Pomper n'est pas inspirer



pomperL'homme, pas très grand, semblait fragile. Un corps frêle surmonté d'un visage émacié, creusé jusqu'à l'os. Jambes et bras d'une maigreur extrême. Nul besoin qu'il fut allongé dans ce cercueil pour comprendre qu'il était mort.

Nul besoin qu'il fut allongé dans ce cercueil pour comprendre qu'il était mort ?

Déjà hier…

D'où me vient cette fixation ? Je fouille en moi, je n'ai pas la réponse. Laissons cela. Laissons les mots venir, ne pas les refuser, ne pas les refouler. Accepter la règle du jeu. Improvisation, écriture libre… Libre ?

Je triche. Je fouille en moi, je remue la masse des souvenirs. Il y a bien quelque part, en moi, un petit souvenir duquel je puisse tirer quelques mots et qui m'éviteront d'en revenir au tragique. La mémoire est une muse acceptable, après tout…

Rien. Une phrase seulement. Je ne vois pas bien ce que je pourrais parvenir à en tirer. Pomper n'est pas inspirer. Tu parles d'une phrase ! Pomper la mémoire pour trouver l'inspiration. Pomper la muse… Pour sûr elle n'aimera pas.

Pomper, inspirer, expirer. Une ellipse acceptable, peut-être, autour de l'acte d'écrire. Aller, voyons ça - je n'ai rien d'autre.

Pomper dans les souvenirs. D'abord pomper dans les souvenirs. Tout part de là, nécessairement. L'écrivain n'a pas d'autre matière à modeler. Tout part de soi.

Et puis inspirer, c'est-à-dire transformer, remodeler, sublimer si possible. Créer. Oui, c'est là qu'on peut se prendre pour Dieu, quand vient l'inspiration, cette douce transe. Créer, donc.

Enfin, expirer. Et là il s'agit de livrer au monde, à l'extérieur de soi, ce qui s'est façonné à l'intérieur. Permettre à ce qui a été créé d'être habité par l'Autre. Phase laborieuse où beaucoup est affaire de technique, parfois d'artifice.

Combien se contentent en réalité de pomper d'abord et d'expirer ensuite, auxquels manquent alors cruellement la dimension artistique ? Pompeux petits écrivaillons que nous sommes.

Surtout, expirer c'est mourir, encore. Et encore.



Source : Pomper n'est pas inspirer






La mort n'est rien



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Un temps d'avance



horloge à voyager dans le tempsC'est Nicolas qui m'a invité à embarquer dans la chaîne à remonter le temps.

Il s'agit de faire le rêve - mais cela pourrait être un cauchemar - du voyage dans le temps. La machine étant à disposition pour un seul et unique voyage : Où aller, c'est-à-dire surtout quand ? Pour y rencontrer qui ? Pour y faire quoi ?


***

Voilà. J'ai le levier de commande entre les mains. C'est maintenant ou jamais. Il m'a dit tu n'as le droit qu'à un voyage. Un seul. Ce qui signifie qu'il n'y a pas de retour possible. Il s'agit de bien choisir la destination. Voyager à travers le temps, tout de même. Truc de dingue ! Autant ne pas y penser. Le fonctionnement de la machine est assez simple. Rudimentaire. Fermer les yeux, se concentrer sur un évènement particulier, tirer le levier, ouvrir les yeux. Un évènement. Passé ou futur. Mais lequel ? Pas le passé. La nostalgie, ce n'est pas franchement ma tasse de thé. Et puis, dès lors que tout en cet endroit du temps s'est déjà passé, et s'est passé sans moi, qu'est-ce que je pourrais bien y trouver à faire ? Observer la vie qui s'écoule, aussi concerné qu'un pêcheur au bord de l'eau et qui a oublié ses hameçons ? Trop pas ! - comme disent les jeunes d'aujourd'hui. Mieux vaut se diriger vers le futur, où tout reste à faire, où rien encore n'est connu, ni même décidé. L'avenir, donc. L'à venir... C'est vaste. Plus vaste probablement que le passé. C'est dire si je suis avancé. L'avenir, ce lieu du temps vers lequel on ne cesse de se diriger sans jamais l'atteindre. Comme on chercherait à marcher sur l'ombre de son corps. Oui, je tergiverse. Mais comment choisir puisque par définition rien qui surviendra ne m'est encore connu ? Rien sinon ma propre mort...

C'est là que je vais me rendre. Au jour d'après ma mort. L'avoir derrière moi. Ça devrait me tranquiliser. Une fois pour toutes. A jamais.

...

Je me demande quelles expressions décérébrantes il va me falloir acquérir - de nouveau - afin d'avoir l'air d'un type bien en phase avec son époque. Skyrock aura-t-elle finalement été interdit d'émettre ?

Aura-t-on enfin procédé à l'éradiction des vieux-cons ?


***

Enchaînons les petits maillons. Sylvie, Gaël, Nefisa et Madame Kevin et Le Coucou : au boulot !



Source : Un temps d'avance






Loin des yeux



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Loin des yeux



elle et nuit
Crédit : Robert Lubanski

Il dort. Sa respiration paisible, indifférente, me fait mal. Comment parvient-il à dormir ? Je suis épuisée. Je ne dors pas. Mon corps a explosé, n'est que douleurs et douleurs, pieu fiché dans mon ventre, tripes lacérées, cœur dynamité et qui bat comme hurlerait un loup à la lune. La fièvre ne me laisse aucun répit. Je suis secouée par des rafales de frissons, entrailles déchirées, membres démembrés et gisants. Sang qui palpite et me brûle, tambourine à mes tempes, tambourine le rythme effréné du temps qui refuse de passer, parce que plus rien ne passe. Parce que rien ne passe plus, ni la douleur ni la douleur. Nuit éternelle de ma vie brisée tandis que lui s'est endormi. Il a pleuré encore un peu, et puis il s'est endormi. Il dort comme s'il suffisait de ne se soulager que de quelques larmes. Je lui en veux. Bouffées de chaleur et bouffées de haine. Parce que je l'aime. Je voudrais m'asseoir sur lui, planter mes ongles dans ses yeux, ficher sa queue en moi et le chevaucher jusqu'à ne plus sentir aucune autre douleur que lui en moi lacérant de l'intérieur mon ventre opprimé. Sang contre sang. Je le ferai s'il se pouvait qu'il ne s'éveille pas, s'il se pouvait qu'il ne s'éveille plus. Que jamais plus il n'ouvre les yeux comme s'ouvrirait le rideau du théâtre de ma vie amputée déchiquetée saccagée.

Je me suis levée. J'ai choisi des sous-vêtements noirs et enfilé une robe blanche. Courte et très près du corps afin qu'ils regardent mon cul et ignorent ma blessure béante et qui les engloutira tous. Dans une petite valise j'ai fourré quelques affaires, une brosse à dents, mon parfum d'avant, quelques livres. Je n'ai pas emporté sa photo. J'ai attrapé mon sac et laissé les clefs sur la table de l'entrée. Sur le miroir de la salle de bain, je n'ai pas dessiné au rouge à lèvre mon cœur brisé ensanglanté calciné. Je suis allée aux toilettes et j'ai vomi. Et puis je suis partie.

Je ne la tiendrai plus par la main. Je traîne ma valise sur le pavé mouillé d'une ville que je quitte. Mes talons claquent claquent claquent. Elle a blotti sa petite main dans la mienne et puis elle a fermé les yeux, éteignant à jamais les couleurs du monde. Mes talons claquent claquent claquent, lacérant de l'intérieur mon ventre lacéré déchiqueté saccagé. Elle avait ses yeux et ils se sont refermés. Nuit noire, jour blanc. Jours noirs, nuits blanches.


***

Ce texte répond à l'invitation de Rimbus à participer au Jeu d'écriture n°3 initié par Madame Kevin.

Je transmets à mon tour le flambeau à Maghnia, Arf et Le Monolecte. Je ne sais si Nicolas a déjà reçu son petit carton, mais dans le doute voilà qui est fait - parce que sans lui, j'aurais éventuellement envisagé de me défiler. Na !



Source : Loin des yeux






Les Estivants



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Insomnie



Nacked Man with Knife / Jackson PollockRepliée en bouton. Fermée. Butée même. Fleur rouge posée sur le drap blanc. Rivière aux eaux noires sinuant sur sa peau de lait. Son souffle m'ignore et mon désir saigne.

Je compte le temps qui passe et m'efface au long de la délicate ligne lasse de son dos tourné. Lente et douce courbe d'une hanche blanche où le papillon de mon regard se languit. La lune blafarde nous regarde de son oeil blanc et rond, et je pleure sur l'endormie.

Roulent et tombent mes larmes sur le bloc de granit froid de son rêve paisible aux portes closes. Perle un baiser obscur et désespéré sur mes lèvres assèchées. Palpite mon sang. Saigne mon désir. Perle un baiser.

Sa nuque tressaille, se crispe, chasse l'intrus, l'impudent, l'obscène idée d'un baiser tendre et aussitôt rengorgé. Son goût amer. J'ai mal.

Et l'oeil rond et blanc de la lune qui se marre dans mon dos depuis le fond de toutes les ténèbres. Bouton vermillon dans sa lumière blafarde. Replié. Fermé. Tâche de sang posée sur le drap blanc. Sang rouge, sang noir. Mes mains tremblent qui lui veulent du mal. Mes mains tremblent.

Lame froide et éclat de lune. Son cri est un silence qui hurle le silence. Blancheur maculée. Lune rousse. Rivière noire jaillissant à la source chaude de son flanc déchiré. Elle n'a jamais été aussi belle.

Tu es belle. Je le lui dis. Elle ne comprend pas. Je le lui dis encore. Tu es belle. Son regard écarquillé qui chavire et se révulse. Elle comprend. Je l'embrasse. Je l'enlace. Je suis l'endormi.



Billets d'amour : les 5 finalistes


Source : Insomnie






Frêche n'est pas antisémite



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Neuf neuf neuf (révolution 9)



Pavés neufNeuf neuf neuf je suis un homme neuf. Petite comptine de la révolution intérieure. Neuf neuf neuf je me remastérise les connexions synaptiques et hop hop hop je suis tout neuf. Révolution. Révolution. Je tourne. Je tourne en rond. J'étais celui-ci, un petit tour sur moi et hop je suis celui-là. Ils ne voient pas la différence. Passent les passants. Les satellites tournent aussi. Tournent tournent tournent et me font marrer. Passent les ignorants. Tête basse. Oeil morne. Marre marre marre. Qui est qui. Qui est quoi. Je suis là. Qui est elle. Seul seul seul où sont les meufs. Petits minous et leurs mitaines. Vie de chien vie de chatte. Vies à quatre pattes. Bête à deux dos. Vivre et mourir neuf fois. Petites vies petites morts et grandes teufs. Neuf neuf neuf Paris sur le pont neuf. Nuit neuve et noire sous la lune rousse. Faire un double noeud de neuf. S'amarrer, se marrer, larguer les amarres. Neuf neuf neuf et saute dans la marre. Plouf plou plouf. Petit chat échaudé. Petit chat qui craint l'eau froide. Petit chat qui fume et qui miaule sur la gouttière. Solitaire. Goutte à goutte la vie qui goutte. Ploc ploc ploc petit saut dans la grande flaque. Fais pas l'enfant. Homme enfant qui aime la femme enfant. Homme enfant qui met au monde l'enfant enfant. Qui met au monde le monde et aux ordures les ordures. Neuf neuf neuf le monde est tout neuf. Aux ordures les ordures. Où sont les keufs. Sous la lune je suis tout neuf. Lune ronde lune blonde. Noyaux de prunes. Tac tac tac j'en ai ma claque. Talons aiguilles qui font la guerre sur le pavé. Jupe courte jupe longue. Reflet de lune dans la flaque. Reflet noir sur le bitume roux. Coule coule coule son sang noir. Oeil en amande et éclair d'argent. Larmes sèches et noyaux de prunes. Petite chatte ne miaule plus. Boum boum boum sous son sein blanc. Silence sur le pont neuf. Révolution du silence. Je tourne. Je tourne en rond. Cri au fond de la gorge. Passent les passants sur le pavé ignorant. Ramasse les ordures. Sèche les larmes. Silence tout neuf. Tourne tourne et retourne. Caillou dans l'eau. Rond dans la marre. Ventre de la nuit qui s'arrondit. Son enfant à paraître. Aube noire et petit matin blanc. Tout doit disparaître. Nuit nuit nuit. Tout a disparu. Veau vache et boeuf. Abattoir de la nuit. Abattoir du jour. Sang sang sang. Vie qui coule. Eau qui lave. Vent qui chasse. Neuf neuf neuf je suis un homme neuf.



