Juste avant que le sang ne coule



le torero espagnol Julio Aparicio encorné


Le tragique peut-il être esthétique ? La laideur du drame peut-elle cohabiter avec la beauté d'un instant ?

Un seul instantanné - oui, c'est le mot ! - peut-il figurer toute la parabole qui de la vie conduit à l'art, où elle se trouve sublimée ?

Depuis que je suis tombé sur cette photo chez Rimbus - tombé littéralement en arrêt - je m'interroge.

Comment est-il humainement possible que j'aime cette photo ?


Si je devais nommer cette image, cet instant figé où tout s'est produit déjà, et rien encore pourtant, parce que la compréhension de que cela signifie n'a pas eu le temps de cheminer jusqu'à la conscience de l'homme encorné, ni à celle du taureau qui en est probablement dépourvu - de conscience, pas de cornes -, non plus qu'à celles des spectateurs hurlants d'admiration et d'effroi, ni même à celle du photographe dont le doigt vient de se crisper sur le déclencheur, cette oeuvre aurait pour titre : « Juste avant que le sang ne coule ».


Et la corne lui sortant par la bouche, le malheureux torero rengorge un cri rendu impossible. Juste avant que le sang ne coule et la vie ne s'échappe. Avant la douleur, aussi.



Source : Juste avant que le sang ne coule






Lulli - chapitre 2



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Scrapbooking d'hiver



scrapbooking Connaissez-vous le scrapbooking ? Moi non plus, mais ça n'est pas une raison !

C'est très important, le scrapbooking. Voilà un phénomène de société qui à n'en pas douter prend de plus en plus d'ampleur. En témoigne le nombre impressionnant de blogs exclusivement consacrés à ce sujet. Au point que Wikio a mis en place une catégorie spéciale scrapbooking et que le blog numéro 1 dans cette catégorie se classe au 47ème rang du classement général, ce qui est loin d'être ridicule.

Qu'est-ce donc que le scrapbooking ? Voilà la question que, j'en suis persuadé, vous vous posez en même temps que je me la pose à moi-même. Ayons le bon réflexe et lisons la définition qu'en donne Wikipedia :

« Le Collimage ou "scrapbooking" en anglais est une forme de loisir créatif consistant à introduire des photographies dans un décor en rapport avec le thème abordé, dans le but de les mettre en valeur par une présentation plus esthétique qu'un simple album photo. Pour cela, de nombreuses techniques de collimage existent, telles que le sérendipité, le tag, l'iris folding, le spirella...»

Mettons de côté la dernière phrase et retenons pour commencer que scrapbooking se traduit par "collimage" et que le collimage est un loisir créatif qui consiste à... coller des images. Cette simple description confirme qu'il faut bien que ce soit un phénomène d'une grande ampleur pour que Wikio se soit vu contraint de créer une catégorie dédiée alors même qu'une catégorie "loisirs" existait déjà. Il a fallu qu'il apparaisse impossible de mélanger torchons et serviettes, blogs de tricot et blogs de scrapbooking - impossibilité qui pourra plonger les profanes dans un insondable abîme de perplexité...

Sortons-en, et relisons maintenant la dernière phrase : « De nombreuses techniques de collimage existent, telles que le sérendipité, le tag, l'iris folding, le spirella...»

La sérendipité, je connais. La sérendipité est ce hasard heureux qui, combiné à une disposition de l'esprit caractérisée par l'ouverture à la nouveauté, conduit à faire une découverte inattendue, à trouver ce qu'on ne cherchait pas, fortuitement en somme. C'est un notion qui tient une place essentielle dans le domaine de la recherche scientifique.

Apliquée au scrapbooking - ou d'ailleurs à n'importe quel domaine qui prétend à l'artistique -, ça devient savoureux : vous choisissez des photos un peu au hasard, vous les découpez un peu à l'inspiration, vous les collez sur un fond un peu par ci un peu par là... et à la fin vous vous demandez si cela n'a pas un sens ou une beauté à laquelle vous ne vous attendiez pas.

