le moment.


Hannibal Balibar





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