Crédit photo : Brassaï





Source : Neuf neuf neuf




Le syndrome de Pygmalion



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Le syndrome de Pygmalion



nu picassoIl la regarde, fait une moue. Ça ne va toujours pas. Les yeux d'abord. Les yeux surtout. Le regard ne possède pas la clarté voulue, ce pétillement. Trop de noirceur, de froideur même. Il avait espéré créer au fond de ses yeux noirs un regard à la fois chaud et lumineux. Il le découvre sombre et glacé. Et puis la hanche. La courbe est trop marquée, un peu grossière. Quand elle se déplace, elle semble lourde, lestée, comme plantée dans un sol boueux, comme si chaque pas était un déracinement. Elle parle, elle chante, elle rit. Il émane d'elle intelligence et candeur, humour et légèreté. Elle est délicieuse, pense-t-on tout d'abord. Cela ne dure pas. Rapidement on s'ennuie. A la fin, on est irrité par le son de sa voix qui rend trop le cristal et l'on y perd encore de la chaleur, quand son parfum en diffuse de trop. Elle sent bon pourtant, merveilleusement bon, au point qu'il se dit que c'est finalement ce qu'il a le mieux réussi. Il en serait presque satisfait s'il n'y cherchait en vain la subtile touche érotique qu'il y avait souhaitée. Les effluves vaginales surtout. Il a beau fourrer là son nez, il n'y retrouve rien de la nécessaire bestialité qu'on espère toujours y deviner. Il l'examine encore, doutant de plus en plus que la magie puisse tout de même opérer. L'aimer, voilà ce qui saurait couronner tant d'efforts consentis pour son oeuvre. Le dessin du sexe est certes parfait. Et les cuisses et le ventre et les seins. De toute beauté aussi. Un grain de peau sublimement soyeux - presque trop sur l'aimable rondeur des fesses, constate-t-il avec dépit. La main risque de glisser avant que d'avoir eu le temps de s'émouvoir. Et la cambrure des reins. Elle file avec élégance jusqu'au creux délicat de la nuque, là où échouent tous les baisers. Il soulève ses longs cheveux et l'embrasse là, avec un peu d'espoir encore, et découvre qu'en cet endroit crucial, qu'en cet endroit aussi, un il-ne-sait-quoi désamorce toute charge érotique. Il comprend soudain son erreur. Trop de perfections. Trop de perfections, voilà l'imperfection. Tout recommencer. Il a pris sa décision. Tout recommencer encore. Il aurait dû s'en rendre compte avant que de lui insuffler la vie. Elle va maintenant pousser d'insupportables petits cris à la vue du couteau. Elle suppliera de l'épargner. Elle ne comprendra pas. Il n'a pas la faculté de renoncer et n'a d'autre choix que de la détruire s'il ne peut l'aimer tout à fait. Elles ne comprennent jamais.



Source : Le syndrome de Pygmalion




Chama Dieumerci



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Interlude et Marcel Zang



le petit train rébusDe retour du festival d'Avignon, je m'étais sagement attelé à narrer mes sentiments à propos de tel ou tel spectacle auquel j'ai assisté. Ces petits exercices critiques ne donnent généralement pas lieu à pléthore de commentaires - bien moins en tout cas que lorsque j'évoque une Marseillaise que l'on siffle ou une burqa que l'on voudrait interdire, par exemple.

Cette fois pourtant, sous ma critique d'(A)pollonia, un certain Marcel Zang a posté en guise de commentaire un texte de son crû que lui a inspiré cette même pièce. Et quel texte !

Outre qu'il est fort long pour un commentaire, c'est-à-dire davantage que le billet lui-même, outre également qu'il m'a été plaisant de constater que nous étions au moins deux à partager mon avis, ce texte est magnifiquement torché, maniant l'ironie et le mordant de manière aussi subtile que réjouissante.

C'était signé "Marcel Zang - Ecrivain". Alors forcément, émoustillé, j'ai convoqué l'ami Google et nous avons un peu fouillé la Toile. Jusqu'à aboutir sur cette page du Potomitan, "site de promotion des cultures et des langues créoles" - annou voyé kreyòl douvan douvan - auquel l'écrivain Marcel Zang a accordé un long entretien, riche, passionnant à bien des égards, que je laisse aux curieux le soin de découvrir.

Pour ma part, j'ai souhaité, comme on se fait un mémo, me mettre de côté ce court extrait qui m'a particulièrement enchanté :

La lumière a déserté l'Occident, l'Occident est arrivé au bout, l'Occident est cuit, il n'y a plus rien à apprendre de l'Occident, et même l'Occident est obligé d'aller s'accroupir en Afrique pour pouvoir tenir le coup, l'Occident est en train de couler, en train d'amorcer son déclin depuis un moment, l'Occident est aux abois, avec sa technologie et ses milliers de canons. Non, la Maison Blanche c'est fini, l'Europe c'est fini, la France c'est fini. Il n'y a qu'à voir… Qu'est-ce qu'il y a maintenant? Plus de grands écrivains! Depuis le siècle des Lumières, et depuis Rimbaud, Baudelaire, Hugo, Zola, Dumas, Balzac, Proust, Céline, Genet, Sartre, Camus… Et puis, pouf! plus rien, le désert. Qu'est-ce qu'il y a eu depuis? Rien. C'est des signes qui ne trompent pas. Si on cherche bien, on me dira il y a eu la Duras. Mais Duras c'est pas vraiment ça. Aujourd'hui il n'y a rien, aucun grand écrivain au firmament. Donc qu'est-ce qu'on a? Rien.

Bon, j'exagère un peu, mais j'aime bien. Evidemment qu'il y a eu les Tournier, les Gracq et tout ça, et jusqu'à Quignard. Mais disons quand même qu'il n'y a rien. Si, il y a l'autre… mais il pose un peu comme le borgne au royaume des aveugles. Ca faisait un moment que j'en entendais parler; et comme pas mal de gens lui crachait dessus, j'ai décidé d'aller voir de plus près, ça m'intéresse toujours dans ces cas-là. J'ai pas été déçu: Houellebecq c'est de la graine. Il en a l'étoffe. C'est ce qu'on demande à un écrivain, avoir une vision du monde, un univers, outre le fait de posséder une langue. Et en ce sens, Houellebecq c'est l'anti-Duras. Il n'en a pas la langue, ne tricote pas avec, mais il a une chatte et des couilles, une queue et un trou.

C'est à partir de cette androgynie qu'on peut créer en trois dimensions, donner à voir un monde, le nôtre. Sûr que ce que renvoie le miroir n'est pas très reluisant, et je comprends que Houellebecq fasse grincer des dents; mais tout compte fait ça pisse pas très loin, c'est que c'est à la mesure de l'Occident. Et à part Houellebecq, faut pas chercher, tout le reste c'est des trotte-menu, des petits bras et autres phraseurs qui manquent singulièrement de coffre. Aucune véritable vision du monde là-dedans. Pas de puissance de feu, pas de couilles, pas d'épaisseur.

Mais ça te sort un bouquin tous les ans, voire tous les six mois, et la tronche à la télé ou dans le canard tous les jours. Même pas l'excuse d'un Simenon. Vite publié, vite oublié, et au suivant! C'est un fait qu'il se publie trop de livres de nos jours. Chacun y va de son petit couplet, de sa "petite musique". Les librairies en sont surchargées. De quoi se faire assommer par un bouquin un de ces quatre. Moins il y a de lecteurs, plus il y a de livres, allez comprendre ! "Quelque chose de nouveau et de vrai, c'est la seule excuse d'un livre", disait Voltaire. Ca devrait être gravé au fronton de toutes les librairies.

Du coup, avouez, je n'y peux finalement pas grand-chose si je ne parviens à rien écrire de nouveau et de vrai, c'est à dire de moi. Où trouverais-je en moi à rallumer cette lumière qui m'a déserté en même temps qu'elle s'est éteinte sur l'Occident, dont je suis ? Dont je suis forcément.

Dont je ne suis pas tout à fait, cependant, puisque j'ai en moi la conscience aiguë de l'obscurité. Puisque c'est elle justement qui m'invite à écrire.

Mais putain ce que c'est difficile d'écrire dans le noir !

Quand même, je me demande si c'est tout l'Occident qui se trouve déserté par la lumière, ou seulement la France - voire la vieille Europe. Parce que tout de même, il demeure encore quelques grands écrivains en Amérique du Nord. Toni Morrison ou Russell Banks, par exemple.

Qu'importe, pour ce qui me concerne, j'ai en effet le sentiment d'avoir éclos sur un arbre mort.

...

Ce serait donc cela, qui me manque si cruellement, la lumière ? Un air moins vicié par la déliquescence, où on puisse respirer et s'épanouir ? De l'épaisseur, un coffre où puissent résonner les mots qu'on a en travers de la gorge, qui ne sortent pas - et quand ils sortent parfois, ce qu'on aurait voulu être un cri s'avère n'être encore qu'un autre râle, vulgaire et sans souffle...

Ça ne sert à rien, vouloir comprendre son impuissance. On ne bande pas, voilà tout.

Et Houellebecq ne bande pas non plus, ou bande aussi mou que tous les autres. Mais ce n'est pas une consolation.

On ne bande pas. Voilà tout.



Source : Interlude




Casimir et Caroline, Ödön von Horvath



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Petit poème câlin



tristessePrenez un coquelicot
Eteignez la lumière
Il n'en devient pas incolore

Cueillez une fleur sur un oranger
Faites cessez le vent de souffler
Elle n'est pas inodore

Et quand j'imagine
Mes lèvres posées sur vos lèvres
Papillon sur le pétale d'un coquelicot
Jouant sur son velours
Et que d'émotion j'oublie alors de respirer
Vous n'êtes pas non plus sans saveur

J'ai trop d'imagination
Sans doute

...

Votre tristesse est l'obscurité qui se fait
Et le vent qui cesse
Et l'oubli de soi
Elle ne vous efface pas



Source : Petit poème câlin




Alors là... c'est le pompon !