Dit autrement, la sérendipité en tant que technique artistique est ce qui parviendrait à faire de tout un chacun un artiste par hasard. Disons un hasartiste. Une bien douce illusion, à laquelle j'ai néanmoins pour ma part cessé de croire depuis longtemps.

Quant au tag, à l'iris folding et au spirella, je n'ai aucune idée de ce à quoi cela peut correspondre. Un lecteur pourra éventuellement nous expliquer.

J'ai l'air de me moquer, mais pas du tout. D'une part la technique du collage a été et est utilisée par de très grands artistes - Picasso et Braque n'étant pas les moindres d'entre ceux-là -, d'autre part je ne connais absolument rien au scrapbooking et il faut toujours éviter de moquer ce que l'on ignore. Sur Wikipedia, je lis encore que « Ce loisir créatif [...] existe aux États-Unis depuis les années 1800 mais arrive en France en 1999 ». Un loisir excessivement récent, du moins de ce côté-ci de l'Atlantique, qu'une dizaine d'années aura donc suffit pour rendre populaire, au point qu'on puisse effectivement parler de phénomène de société.

Et donc ?

Rien. Sinon que je sais maintenant avec certitude que je ne peux inscrire mon propre blog chez Wikio dans la catégorie "scrapbooking". Car il faut que je vous dise, confondant le blog et le site sur lequel il est hébergé, j'avais initialement choisi de le faire figurer dans la catégorie "littérature". Aujourd'hui, je m'aperçois qu'il n'y a guère sa place, ou seulement partiellement, tant j'y parle d'autre chose que de littérature. C'est pourquoi j'étais parti en quête d'une catégorie mieux adaptée.

"Scrapbooking" ne convenant pas, il ne me reste que la catégorie "divers". Et du coup j'en profite pour faire des liens bordel, des liens !



Source : Scrapbooking d'hiver




Pourquoi je bois



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Le syndrome de Pygmalion



nu picassoIl la regarde, fait une moue. Ça ne va toujours pas. Les yeux d'abord. Les yeux surtout. Le regard ne possède pas la clarté voulue, ce pétillement. Trop de noirceur, de froideur même. Il avait espéré créer au fond de ses yeux noirs un regard à la fois chaud et lumineux. Il le découvre sombre et glacé. Et puis la hanche. La courbe est trop marquée, un peu grossière. Quand elle se déplace, elle semble lourde, lestée, comme plantée dans un sol boueux, comme si chaque pas était un déracinement. Elle parle, elle chante, elle rit. Il émane d'elle intelligence et candeur, humour et légèreté. Elle est délicieuse, pense-t-on tout d'abord. Cela ne dure pas. Rapidement on s'ennuie. A la fin, on est irrité par le son de sa voix qui rend trop le cristal et l'on y perd encore de la chaleur, quand son parfum en diffuse de trop. Elle sent bon pourtant, merveilleusement bon, au point qu'il se dit que c'est finalement ce qu'il a le mieux réussi. Il en serait presque satisfait s'il n'y cherchait en vain la subtile touche érotique qu'il y avait souhaitée. Les effluves vaginales surtout. Il a beau fourrer là son nez, il n'y retrouve rien de la nécessaire bestialité qu'on espère toujours y deviner. Il l'examine encore, doutant de plus en plus que la magie puisse tout de même opérer. L'aimer, voilà ce qui saurait couronner tant d'efforts consentis pour son oeuvre. Le dessin du sexe est certes parfait. Et les cuisses et le ventre et les seins. De toute beauté aussi. Un grain de peau sublimement soyeux - presque trop sur l'aimable rondeur des fesses, constate-t-il avec dépit. La main risque de glisser avant que d'avoir eu le temps de s'émouvoir. Et la cambrure des reins. Elle file avec élégance jusqu'au creux délicat de la nuque, là où échouent tous les baisers. Il soulève ses longs cheveux et l'embrasse là, avec un peu d'espoir encore, et découvre qu'en cet endroit crucial, qu'en cet endroit aussi, un il-ne-sait-quoi désamorce toute charge érotique. Il comprend soudain son erreur. Trop de perfections. Trop de perfections, voilà l'imperfection. Tout recommencer. Il a pris sa décision. Tout recommencer encore. Il aurait dû s'en rendre compte avant que de lui insuffler la vie. Elle va maintenant pousser d'insupportables petits cris à la vue du couteau. Elle suppliera de l'épargner. Elle ne comprendra pas. Il n'a pas la faculté de renoncer et n'a d'autre choix que de la détruire s'il ne peut l'aimer tout à fait. Elles ne comprennent jamais.