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M comme Voyage



Pablo Picasso - Nu CouchéIl me plairait tant
si vous saviez

aller de ci de là
me promener
chercher
trouver parfois
jouer
expérimenter
éprouver
insister
recommencer
soulever
effleurer
toucher
presser
cueillir
recueillir
goûter
savourer
titiller
taquiner
partir
revenir
languir
sentir
ressentir
voyager
découvrir
recouvrir
entrer
rester
sortir
explorer
donner
prendre
disputer
partager
tournoyer
soupirer
chanter
miauler
rugir
crier
rire
sourire aussi
et puis me taire

Il me plairait tant de vous aimer
Si vous saviez



Billets d'amour Candidat


Source : M comme Voyage




Les petits regrets



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500 euros et 500 secondes par dedalus



chaîneC'est une chaîne à laquelle je n'ai pas été convié, mais celles-ci ont toujours été les petites sauteries que je préfère. D'ailleurs je ne suis pas non plus le premier à taper l'incruste.

J'ai découvert cette chaîne chez Gaël, mais si j'ai bien tout compris, elle a pour origine le site Lyon69.net - c'est dire si elle vient de loin.

Toute chaîne de blogs possèdant son propre règlement, commençons par reproduire celui-ci :

1. Avoir un blog ;
2. Écrire un article relatant ce que vous feriez s’il vous restait 500 euros et 500 secondes à vivre. Vous avez carte blanche, que ce soit un 3 mots ou en 500 lignes, laissez libre court à votre imagination ;
3. Relancer la chaine en invitant 5 de vos amis à répondre à leur tour à la question ;
4. Faire référence à cet article et à ces mini-règles afin que l’on puisse tracer tous les participants ;
5. Intituler votre article “500 euros et 500 secondes par Votre Nom”.

Notons également que cette chaîne est en sus un jeu où le gagnant remporte un prix surprise. Pour gagner, il faudra être le blogueur qui aura généré le plus grand nombre de commentaires suite à son billet - compteurs arrêtés au 16 février, minuit. Mais bon...

Avant d'aborder le point n°2 du règlement, et donc le coeur du sujet, il me reste encore à être sagement respectueux du point n°3. J'invite donc à rejoindre la présente chaîne : Maghnia (parce qu'elle est jolie), Eric - bloggeur citoyen (parce qu'il le vaut bien), Rimbus (parce que !), Café-Croissant (parce qu'il gagne à être connu) et Framboise (parce que ça pourrait être amusant).

Venons-en maintenant au fait. Et si donc il me restait à la fois 500 euros et 500 secondes à vivre ?

D'abord et accessoirement, s'il me restait 500 euros pour mes dernières 500 secondes à vivre, de deux choses l'une : soit j'aurais fini en tirant jusqu'au bout le diable par la queue, mais sans laisser non plus de dettes - 500 euros, ce n'est tout de même pas rien ; soit j'aurais au contraire su préférer dépenser qu'amasser - car tout de même, 500 euros ce n'est pas beaucoup.

Ou bien - cela me vient en réfléchissant un peu à ce que j'écris -, ou bien j'aurais gagné beaucoup d'argent, aurais beaucoup épargné, placé beaucoup à la banque, répartissant des sommes considérables sur divers placements financiers attractifs. Et puis, de crises financières en cracks boursiers, tout cela se serait soudainement volatilisé et ne me resterait plus en poche que 500 euros, c'est-à-dire, inflation aidant, à peine de quoi m'acheter un dernier paquet de clopes - ce qui expliquerait sans doute également pourquoi, une arme entre les dents, il ne me resterait alors plus que 500 secondes à vivre...

Mais ce n'est pas dans cette hypothèse extrême que je souhaite me situer. Surtout, 500 euros ou pas, s'il me restait 500 secondes à vivre, peut-être alors que,comprenant enfin l'urgence, je me (re)mettrais enfin à écrire ce putain de roman plutôt que de gaspiller mon temps à contribuer à des chaînes auxquelles je n'ai pas même été convié - et en laquelle je ne me suis incrusté que pour dire ceci et parce que j'ai la terrifiante faiblesse de croire qu'il me reste un peu plus de 500 secondes à vivre, ce qui est parfaitement imbécile.



Source : 500 euros et 500 secondes




Il suffira d'un signe



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Le visiteur



maillet jugeL'enfant est malade. Richard tient la main fiévreuse de l'enfant. Sur son front brûlant, il a appliqué un linge humide. L'enfant tousse faiblement, une petite toux un peu ridicule, comme surfaite. Il est épuisé, à bout de forces. Le soir tombe. Cela fait maintenant trois jours et deux nuits que cela dure. Richard regarde l'enfant, ses joues sont creusées, il a maigri déjà. De ses yeux à peine entrouverts filtre un regard inexpressif et las. Il respire difficilement et chaque inspiration semble lui coûter un effort presque insurmontable.

« Tu as mal ? », demande Richard. Non, fait doucement l'enfant de la tête.

« Je dois y aller maintenant. Tu sais ? »

L'enfant sait. Il ferme les yeux.

Richard glisse délicatement la main de l'enfant sous la couette, retourne le linge humide sur son front, puis se penche jusqu'à son oreille : « Ça va aller. On se voit dans douze jours. Je t'aime fort, tu sais. » Il passe sa main sur son visage, dépose un baiser sur sa joue et s'en va. Et l'enfant garde les yeux clos.

Quand il arrive dans la cuisine, elle regarde sa montre en hochant la tête. Son visage est fermé, ses sentiments calfeutrés. Elle le raccompagne jusqu'à la porte : « Si besoin, je t'appelle. »

Le médecin a dit que c'était la grippe. Rien de grave. Rien qui justifierait qu'il ne puisse attendre deux semaines avant d'avoir des nouvelles de l'enfant, puisqu'il n'en a pas obtenu la garde. Un week-end sur deux, seulement. Et la moitié des vacances scolaires. Sauf contre-temps.

L'enfant l'avait appelé le vendredi soir et avait récité d'une voix faible : « Je suis malade. Le médecin est venu ce matin et il a dit que je ne devais pas sortir. Alors je ne peux pas venir chez toi. Mais Maman dit que tu peux venir me visiter à la maison, si tu veux. »

Une fine couche de neige durcie recouvre le trottoir. Il fait un froid polaire. Richard resserre son manteau et se hâte vers la station de métro. Il a un peu de fièvre.



Source : Le visiteur




Bilan 2008 et voeux pour 2009



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Exercice d'écriture en 7 minutes - #3



Contrainte en 5 mots : « Tempête - Folie - Gueule - Note - Croire »



Le bateau file sur les eaux tumultueuses. Il savait que c'était une folie. On ne sort pas seul en mer sur un paquebot. Il risque de s'ennuyer. Il n'aime pas être seul et il déteste la mer. Pas une folie, juste une belle connerie. Sa mère lui disait toujours : « T'es rien qu'un petit con, mon fils. Et pourtant je t'aime. » La deuxième partie de la phrase, il pense parfois que c'est son cerveau malade qui l'a inventée. Comme lorsqu'il regarde sa gueule cassée dans un miroir et qu'il se trouve beau. Son imagination. Pas grave, il suffit d'y croire. Il pousse le moteur. A fond dans la tempête. Il s'en fout, ce n'est pas lui qui paiera la note. L'océan se déchaîne, une vague gigantesque submerge le paquebot. Lui avec. Pas lui qui paiera la note. Il les emmerde, les hommes, leurs lois. L'amour qui ne vient jamais. Il va se jouer le Titanic en solo. Et sans les violons. Le paquebot se brise en deux. Son coeur aussi.





A propos de l'exercice :

L'idée de me livrer à ce petit jeu littéraire me vient d'avoir reçu une invitation à participer à «L'AMOUR d'écrire en DIRECT», soirées animées par Marc-Michel GEORGES sous le parrainage des Ecrivains Associés du Théâtre : Joutes littéraires, soirée ludique et décalée ! 4 auteurs invités à écrire en 7 mn à quatre reprises, des intermèdes, un petit film d'humeur, un jury de personnalités de théâtre et de cinéma. Prix du jury, prix du public, puis jet de confetti, langues de belle-mères. (en savoir plus)

Pour tout vous dire, une telle expérience, pour me séduire beaucoup, ne m'en terrorise pas moins. Non pas tant d'écrire durant sept minutes dans mon coin que d'avoir ensuite à lire le résultat devant un public d'une paire de centaines de personnes - à ce qu'on m'en a dit. La traîtresse qui se dit mon amie et qui a balancée mon nom - et mes coordonnées - a certes elle-même participé à une de ces soirées dont on dit qu'elles emportent un franc succès, mais elle est une comédienne exceptionnelle en sus d'être une auteur talentueuse, et le public, elle, elle adore !

Donc voir déjà ici, dans l'ombre, ce que cela peut donner. Il s'agira chaque fois d'écrire un texte en 7 minutes à partir d'une contrainte, choisie en piochant au petit bonheur dans un livre de ma bibliothèque, une phrase comme point de départ ou d'arrivée, ou bien quelques mots qui devront apparaître... 7 minutes d'écriture... aucune retouche permise.

Vos commentaires sont évidemment les bienvenus.



Source : Exercice d'écriture en 7 minutes - #3




XXXXX est une couille molle



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Ce matin



Femme en chemise dans fauteuil- Picasso- 1908Ce matin, en me levant, j’ai jeté un œil par la fenêtre de ma chambre. Il se trouve seulement que ce n’était pas le mien. La nuit avait été rude. Je l’avais rencontrée sur l’internet, aux hasards de mes tribulations dans le long et futile dédale de la blogosphère. Souvent, ici ou là, je laissais un commentaire afin de témoigner de mon passage, dire que j’existais, le prouver d’abord à moi-même. Cela se fit peu à peu. Je ne sais dire où et comment eut lieu notre première rencontre. Simplement, elle fut de plus en plus présente, passant où je passais, semblant m’attendre là où j’allais. Elle fut la première à prendre l’initiative. Un clin d’œil, un mot complice, une question factice : le jeu de la séduction s’engage. Bal des esprits et triste comédie du je. Excitations et provocations, mystères qui n'en sont pas. Danse des voiles qui voilent et dévoilent l'invisible moi. Face à face chacun d’un côté d’un miroir à deux faces où l’on ne mire que soi-même. Désir du désir de l’autre pour soi. Les mots deviennent murmures et tendresses. Désirs de soie partagée, où les peaux se toucheraient dans les draps froissés. Gravir la montagne, atteindre le sommet, ne pas redescendre. Prendre l'envol des promesses à tenir et des désirs à satisfaire. Hier soir, nous avions rendez-vous dans un bar de Ménilmontant. Elle était parfaitement belle. Soulagement. Sourires. Sur le chemin du bar au restaurant, elle a pris ma main dans la sienne. Et chez elle, près de Barbès, c’est elle qui m’embrassa. « Frappe-moi », dit-elle. Je la frappai au visage. « Plus fort », exigea-t-elle et je la frappai plus fort. Plusieurs fois et si fort que son œil de verre se décrocha de son orbite. Nous fîmes l’amour à même le sol, longuement et avec une insupportable douceur. Ses seins étaient faux également, surtout le gauche. Je rentrai chez moi à cette heure irréelle où Paris semble en suspens entre la fin de la nuit et le début du jour. Ombre déchirée avançant sur le pavé mouillé, je réalisai que rien d’elle n’était tout à fait réel non plus. Pourtant, dans mon cœur palpitait une émotion tenace et j’avais dans ma poche, que je tournais et retournais entre mes doigts incrédules, son œil de verre qu’elle y avait elle-même glissé. Ce matin, j’ai jeté l’œil par la fenêtre. Il me faudra sans doute la journée entière pour me débarrasser tout à fait de l’émotion. Je vais essayer de ne pas me connecter, aujourd’hui.



Source : Ce matin




"Seuls", de Wajdi Mouawad



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Dans le froid



décès SDF bois de VincennesDans le bois, à la nuit tombée, silence et ombre.

Le sol gelé est dur comme de la roche. Un vent froid se fraie un lent passage parmi les arbres aux branches noueuses et décharnées, immobiles. Les oiseaux se cachent, sans doute pour éviter de mourir.

Paul envie les lapins qu’il devine calfeutrés dans leur terrier, et jalouse leur épaisse fourrure. La bâche en plastique sur laquelle il est allongé le protège de l’humidité, un peu. Mais elle ne le protège pas du froid. Il a enfilé trois pulls et glissé du papier journal par en dessous. Et dans son pantalon aussi. Mais cela ne suffit pas. Le froid pénètre partout, à travers ses chaussures dont les semelles sont usées, dans son cou, dans son dos, dans ses os. Recroquevillé autour de lui-même, grelottant, il ne trouve pas le sommeil.

Paul envie les lapins dans leur terrier. Chaque lapin dans chaque terrier, sous la terre, blotti contre sa femelle lapin. Il lui fait sa petite affaire et puis il s’endort, le lapin. A l’abri et en sécurité. Bien au chaud dans son doux foyer de lapin. Paul se concentre sur ce mot : foyer. Il émane de lui l’idée de la chaleur. Cela évoque en lui un lit et un toit, un feu de cheminée où les flammes dansent dans un crépitement joyeux et le plaisir d’un bol de soupe bouillante qu’on tient entre ses mains et les cris des enfants qui jouent et se chamaillent et les mots tendres qu’on échange après l’amour et avant de s’endormir et les dîners en famille qui s’éternisent et les retours silencieux au milieu de la nuit après une soirée bowling avec les copains et les parties de jambes en l’air en plein après-midi avec la voisine et les dimanches soirs télé pizza bière doigts de pieds emmêlés dans la couverture et un lit qu’on réchauffe avec sa propre chaleur corporelle avant de s’endormir en écoutant la pluie crépiter sur un toit qui nous protège de plus que cela.

Paul a froid aussi parce qu’il a faim. Et aussi parce qu’il est seul. Paul a froid parce qu’il est épuisé d’avoir faim et froid, épuisé de n’avoir pour compagnie que de vieux souvenirs qui ne sont pas tous les siens et qui ne parviennent plus à lui donner la force de croire à demain. L'idée de la chaleur ne le réchauffe plus. Il s’endort dans le froid et c’est de tout cela qu’il meurt. De froid, de faim, de solitude et de l’envie qui s’est épuisée en lui et en même temps que lui. Il s’endort, enfin, et meurt, Paul, juste comme ça.

En ville, au lever du jour, on compte plus un.



Source : Dans le froid




Exercice d'écriture en 7 minutes - #2



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Exercice d'écriture en 7 minutes - #2



Contrainte en clôture : « Ils restaient immobiles, tenant leur cabas à la main, et ils se taisaient. »

- dernière phrase du roman de Vassili Grossman,
« Vie et destin »



Les enfants hurlaient, courraient en tous sens, renversaient les rayons sur leur passage. Un tourbillon. Les aliments jonchaient le sol dans des allées désertes. Ils étaient rassemblés au rayon jouets, maintenant, où ils démolissaient tout, consciencieusement, arrachant bras et jambes des poupées, massacrant sous leurs pieds les consoles électroniques, éventrant les boîtes de jeux de sociétés, mettant en charpie tous les jouets qu'on aurait voulu leur faire choisir, et faire acheter à leurs parents. Trop chers de continuer à faire les enfants, jouer en toute insouciance. La crise avait frappé et faisait mal. Leurs parents pleuraient le soir, sans fin, depuis trop longtemps. Il leur fallait agir. Ils agissaient. Sous les regards atterrés de leurs parents, qui les avaient conduits jusqu'au grand magasin pour poursuivre encore un peu le grand jeu de la consommation. Et les enfants détruisaient leurs propres rêves. Et les parents les laissaient faire, ne comprenant pas. Ils restaient immobiles, tenant leur cabas à la main, et ils se taisaient.





A propos de l'exercice :

L'idée de me livrer à ce petit jeu littéraire me vient d'avoir reçu une invitation à participer à «L'AMOUR d'écrire en DIRECT», soirées animées par Marc-Michel GEORGES sous le parrainage des Ecrivains Associés du Théâtre : Joutes littéraires, soirée ludique et décalée ! 4 auteurs invités à écrire en 7 mn à quatre reprises, des intermèdes, un petit film d'humeur, un jury de personnalités de théâtre et de cinéma. Prix du jury, prix du public, puis jet de confetti, langues de belle-mères. (en savoir plus)

Pour tout vous dire, une telle expérience, pour me séduire beaucoup, ne m'en terrorise pas moins. Non pas tant d'écrire durant sept minutes dans mon coin que d'avoir ensuite à lire le résultat devant un public d'une paire de centaines de personnes - à ce qu'on m'en a dit. La traîtresse qui se dit mon amie et qui a balancée mon nom - et mes coordonnées - a certes elle-même participé à une de ces soirées dont on dit qu'elles emportent un franc succès, mais elle est une comédienne exceptionnelle en sus d'être une auteur talentueuse, et le public, elle, elle adore !

Donc voir déjà ici, dans l'ombre, ce que cela peut donner. Il s'agira chaque fois d'écrire un texte en 7 minutes à partir d'une contrainte, choisie en piochant au petit bonheur dans un livre de ma bibliothèque, une phrase comme point de départ ou d'arrivée, ou bien quelques mots qui devront apparaître... 7 minutes d'écriture... aucune retouche permise.

Vos commentaires sont évidemment les bienvenus.



Source : Exercice d'écriture en 7 minutes - #2




Exercice d'écriture en 7 minutes - #1



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Exercice d'écriture en 7 minutes - #1



Contrainte en ouverture : « C'est d'abord une phrase qui m'a traversé la tête : "La mort est un processus rectiligne." »

- première phrase du roman de Daniel Pennac,
« La Petite Marchande de prose »



C'est d'abord une phrase qui m'a traversé la tête : « La mort est un processus rectiligne. » Un paradoxe. Une phrase, c'est tout de même la seule chose qui peut vous traverser la tête sans vous tuer. Pas si sûr. Il arrive que les mots tuent. C'est ainsi que j'ai tué ma femme. Une véritable guerre de tranchées. Une longue boucherie. Les mots fusaient dans la cuisine, dans la chambre, dans le salon. Partout dans la maison, mais c'est encore chez les autres, en leur présence, qu'ils touchaient le plus fort et faisaient le plus mal, causant les dégâts les plus irréparables. Un jour que nous dînions chez des amis - maintenant, ils sont devenus SES amis - j'ai prononcé les mots qui achevèrent la guerre et tuèrent ma femme, l'amour qu'elle avait eu pour moi, il y a longtemps. « Je crois que je ne t'aime plus. » C'était faux. C'était pour surenchérir. Mais il n'y a pas de mots tirés à blanc et la mort de l'amour dans le coeur d'une femme est un processus féroce.





A propos de l'exercice :

L'idée de me livrer à ce petit jeu littéraire me vient d'avoir reçu une invitation à participer à «L'AMOUR d'écrire en DIRECT», soirées animées par Marc-Michel GEORGES sous le parrainage des Ecrivains Associés du Théâtre : Joutes littéraires, soirée ludique et décalée ! 4 auteurs invités à écrire en 7 mn à quatre reprises, des intermèdes, un petit film d'humeur, un jury de personnalités de théâtre et de cinéma. Prix du jury, prix du public, puis jet de confetti, langues de belle-mères. (en savoir plus)

Pour tout vous dire, une telle expérience, pour me séduire beaucoup, ne m'en terrorise pas moins. Non pas tant d'écrire durant sept minutes dans mon coin que d'avoir ensuite à lire le résultat devant un public d'une paire de centaines de personnes - à ce qu'on m'en a dit. La traîtresse qui se dit mon amie et qui a balancée mon nom - et mes coordonnées - a certes elle-même participé à une de ces soirées dont on dit qu'elles emportent un franc succès, mais elle est une comédienne exceptionnelle en sus d'être une auteur talentueuse, et le public, elle, elle adore !

Donc voir déjà ici, dans l'ombre, ce que cela peut donner. Il s'agira chaque fois d'écrire un texte en 7 minutes à partir d'une contrainte, choisie en piochant au petit bonheur dans un livre de ma bibliothèque, une phrase comme point de départ ou d'arrivée, ou bien quelques mots qui devront apparaître... 7 minutes d'écriture... aucune retouche permise.

Vos commentaires sont évidemment les bienvenus.



Source : Exercice d'écriture en 7 minutes - #1




Obamania



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La lettre de Jacques



Via le formulaire de contact de ce site me parviennent deux sortes de messages qui se répartissent en quantités à peu près égales : des spams parce que mon filtre n'est pas assez robuste, et des petits mots de lecteurs, le plus souvent très aimables - mais il est assez probable que ceux qui auraient éventuellement des choses désagréables à me dire ne prennent généralement pas cette peine (c'est d'ailleurs bien dommage : je serais tout autant intéressé par quelques judicieuses critiques).

Le nombre relativement limité de ces messages me permet sans mal de répondre à chacun. A l'occasion, cela donne lieu à quelques échanges tout à fait sympathiques. Mais j'ai trouvé ce matin le message suivant dans ma boîte auquel je ne sais pas répondre :

objet : Demande

Bonjour monsieur,
Je suis toujours aussi agréablement surpris lorsque je visite votre site ; vos oeuvres sont pour moi toujours aussi magistrales et déroutantes, mais tellement attachantes.
Pourrais-je avoir une photo dédicacée ?
Cordialement vôtre, Jacques xxxxx
[xxxxx adresse postale xxxxx]

Je ne sais pas répondre parce que je ne parviens pas à me défaire de l'idée que c'est une blague.

Non pas que la demande d'une photo dédicacée serait en elle-même ridicule, pas plus que l'éloge qui la précède. L'incongruité ne provient pas de Jacques ou de sa demande, mais du fait qu'à mes yeux je n'ai encore rien écrit qui puisse me valoir un tel honneur, qui puisse m'autoriser à penser qu'il serait envisageable de répondre à une telle demande, à penser que cela puisse être autre chose qu'une blague. Quand jour après jour je constate la difficulté que j'ai à m'extirper d'une certaine médiocrité littéraire, il me parait inconcevable que d'autres puissent dans le même temps prendre à ce point plaisir à me lire, à lire tel ou tel texte qu'il m'a fallu à moi tant de labeur pour le commettre et qui me procure tant de cruelles insatisfactions, inconcevable d'être cet écrivain qui existerait pour quelqu'un au-delà des mots qui ont été écrits.

C'est pis que cela. De toutes les choses que j'ai écrites, la seule qui m'a donné quelque satisfaction, celle que j'ai pris un plaisir entier à écrire, celle sur laquelle je n'ai en vérité pas trop peiné et en laquelle je parviens finalement à me reconnaître un peu, est aussi celle qui provoque le moins d'enthousiasme, voire le plus de critiques chez ceux qui ont bien voulu la lire. C'est tout dire de mes incapacités et il y a tant d'autres auteurs maladroits ou poussifs qui sévissent, et nombreux aussi parmi ceux qui sont édités et dont les livres garnissent les rayons des librairies comme autant de bouses sans âmes et qu'on vend parfois par dizaines ou centaines de milliers comme autant de rouleaux de PQ parfumés à la violette, que je me refuse le confort égotiste et prétentieux qu'il y aurait à me dire ou me vivre écrivain.

J'ai trop de respect et d'admiration pour les vrais écrivains pour galvauder leurs talents d'artistes en feignant d'ignorer que ce qui me manque, pour le moins, c'est précisément la sensibilité de l'artiste, cette capacité à abolir la frontière entre l'en-dedans et l'au-delà de soi, à la sublimer en autre chose qui est encore eux et qui dans le même temps deviens nous et nous parle. Je sais trop quel est mon propre enfermement.

Une photo de moi dédicacée ? Ce serait consentir à me hisser plus haut que moi-même en me plaçant sur le piédestal de l'écrivain où je considère pour l'heure (et probablement pour longtemps encore) n'avoir rien à faire. Mais d'ailleurs, l'artiste a-t-il jamais quelque chose à faire au-delà de son oeuvre ?

Prenons la question par l'autre bout. Si je demandais à Jacques, ou à n'importe lequel d'entre vous qui me lisez actuellement, de m'envoyer une photo dédicacée, que pourriez-vous penser ? Que de toute évidence ce n'est rien d'autre qu'une vaste blague. Un peu d'ironie dont il serait tout à fait insensé de chercher à se flatter.

C'est précisément pour cette raison, donc, que je tiens à remercier Jacques. Pour le rappel utile dont sa lettre est l'occasion : ne pas oublier qu'il y a d'une part les mots que je fais et de l'autre celui que je suis, et entre les deux une distance qu'il s'agit de réduire mais qu'on ne saurait tout à fait abolir.

Ainsi, chaque texte que j'écris est la tentative d'une photographie d'une part de moi. Le jour où le cliché sera un peu réussi, il s'agira alors d'en tirer quelques exemplaires à exposer et qui feront un livre. En attendant, écrire parce que c'est mon chemin et ne rien en attendre parce qu'il n'y a rien au bout que moi-même.



Source : La lettre de Jacques




La télé appartient à ceux qui la paient !

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L'aphorisme de la table à repasser



livre virtuel

Devant une table de repassage, l'homme de bonne volonté garde de bien naturelles limites.



Source : L'aphorisme de la table à repasser




Retour de vacances

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[premier jet] Retour de vacances



Retour de vacances


livre virtuelEt Lola qui ne s’endort pas depuis sept cents kilomètres. Lola qui nous fait partager son impatience depuis six cent quatre-vingts kilomètres. Quand est-ce qu’on arrive, Papa ? On est arrivé bientôt, Papa ?... Lola qui a faim ou soif, ou envie de faire pipi, et qui ne cesse de geindre. Maintenant elle a mal au cœur. Je ne la supporte plus.
« Papa, j’ai mal dans le cœur », dit-elle.

Je ne la crois pas. Je n'ai pas envie de la croire. L'expression enfantine qu'elle a employée devrait me faire sourire, mais je ne la supporte plus. Je voudrais juste qu'elle s'endorme. Qu'elle se taise. Cela fait deux grosses heures que la nuit a étendu son manteau sur le ruban d'asphalte sombre et que les phares blancs des autres véhicules me brûlent les yeux. Fatigué de tenir le volant, je suis fatigué de tout. Paris n'est plus très loin dont on devine au loin la lueur. Je voudrais y être déjà.
« Lola, tiens-toi un peu tranquille. Tu vomiras quand nous serons à la maison. »

Depuis que nous avons passé le péage, les camions sont plus nombreux, mais la circulation demeure encore relativement fluide pour un retour de vacances. Rien à voir avec ce que nous avons traversé dans la vallée du Rhône. J'ai bon espoir de franchir le périphérique dans la demi-heure. Nous serons à la maison avant minuit, je pense.

Et Sylvie qui depuis que la nuit est tombée se contente de somnoler sur son siège. Sylvie qui ne se donne plus la peine de me faire la conversation. Je ne m'en plains pas d'ailleurs. Elle pourrait tout de même s'occuper de sa fille. Mais c'est à moi qu'elle s'adresse :
« Elle est vraiment pâle, tu sais. On devrait peut-être s'arrêter. »

Je suis épuisé. J’en ai marre d’être cloîtré dans cette voiture, marre de tout. Être enfin arrivé est tout ce qui m'importe.
« On dirait vraiment que tu ne la connais pas. Quand elle est comme ça, elle serait capable de se faire saigner du nez pour simplement avoir raison. Elle a tenu sept cents bornes, elle en supportera bien quelques dizaines de plus. »

Le silence s’installe dans la voiture. Je déteste avoir le mauvais rôle. Être enfin arrivé... Il faudra encore sortir les bagages du coffre, les monter jusqu'à l'appartement. Quatre étages, pas d'ascenseur, des valises qui pèsent chacune une tonne. J'aurais bien mérité une bonne nuit de sommeil, mais demain matin lever à sept heures trente pour aller travailler plus.

Je roule excessivement vite. Sylvie ne dit plus rien. C'est tant mieux. D'ailleurs tout le monde roule trop vite. L'approche de l'écurie sans doute.

«  Papa ? »
Je commence à penser qu'elle le fait exprès. Je suis excédé :
«  Quoi encore ?!
- Je crois que j'ai vomi dans la voiture…
- Putain, c'est pas vrai ! »

La colère est une vague qui me submerge. Je me retourne. J’ouvre la bouche pour hurler sur l'insupportable enfant. Et puis c’est le cri de Sylvie qui me parvient, comme s’il sortait de moi alors qu’il s'y engouffre :
«  Marc, le camion ! »

Et le semi-remorque qui se couche, l'interminable semi-remorque qui n’en finit pas de se coucher en travers de la route. Qui s'étend là devant nous avec une surprenante langueur et qui glisse et n'en finit pas de glisser. Je n'ai le temps de rien. J'enfonce la pédale de frein, je tourne le volant dans un sens et puis dans l'autre, je n'en finis pas d'avoir le temps de rien.

Je perçois le long silence atterré qui tournoie dans l'habitacle juste avant que se produise l’impact et je n'ai non plus le temps que coule une larme.





Source : Retour de vacances




Page 123, cinquième ligne : Ulysse

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L'Art de la Joie, de Goliarda Sapienza



L'Art de la Joie : juste un extrait

l'art de la joie Goliarda SapienzaUne gourmandise sucrée-salée de quelques 600 pages. Le livre d'une vie, celle d'une femme insoumise à travers son siècle italien. L'Italie comme on la suppose, c'est-à-dire comme on l'aime. Une femme que l'on voudrait avoir bien connue. A dévorer lentement... pour de chaque page savourer le nectar, de chaque mot la poésie brutale. Un roman dont chaque page est un roman. Quelques mots extraits de ce livre fulgurant de Goliarda Sapienza, comme une mise en bouche - morceaux choisis pas tout à fait au hasard :

Que faisais-je au milieu de ces stylos et de ces crayons alignés sur mon bureau ? Ou était-ce un autel ? J'avais commencé par jeu... Mais en regardant en moi-même je vis mon avenir : prise dans ce traquenard, les jambes coupées par le piège "d'être quelqu'un". J'avais fui le couvent ; mais la religiosité jetée par la fenêtre ressurgissait par quelque trou de ma chambre, chevauchant le rat de l'esthétique. Je le vis, le rat mystique. Les yeux couleurs de rouille de l'insatiabilité scrutaient, voraces, des recoins ombreux. Ils épiaient ma jeune chair, ma poitrine, pour trouver une fissure et entrer en moi et ronger l'ossature de mon squelette soudée par la joie. L'arrêtant net, je sus que je m'étais justement méfiée, et que quelques instants d'inconscience encore m'auraient fait tomber hors de la réalité en proie à cette drogue nommée "artiste", drogue plus puissante que la morphine et la religion. Il comprit et il détacha son regard du mien pour s'enfuir.

[extrait de "L'Art de la Joie" de Goliarda Sapienza, aux éditions Viviane Hamy.]


"L'Art de la Joie", de Goliarda Sapienza





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La tête dans la vase



Ecrire...

Je me sens parfois petit poisson qui tourne en eau de boudin dans son bocal de verre.


avoodware

et son foutware


La tête dans la vase





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Du processus artistique



Alimenter son esprit comme on alimente son corps.

Se Nourrir
Digérer
Froncer les sourcils
Et puis expulser la merde

Ensuite, prétendre que c'est de l'art.

Ou bien avoir du talent : façonner l'étron, le rendre appétissant, en nourrir ses semblables...


Du processus artistique





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Auto suggestion



S'ébattre plutôt que se débattre.

L'écrire une fois, et puis garder en soi le sens des mots.

Être plutôt que dire.

Être et puis trouver le plaisir.

S'ébattre.

Être.


Auto suggestion





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Les jouets de Dieu



Dieu est un enfant capricieux.
Et nous sommes ses jouets. De petits soldats de plomb disposés sur le sol de sa chambre.
Pan ! T'es mort.

Deviendra-t-il adulte un jour ?
Il nous faut l'espérer comme la promesse d'un paradis terrestre.

Mais nous aurons d'abord à traverser avec lui les tourments de ce purgatoire qu'est l'adolescence.
Une période sombre et de nouveaux jeux solitaires dont nous avons beaucoup à craindre.


Les jouets de Dieu





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Ecrire à hauteur de soi



J'ai commencé par une nouvelle, comme tous les écrivaillons, ou beaucoup d'entre eux. Comme on fait quand on pense en avoir fini avec les petits poèmes adolescents et leurs relents néo-pubères.

Une nouvelle, parce que ça semble plus simple, et aussi parce qu'on s'imagine qu'il sera moins douloureux de mettre dix pages au panier plutôt que trois cents. L'impression que cela fera moins mal. Ce n'est pas vrai, on y met autant d'orgueil et il suffit d'une demi-page pour comprendre comme il est difficile de se confronter à ses propres insuffisances, ses propres incapacités, savoir qu'on n'a rien produit qui puisse prétendre à davantage qu'à ce grand catalogue des médiocrités dont on tire de médiocres livres. Toutes ces merdes auxquelles on passe un ruban et qui s'exposent sans pudeur sur les présentoirs prétentieux des librairies de France.

Ce n'est pas pour cela qu'on écrit. On voudrait bien que cela ne fut pas pour ce résultat trivial, trop éloigné des ambitions supérieures de l'artiste qu'on prétend être ou devenir - mais je ne crois pas qu'on puisse devenir artiste, pas en tout cas comme on devient boulanger, à force de travail et d'abnégation ; il y a autre chose, mais quoi ?

Certes, le ruban est utile. C'est tout de même qu'il faut bien vendre un peu, être lu. A quoi bon écrire sinon. Exposer son cul, seul dans l'obscurité d'une pièce aveugle, ce n'est pas pour cela qu'on écrit. Pourtant, le tintement de la monnaie dans l'escarcelle, trace tangible et certainement pas vulgaire laissée là par un lecteur qu'on ne voit ni n'entend, ce n'est pas non plus ce après quoi l'on soupire.

*

Exposer son cul. Ce besoin qu'on a de s'exprimer. Dire et être entendu. Ecrire et être lu. Etre sincère et séduire. Vendre mais sans faire du commerce. Ne pas chercher à plaire, mais plaire quand même.

On ne montre pas son cul pour que celui qui le regarde le trouve beau et se mette à bander. Il faut néanmoins qu'il soit présentable, visible et regardé pour qu'on puisse justifier de le montrer. Etre lu pour justifier que l'on écrive. Et donner un peu de plaisir aussi, pour justifier que l'on existe.

C'est donc un miroir que l'on espère. Toute la différence entre le strip-tease et l'exhibition : le plaisir de l'autre, dans un cas comme une finalité, dans l'autre comme un simple hommage. Un écrivain est un exhibitionniste, pas une strip-teaseuse. Il ne s'agit pas pour lui de plaire, il ne s'agit pas d'abord de cela, ni surtout des artifices dont il faudrait user pour y parvenir, s'assurer que l'on va pouvoir vendre beaucoup.

*

Au début, c'était facile. Les idées venaient à moi sans qu'il me fut besoin de les appeler. Je n'avais qu'à poser les mots, les ordonner et hop ! une nouvelle. Et puis une autre. Et bientôt six qui firent un recueil. Un peu trop longues ? Pas grave, il n'y a qu'à dire que ce sont des récits. Un recueil de récits, voilà.

De la merde ? En réalité, même pas. Pas si mauvais pour un début. De sympathiques petites histoires. Pas beaucoup d'humour certes, mais un peu quand même. Pas vraiment écrites avec les tripes mais bon, quelques moments d'émotion à l'occasion. Qui leur tireront bien une larme ou deux. Des mots, des phrases, un livre donc.

La potentialité d'un livre comme il y en existe des milliers et en moi, rien. Sensation de rien. De la poudre aux yeux, des paillettes, du vent. Je n'y étais pas. Je n'avais rien donné qui m'appartienne, un peu de bile tout au plus. Même pas mal. J'étais encore debout, coincé dans mon douillet petit cocon qui deviendrait aussi mon cercueil. J'avais tombé la cravate, et puis quoi ? Et aujourd'hui encore, quoi ? Toujours ce putain de noeud autour de mon cou trop large, ce noeud bien serré et qui m'empêche de gueuler comme un porc. Allez, un petit effort mon garçon, laisse-toi donc égorger. Qu'on voie enfin tes tripes.

Sept ans et j'ai tout gardé à l'intérieur. Sage petit bonhomme.

*

Bon, tout de même, envoyons ça aux éditeurs. En reçoivent des paquets de cette bouillie sans odeur ni saveur. En publient même puisque ça se vend pour peu que l'emballage... Pourquoi d'ailleurs feraient-ils la fine bouche ? Sont pas là pour faire des entrechats, après tout.

Pas d'angoisse en tout cas. Un refus ne signifiait pas que c'était mauvais, simplement que ce n'était pas génial. Ça, merci, je le savais. Me déplairait pas moi, pourtant, de pondre un truc génial. Même trois lignes. Faudrait que ça me fasse mal comme de s'arracher lentement une oreille. J'y suis prêt. On ne crée pas à partir de rien. Il faut donner de soi. L'art...

Mais je ne vais pas me mettre à disserter sur l'art. Tout le monde s'en fout. Moi en tout cas je m'en fous. Je ne sais pas ce que c'est, l'Art. Ne veux surtout pas le savoir. Je ne suis pas à la recherche d'une expression ni d'une reconnaissance artistique. Je ne cherche qu'à dire et raconter, créer pour cesser de vivre et enfin exister, créer à partir de moi pour être et cesser de mourir connement comme un lapin au milieu de la route qui crève en regardant les camions lui passer dessus et les compte : un deux trois me casse les noix, quatre cinq six chaire à saucisse...

Enlever la peau, fouiller dans les chairs à mains nues et mettre le tout sur la table. Pousser les mauvais morceaux en avant, ceux qui sentent le plus fort. Parce qu'il s'agit que ça pue pour que ça vaille un peu la peine. Il s'agit de sortir sa merde et en faire de la dentelle. C'est ça l'inspiration, se nourrir de sa propre matière fécale. Et écrire, finalement, ce n'est que vomir avec un peu d'élégance.

N'en suis pas là. Ne sais pas comment m'y prendre, pour entrouvrir les vannes. Laisser couler un petit filet. Et j'observe avec grand intérêt ce qui sort des autres, mes contemporains. Pas grand-chose le plus souvent. Aucun souffle de vie, ou de mort. Aucun souffle du tout. Quelques malheureuses petites pages et imprimées en gros caractères pour que ce soit plus facile à lire, des phrases creusent et qui se la racontent. Des petites histoires de cul avec des gros mots. Pas de vulgarité surtout, juste un petit peu de soufre pour que ça hume moderne. C'est le parfum contenu du scandale qu'on y trouve, rien d'autre. Le must en ce moment : des femmes qui parlent de leurs culs en faisant des phrases courtes, un langage cru, pas plus de cent cinquante pages. Un bon produit marketing.

Pourquoi pas, d'ailleurs. Mais parmi ceux-là, combien d'écrivains ? Ils disent un peu, ils expriment un peu, ils racontent un peu, mais ils n'écrivent pas. Les mots sont posés sur le papier, en ordre, proprement, savamment même pour certains et tiens, ce serait presque joli, mais on n'y voit pas leur âme, ou la nôtre qui s'y reflèterait, ou une âme, n'importe laquelle. Leurs livres ne sont pas écrits et n'en sont pas, seulement un peu de papier et puis de l'encre.

L'écriture, c'est ce petit truc en plus qui d'un livre fait un livre vrai, la différence qu'il y a entre faire l'amour gentiment à sa femme et une bonne grosse baise avec une inconnue - ou quand on réalise que sa femme est aussi cette inconnue. Ecrire c'est tremper sa plume jusqu'aux entrailles et continuer à bouger le cul même quand vient la douleur. Cent fois, mettre l'autre cul par-dessus tête, et puis le laisser pour mort. C'est cela que fait un livre vrai à son lecteur : il le baise, le fait jouir et puis le fait mourir. Un bon petit bouquin, c'est de la branlette, c'est agréable, ça ne fait de mal à personne, merci et au revoir. Après vous êtes le même qu'avant, juste un petit peu plus proche de la mort. Mais on ne s'est pas ennuyé et c'est toujours ça de pris sur le non-être. Oui, sans doute, et puis quoi ? Et puis quoi quand une oeuvre vraie vous bouleverse et vous permet d'accéder à un peu d'éternité ?

*

Apprendre l'humilité et seulement écrire avec ce qu'on a. Ne pas renoncer, avoir beaucoup d'ambition, mais savoir mesurer chichement ses prétentions. Viser un peu au-dessus du commun et tenter d'ignorer qu'on ne s'élèvera pas si haut que ceux dont on aime les livres et qui sont les seuls vrais écrivains.

*

Oui, parvenir à hauteur de soi, ce serait déjà beaucoup.


Ecrire a hauteur de soi





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Un parmi "Cent Mille Milliards de Poèmes" : le mien !



C'était à cinq o'clock que sortait la marquise
Pour de fin fond du nez exciter les arceaux
La découverte alors voilà qui traumatise
Et tout vient signifier la fin des haricots

Il déplore il déplore une telle mainmise
Le vulgaire s'entête à vouloir des vers beaux
L'un et l'autre ont raison non la foule imprécise
À tous n'est pas donné d'aimer les chocs verbaux

Le poète inspiré n'est point une polyglotte
Le lâche peut arguer de sa mine pâlotte

Les croque-morts sont là pour se mettre au turbin
Ne fallait pas si loin agiter les breloques
Grignoter des bretzels distrait bien des colloques
Le mammifère est roi nous sommes son cousin

Sonnet composé à partir et extrait de "Cent Mille Milliards de Poèmes" , de Raymond Queneau

Composez le vôtre... et placez-le en commentaire, ci-dessous.

NB : Au cas où il vous viendrait la bonne idée d'acheter le livre, ayez bien soin de noter cette utile précision, apportée par Queneau lui-même : "En comptant 45s pour lire un sonnet et 15s pour changer les volets à 8 heures par jour, 200 jours par an, on a pour plus d’un million de siècles de lecture, et en lisant toute la journée 365 jours par an, pour 190 258 751 années plus quelques plombes et broquilles (sans tenir compte des années bissextiles et autres détails)", soit tout de même près de 200 millions d'années...


Un parmi "Cent Mille Milliards de Poèmes" : le mien !





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Ecrire et être



Bientôt sept ans que j'ai tourné la page. Tourné le dos à tout. Non, pas tout à fait tout. Juste un bon boulot et qui payait bien. Une certaine idée qu'on peut se faire de la réussite, cette illusion que je n'avais pas d'une utilité sociale. Tourner le dos à cela, c'était la partie la plus facile, une évidence en même temps qu'une nécessité. Mais d'abord une évidence.

Je n'ai renoncé à rien. Il n'y avait pas pour moi d'autre chemin. Créer et être. Etre enfin. Vivre. Ne plus passer le temps à faire semblant, semblant de croire qu'on pourra tromper la mort - c'est elle qui nous baise à la fin, de toutes les façons. Ne plus laisser passer le temps, donc, et vivre. Faire face. Ecrire...

Besoin d'écrire ou envie seulement ? Qu'importe, besoin d'exister vraiment. Ecrire était le seul moyen. Je n'ai renoncé à rien et je me suis mis à écrire.

Sept ans, et j'ai écrit quoi ? Quelques centaines pages. De la poudre aux yeux, un écran de fumée. J'ai écrit et je n'ai rien dit. Des mots, et puis des mots, et puis des mots. Rien. Du vent. Je suis absent, pas là, caché bien à l'abri de toutes les phrases creuses que je fais pour m'y dissimuler, ne surtout pas paraître. Et de ce point de vue, c'est une réussite : je ne m'y reconnais pas. Des creux et du vide autour. Je n'y suis pas, ne suis pas plus avancé que quand je perdais honnêtement ma vie. Je n'ai pas fait face et j'ai continué de biaiser. Encore et encore. Et encore.

J'avais dit : " je veux raconter des histoires" et c'était un leurre. Ce que je veux avant tout, c'est parler de moi, c'est être et exister à l'intérieur de mes mots. Etre révélé par les mots qui me viennent et être révélé d'abord à moi-même.

Pouvoir mettre mes tripes sur la table et y mettre le feu, être capable de cela. Me lâcher et décoller un peu. Ouvrir les yeux. Plonger à pleines mains dans mes entrailles noires, touiller et toucher un peu ce qui me ronge et me rend aveugle à moi-même. Faire face et ouvrir les yeux. Ecrire pour tenter d'y voir juste un peu plus clair et comprendre pourquoi on continue malgré tout, cette errance aveugle parmi ce rien qui est partout, en nous et autour, ce rien que l'on respire et qui nous étouffe.

La vie, cet abîme autour de nous et qui nous aspire...

La vérité est que j'ai le vertige et que je refuse de voir. Je ne cherche en réalité qu'à ignorer que je tombe. Trop dangereux, se lâcher. Mourir cramponné à l'illusion qu'on ne tombe pas. Faire des mots qui n'en sont pas. Des mots, des mots, rien que des mots encore et toujours. Pourtant, écrire...

Ecrire afin que chaque phrase soit une part de moi que je déshabille. Ecrire jusqu'à être nu. Nu et puis libre. On verrait bien alors si je pèse plus lourd que du vent. Ce simple amas de poussières et qui y retourne.

Il faudrait n'écrire d'abord que pour soi. Ne pas chercher à plaire. Effacer des mots ce sourire qui ne cherche qu'à séduire, cet éternel sourire de l'être qui a faim d'être aimé et n'est jamais rassasié de ça.

Seulement cela, écrire.

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Ecrire et être





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Dans Loin de Chandigarh, de Tarun J Tejpal



Manuel de l'Artiste en Jeune Homme. 1987

Petit déjeuner, sexe, journaux, ablutions à 9 heures.
Début du travail à 9 h 30.
Pause à 13 heures.
Déjeuner léger et sieste de 13 à 16 heures.
Reprise du travail de 16 heures à 19 heures.
Une tasse de thé à 17 h 30 mais sans pause.
Ecrire un minimum de 800 mots par jour.
S'autoriser deux jours de repos par semaine. Soit : 4 000 mots par semaine.
Garder à l'esprit que la discipline est aussi essentielle à l'écriture que l'inspiration.
Pas de films pendant la semaine.
Ne pas lire Kafka, Joyce, Faulkner.
Lire de la poésie avant de dormir : Hardy, Larkin, Stevens, Whitman, Yeats, Eliot.
Lire une page de Shakespeare chaque soir.
Pas d'alcool les jours de travail.
Pas de sexe pendant le travail.
Courir chaque soir pour faciliter la circulation sanguine.

Etre ambitieux - canevas large et expansif.
Se rappeler que les grands textes se soucient peu d'action.
Se concentrer sur les idées et les personnages.
La forme compte autant que le fond. Innover.
Ecrire à la troisième personne - avec l'omniscience de l'auteur.
Rendre la prose mémorable - procurer une joie stylistique.
Eviter l'étalage des émotions.
Maintenir une écriture intraitable : le monde est dur.
Ne pas s'échiner à être plausible : l'Inde n'est pas plausible.
Eviter les scènes de sexe : difficiles à réaliser, faciles à dénigrer.
Ne rien dévoiler du texte en cours d'écriture.
Le monde est envahi d'âneries que personne ne lit : ne pas en rajouter.
L'écriture n'est pas la vie. Fizz est la vie.

Note du Blogueur : Fizz est la compagne du narrateur et son grand amour. Elle corrige l'injonction en : L'écriture est la vie. Fizz est Fizz.


Dans "Loin de Chandigarh", de Tarun J Tejpal





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Ecrire vrai



Ne pas faire de style. Surtout ne pas faire de style. Et ne pas tenter de ressembler à. Ni à faire comme ou à la manière de. Ne pas écrire comme il se fait d’écrire aujourd’hui. Se souvenir qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises manières. Il ne s’agit que de soi.

Donc ne pas penser au lecteur. Pas trop.

Ecrire et puis entendre sa voix. La chercher. S’écouter et ne pas se censurer. Non ! ne pas s’écouter justement, seulement lâcher les mots et les projeter là, en dehors de soi. Ne se soucier de rien, de rien d’autre que d’écrire vrai.

Comprendre ce que cela signifie, écrire vrai.

Ne pas faire des ronds de jambes. Ne pas faire des phrases comme on enfilerait des mots pour faire un joli collier à sa jolie maman. Ecrire vraiment.

Ecrire, tout simplement. Et cesser d’écrire comme si quelqu’un lisait par-dessus mon épaule !


Ecrire vrai





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Tautologie originelle



La quête de paradis artificiels.

Tout est là qui s'exprime avec pudeur, dans ce non-dit qui est dit deux fois.

L'irréductible espérance des hommes.

On parle aussi de périssologie.


Tautologie originelle





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Monologue vaginal

8 mars 2006 - à l'occasion de la journée internationale de la femme et extrait des rush de mon roman, Lulli - ici comme un hommage aux vagins...



Monologue Vaginal

Ce n’est pas grand-chose pourtant. Un vagin.
Presque rien, un vide sidéral entre les parois humides d’une grotte sombre. Une excavation improbable et creusée dans les chairs. Des plis et des replis… et des replis encore. Des chairs dentelées, bistrées, qui abritent, renferment et libèrent la fragrance obsédante et chaude des sucs – perles qui suintent lentement dans l’intérieur secret de ce puits profond de chair, de sueur et de sang.
Un peu plus que rien en vérité. Loin toutefois de l’idée magnifiée qu’on s’en fait, cette idole qu’on adore et qu’on craint.

Un trou noir. Un puits gravitationnel infiniment profond creusé dans l’espace-temps du corps de la femme. Un trou noir qui délimite un en deçà et un au-delà du vagin, qui trace la frontière entre deux univers qui s’ignorent.
À l’extérieur, le monde des petits oiseaux, des fleurs et des violons, l’univers des sentiments onctueux et des paroles d’amour murmurées – et le reste aussi : les amitiés viriles, le sport, les concerts de rock, la télévision, la politique, les guerres et les dîners en ville, Dieu et la philosophie, toutes ces choses passionnantes qu’on appelle la vie, quand on veut ignorer la mort. Un univers confortable où chaque pensée trouve une place où se vautrer mollement et s’épanouir. Un monde où l’on peut se croire éternel.
Mais le vagin, son intérieur, on y pénètre une fois pour n’en plus jamais sortir. Il se produit à ce point que l’on n’ose franchir qu’avec frayeur, une puissante et totale accrétion de l’esprit où toute pensée se retrouve irrémédiablement aspirée dans une autre dimension, un univers vaginocentré d’où l’on ne revient pas. Improbable et définitif retour vers l’origine de soi. Sauf qu’il ne s’agit pas d’être, cette fois, mais d’avoir, de posséder afin de comprendre les raisons profondes de soi. Aller au fond des choses, comme on dit.
On n’y arrive pas. Il n’y a pas de fond et on s’enfonce. On s’enfonce et c’est exténuant. Et on s’enfonce toujours plus profondément, précédé toujours par le même espoir dément de trouver… quoi ? On ne sait pas même ce qu’on cherche. Bien plus à coup sûr que l’éphémère et morne apaisement que procure l’orgasme.

... lire la suite.


Monologue Vaginal





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Vivre au galop



La vie est un cheval à bascule. On l'enfourche, on tire son épée, on lance sa monture au triple galop et on file à travers le temps. A la fin, quand on comprend qu'on a fait du surplace, on se dit qu'on s'est bien amusé quand même.

Et puis il y a les pisse-froid, qui jouent les importants, trop sérieux pour s'amuser ainsi, comme des enfants. Juchés sur le cheval à bascule de la vie, ils regardent les autres avec hauteur et mépris. Ils bougent les hanches avec mesure et retenue, sans joie. Et quand ils comprennent qu'ils n'ont guère abouti plus loin, il est trop tard et c'est en pleurant qu'ils touchent le sol.


Vivre au galop





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L'Etudiant



J’ai été étudiant jusqu’à mes trente ans.
A la fin, je savais si bien faire l’étudiant qu’on me payait pour le faire.
Et c'était bien.

Maintenant, j'apprends à écrire et c'est bien aussi.


L'Etudiant





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souvenir d'enfance



Je me souviens de ce médecin, un pédiatre, une femme, que ma mère m’emmenait voir, enfant, quand j’étais malade. Je détestais aller la voir. Elle était vieille et moche. Elle avait les mains froides. Elle sentait mauvais. Surtout, il y avait chaque fois ce moment où elle baissait mon slip et prenait mes couilles entre ses mains pour les soupeser. Pourquoi diable doit-on soupeser les couilles d’un enfant quand il a un rhume - ou même une angine ou une otite ? C'est ce que je me demandais chaque fois. Elle me palpait un testicule et puis l'autre en hochant la tête avec gravité. Ensuite elle me rassurait d'un sourire : tout allait bien. Mais je n'en avais pas douté, c'est à la gorge que j'avais mal. Cette intrusion froide dans mon intimité, ça avait quelque chose d'humiliant, une sorte de négation de ma virilité. Plusieurs fois je me suis retenu de lui pisser dessus.

Depuis, quand une femme prend mes couilles dans ses mains, ça me donne la sensation d’être malade. Elle pourrait aussi bien me demander d'ouvrir la bouche, de tirer la langue et de faire aaaaaah. Merci Docteur, au revoir Docteur. Les autres hommes aiment ça, paraît-il. Chacun vit ses propres expériences et fait avec ses propres souvenirs d'enfance. Moi, ce que j'aime bien, c'est quand au jeu du docteur c'est moi qui joue le rôle du médecin.


Souvenir d'enfance





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Léon et Léa (une histoire pour les petits)



Léon et Léa

Cela faisait longtemps que Léon venait dans le jardin d’enfants. Il y venait tous les jours. C’était un très vieux monsieur, il avait au moins cent ans. Il avait de gros sourcils tout blancs, comme ses cheveux – mais il n’en avait plus beaucoup. Son visage et ses mains étaient toutes froissées et il marchait très doucement en s’appuyant sur une canne.

Léon aimait beaucoup venir dans le jardin d'enfants. Il regardait les enfants jouer, faire des châteaux de sable dans le bac à sable, glisser sur le toboggan jaune et vert, se balancer sur les balançoires et taper dans des ballons de toutes les couleurs. Les enfants criaient et riaient beaucoup, et Léon souriait. Et quant un enfant tombait et pleurait, Léon avait un peu mal pour lui.

Alors ce n’était pas tellement grave qu’aucun enfant, jamais, ne vienne lui parler ou lui dire bonjour. Léon était tout seul, assis sur son banc, mais il n’était pas triste. Il savait bien qu’un très vieux monsieur, ça fait toujours un petit peu peur aux enfants. Et peut-être même que certains d'entre eux pensaient qu’il était un ogre ou un monstre. Il ne leur en voulait pas. Ce n’était pas bien grave.

Un jour, Léon vit entrer dans le jardin une petite fille qu’il n’avait jamais vu auparavant. Elle avait une robe jaune avec de grosses fleurs vertes, et des chaussures violettes. Ses yeux étaient tout rond et tout noir, et ses cheveux, noir aussi, étaient attachés avec un chouchou rose au dessus de sa tête. Comme elle mangeait un pain au chocolat, on aurait dit qu’elle avait mis du rouge à lèvre marron.

Pour finir son goûter, elle est venue s’asseoir sur le banc, à côté de Léon. Elle avait un très beau sourire, mais le vieux monsieur n’osait pas lui parler. Il ne voulait surtout pas lui faire peur. Et c'est alors que quelque chose d’extraordinaire se produisit. La petite fille se tourna vers Léon et, comme si elle le connaissait depuis toujours, lui dit : - Bonjour, tu veux un peu de mon pain au chocolat ? Tu vas voir, il est délicieux. Et, avant qu’il ne lui réponde, elle coupa une moitié de la moitié de pain au chocolat qui lui restait et lui tendit : - Tiens. Comment tu t’appelles ? Moi je m’appelle Léa. Moi, je ne connais personne ici. Léon répondit que merci beaucoup et qu’il s’appelait Léon. Que lui non plus ne connaissait personne, enfin pas vraiment... Il n’en revenait pas, Léon.

Léa et Léon devinrent tout de suite très amis. Chaque jour, ils se retrouvaient au jardin où, assis sur leur banc, ils discutaient pendant une heure entière, jusqu’à ce que Léa doive rentrer chez elle. Elle lui posait mille questions et il répondait à toutes car il savait toutes les réponses, Léon... qui n’en revenait toujours pas.

Un jour, Léa demanda à son ami Léon : - Pourquoi as-tu toutes ces cicatrices sur le visage ? Tu as fait la guerre ? - Ce ne sont pas des cicatrices, répondit Léon en souriant. Ce sont des rides. J’en ai beaucoup parce que je suis très vieux. - Comment tu les as attrapés ? demanda la petite fille qui voulait toujours tout savoir. Alors, le vieux monsieur répondit : -Chacune de ses rides est la trace d’un souvenir, ce sont toutes les choses qui me sont arrivées dans la vie et qui se sont écrites sur mon visage. Regarde bien : il y a des rides qui sont comme un sourire, c’est pour les bons souvenirs. Et celles qui ont l’air de faire la grimace, c’est pour les mauvais. Là, c’était Léa qui n’en revenait pas.

Le lendemain, la fillette proposa à Léon d’aller faire du toboggan. - Voyons Léa ! s’exclama Léon. Je suis bien trop vieux pour faire une chose pareille. Mais la petite fille ne voulut rien entendre. Elle traîna le vieux monsieur jusqu’au pied du toboggan. Léon était rouge de confusion. Il avait l’impression que tout le monde le regardait. - Allez monte, ordonna la petite fille en lui souriant. Je passe devant toi. Tu n’as pas peur quand même ? - Non, non … Mais la voix de Léon était soudain devenue toute petite.

Léon monta tout en haut du toboggan - et je peux vous dire que cela mis très longtemps. Léa l’attendait. Et quand enfin il arriva, elle s’installa sur ses genoux et compta : - A la une… A la deux… A la trois ! ! ! Léon poussa avec ses bras, avec ses jambes, de toutes ses forces, et ils dévalèrent sur la pente plus vite qu’aucun enfant ne l’avait jamais fait. Ils riaient tous les deux aux éclats. Et puis ils recommencèrent aussitôt.

Ce qui se passa ensuite est tout à fait incroyable. Pourtant vous pouvez me croire, j’étais là et j'ai tout vu. Soudain, toutes les rides du vieux monsieur – et il en avait au moins un million, Léon – se rangèrent dans le même sens : on avait l’impression que tout son visage était une bouche qui souriait. Et moi, quand je suis rentré chez moi, je me suis regardé dans la glace et j’ai vu, juste au coin de ma bouche, une toute petite ride qui me souriait. Je n’ai pas pu la regarder très longtemps, parce qu’à ce moment Maman m'a appelée : "Léa, viens manger, s'il te plaît : le dîner est prêt".

*


Léon et Léa





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discrimination positive...



Mieux vaut Tahar que Djamel !





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de la province



Souvent on parle de "la qualité de vie" qu'on trouve en province. Et il est bien vrai, je le constate avec étonnement chaque fois qu'il m'arrive de sortir de Paris et d'aller passer quelques temps en Province (Où ça ? Vous savez, la province : cet Ailleurs indéfini et qui n'est pas Paris...), soudain voilà qu'on n'est pas pressé et que pour chaque chose que l'on fait il devient possible de prendre son temps. On va acheter une baguette et on peut s'autoriser vingt minutes avec la boulangère, puisqu'on n'a pas grand chose à faire après, sinon s'en jeter un ou deux au comptoir. On est à ce point peu pressé en réalité qu'au fil des heures et des jours qui passent, et qui passent au bout du compte avec une lenteur extrême, on cherche le moyen d'en perdre un peu tout de même, du temps, afin qu'il finisse par véritablement donner le sentiment de passer. Et bien souvent, au bout du compte, faut avouer, on s'emmerde.

Mais bien heureusement, la Province est un endroit qui n'existe pas, un ailleurs qui n'est jamais ici mais toujours là-bas ; et la "provincialité" est un art de vivre peu que l'on cultive aussi bien à Paris que partout.

Ouf !





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l'auteur en chanté

Trois Chansons Inédites

interprétées par Clara Finster

sur des paroles de Laurent Mann et une musique de Albin de la Simone

- 1997 -

A l'origine de ces trois chansons fut d'abord Clara Finster. Chanteuse de scène depuis toujours, Clara travaillait alors - nous sommes dans les ultimes années du précédent millénaire - avec Albin de la Simone qui n'était encore "que" musicien, accompagnateur et arrangeur. Albin composait et Clara chantait, elle écrivait aussi, mais tous deux étaient à la recherche de nouveaux textes.

A cette époque, je travaillais à la Défense, je portais costume et cravate, et j'en étais seulement à parler de mon désir d'écrire, cette nécessité intérieure de vivre une vie d'écrivain. J'en parlais beaucoup et j'écrivais des mots, beaucoup de mots et qui ne faisaient jamais d'histoire, entre deux réunions "ultra-importantes". Albin et moi étions des amis de quartier - et le sommes toujours aujourd'hui - et passions régulièrement des nuits ensemble en compagnie d'une certaine Lara C. Quand il m'a proposé de m'essayer à écrire des textes de chansons sur lesquels il composerait, l'idée m'a aussitôt conquis comme une opportunité d'écrire "pour de la vraie". Je crois que la seule contrainte qui m'avait été fixée était d'écrire des "textes de fille et un peu légers".

Je m'y suis mis, Albin a mis en musique, et il s'est trouvé que mes paroles ont interpellé suffisamment Clara pour qu'elle ait envie de les interpréter. Une maquette a été réalisée, les chansons ont été enregistrées et, si l'album n'a finalement pas vu le jour sous cette forme, aujourd'hui elles existent et ça me plaît bien qu'elles existent.

Ce n'a été probablement le début de rien - c'est à dire que comme toute chose cela a été un peu du début de tout ce qui a suivi - et, dix années plus tard, Clara a finalement sorti un album - "Les Fragiles", très réussi et produit par Mosaic Music Production - et se produit régulièrement sur scène ; Albin a franchi son Rubicon personnel et en est à ce jour à son deuxième album d'auteur grinçant, compositeur talentueux et interprète décalé ; quant à moi, j'ai tombé la cravate et fait enfin quelques histoires avec quelques uns de mes mots.

A vous donc de vous en régaler :


la fête dans la tête


des orties entre les orteils


retour aux sources





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histoire vraie



Qu’importe après tout qu’une histoire soit vraie, qu'elle ait été vécue dans le monde réel, pourvu qu’elle existe et que quelqu’un la raconte, et pourvu qu’une seule personne puisse l’entendre et s'y reconnaître, ou simplement s'y sentir bien.


histoire vraie





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lard du roman



Un roman, c’est une sorte de vieux sandwich : du réel plus ou moins avarié enfermé entre deux tranches de fiction. Pas toujours facile a digérer.


lard du roman





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argument pour l'édition en ligne



L'édition en ligne est-elle une alternative ? C'est en somme la question qui revient le plus souvent depuis que j'ai construit ce site. Sans ambiguïté, ma réponse est négative. Il ne s'agit ni d'une alternative, ni d'un renoncement. Je conçois cette forme d'édition davantage comme un étape qui ne substitue en rien à l'édition classique.

Je m'explique.

Si écrire est un moyen, moyen de s'exprimer, de sortir de soi, se concevoir comme écrivain c'est chercher à être lu, aller vers les autres avec ça, ce qu'on a écrit. La finalité n'est pas le livre, mais bien le lecteur. Être lu.

Avant l'internet, il n'y avait que deux possibilités. Soit l'on était édité, un manuscrit devenait livre et tout un chacun, le public, devenait lecteur potentiel. Soit on ne l'était pas, ou pas encore, et le seul lectorat possible était alors constitué par l'entourage de l'auteur. Dans un cas, tout le monde, et dans l'autre, personne. Parce que ce qui fait le lecteur est son anonymat, c'est pour une figure sans nom que l'on écrit, et à lui seul qu'on s'adresse. On ne peut lire de la même manière les mots d'un auteur avec qui l'on a une relation personnelle, ce proche qui écrit, que l'on connaît et que l'on veut et croit reconnaître dans les mots qu'il écrit.

Il y avait aussi l'auto-édition, ou l'édition à compte d'auteur, et qui n'est qu'un leurre, qui est selon moi confondre le moyen avec la fin, le livre avec le lecteur. Car ce qui fait l'éditeur n'est pas le livre mais sa faculté de "faire paraître au jour", de rendre public, de diffuser en somme. L'édition à compte d'auteur donne la satisfaction de voir ce qu'on a écrit prendre la forme de l'objet livre, mais un livre dans une tour d'ivoire auquel le public n'a pas accès. Et donc, là encore, point de lecteurs. Ou trop peu.

Aujourd'hui, l'édition en ligne, grâce à ce formidable outil de diffusion qu'est internet, permet de tracer un chemin entre ses deux points que sont l'édition et la non-édition. Elle permet d'élargir un peu le champ des lecteurs. Un peu seulement, il ne faut pas se leurrer là-dessus, car faute de publicité réelle et sauf alchimie imprévisible, on restera invisible au plus grand nombre, noyé dans la masse, en diffusion restreinte. Il reste que chaque lecteur supplémentaire insuffle la vie aux mots qui ont été écrit, simplement parce qu'ils sont lus et qu'ils ont été écrits pour l'être.

Une étape, donc. Ce qui signifie qu'en adoptant cette démarche l'auteur ne renonce pas, en aucun cas, à voir ultérieurement son travail reconnu et édité plus largement, voir ses manuscrits devenir livres, son travail être rétribué, et ses livres achetés par des lecteurs plus nombreux être lus et appréciés. Avoir le plaisir d'être lu et avoir celui d'en donner, et de ce plaisir en obtenir le plus possible.

Une étape aussi, parce que si ce passage par l'édition en ligne permet un tant soit peu à l'auteur qui en passe par là de développer un petit lectorat, c'est également une assise qui ne peut que constituer un plus pour un éditeur qui serait éventuellement intéressé par son travail, une sorte d'argument commercial - le mot n'est pas sale et un auteur n'a pas nécessairement à endosser le rôle un peu hypocrite de l'artiste naïf et pur qui refuse d'être concerné par ce genre d'argument beaucoup trop en-dessous de la ceinture, ou de la hauteur à laquelle il place son esprit... C'est qu'il doit bien y avoir une mauvaise raison, tout de même, pour laquelle les livres ne sont pas distribués gratuitement dans les lieux publics. Pas plus que le pain...

Mais puisque c'est sur ce thème que je suis arrivé, j'en termine par là en disant que si pour ma part j'ai tenu à adjoindre sur ce site la possibilité de "faire un don à l'auteur" à celle de "télécharger librement", c'est bien pour souligner que si ma démarche n'est là en aucun cas commerciale, je n'en vise pas moins à une certaine reconnaissance de mon état d'écrivain et du travail, en sus du plaisir, que cela implique.

Pour faire court, disons qu'il s'agit d'une proposition faite aux lecteurs d'un mécénat symbolique. A moins que ce ne soit en définitive la proposition elle-même qui relève d'une certaine symbolique...





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autoportrait (première partie)



Est-il possible de faire un autoportrait ?
Ce site n'est-il pas déjà une petite pièce du puzzle infini de mon autoportrait ?
Poser des questions ne donne-t-il pas plus de réponses que d'y répondre ?
Et ce que j'écris-là ne ressemble-t-il pas beaucoup à de l'enculage de mouches ?

Bref, ce n'est pas le bon jour et il me faudra y revenir...






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Hannibal Balibar



Je l'ai rencontré lors d'une fête.
Il faut que j'en dise bientôt davantage.

Ce n'est pas encore le moment.


Hannibal Balibar





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pensée



Madame, il fut un temps où vous aviez vingt ans et saviez prendre le taureau par les cornes et les hommes par la queue. Aujourd'hui, je connais bien des taureaux que vous prenez par la queue et du coup c'est votre mari qui porte des cornes. La quarantaine vous va bien.





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