Source : Le syndrome de Pygmalion




Chama Dieumerci



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L'Art de la Joie, de Goliarda Sapienza



L'Art de la Joie : juste un extrait

l'art de la joie Goliarda SapienzaUne gourmandise sucrée-salée de quelques 600 pages. Le livre d'une vie, celle d'une femme insoumise à travers son siècle italien. L'Italie comme on la suppose, c'est-à-dire comme on l'aime. Une femme que l'on voudrait avoir bien connue. A dévorer lentement... pour de chaque page savourer le nectar, de chaque mot la poésie brutale. Un roman dont chaque page est un roman. Quelques mots extraits de ce livre fulgurant de Goliarda Sapienza, comme une mise en bouche - morceaux choisis pas tout à fait au hasard :

Que faisais-je au milieu de ces stylos et de ces crayons alignés sur mon bureau ? Ou était-ce un autel ? J'avais commencé par jeu... Mais en regardant en moi-même je vis mon avenir : prise dans ce traquenard, les jambes coupées par le piège "d'être quelqu'un". J'avais fui le couvent ; mais la religiosité jetée par la fenêtre ressurgissait par quelque trou de ma chambre, chevauchant le rat de l'esthétique. Je le vis, le rat mystique. Les yeux couleurs de rouille de l'insatiabilité scrutaient, voraces, des recoins ombreux. Ils épiaient ma jeune chair, ma poitrine, pour trouver une fissure et entrer en moi et ronger l'ossature de mon squelette soudée par la joie. L'arrêtant net, je sus que je m'étais justement méfiée, et que quelques instants d'inconscience encore m'auraient fait tomber hors de la réalité en proie à cette drogue nommée "artiste", drogue plus puissante que la morphine et la religion. Il comprit et il détacha son regard du mien pour s'enfuir.

[extrait de "L'Art de la Joie" de Goliarda Sapienza, aux éditions Viviane Hamy.]


"L'Art de la Joie", de Goliarda Sapienza





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Du processus artistique



Alimenter son esprit comme on alimente son corps.

Se Nourrir
Digérer
Froncer les sourcils
Et puis expulser la merde

Ensuite, prétendre que c'est de l'art.

Ou bien avoir du talent : façonner l'étron, le rendre appétissant, en nourrir ses semblables...


Du processus artistique





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Ecrire à hauteur de soi



J'ai commencé par une nouvelle, comme tous les écrivaillons, ou beaucoup d'entre eux. Comme on fait quand on pense en avoir fini avec les petits poèmes adolescents et leurs relents néo-pubères.

Une nouvelle, parce que ça semble plus simple, et aussi parce qu'on s'imagine qu'il sera moins douloureux de mettre dix pages au panier plutôt que trois cents. L'impression que cela fera moins mal. Ce n'est pas vrai, on y met autant d'orgueil et il suffit d'une demi-page pour comprendre comme il est difficile de se confronter à ses propres insuffisances, ses propres incapacités, savoir qu'on n'a rien produit qui puisse prétendre à davantage qu'à ce grand catalogue des médiocrités dont on tire de médiocres livres. Toutes ces merdes auxquelles on passe un ruban et qui s'exposent sans pudeur sur les présentoirs prétentieux des librairies de France.

Ce n'est pas pour cela qu'on écrit. On voudrait bien que cela ne fut pas pour ce résultat trivial, trop éloigné des ambitions supérieures de l'artiste qu'on prétend être ou devenir - mais je ne crois pas qu'on puisse devenir artiste, pas en tout cas comme on devient boulanger, à force de travail et d'abnégation ; il y a autre chose, mais quoi ?

Certes, le ruban est utile. C'est tout de même qu'il faut bien vendre un peu, être lu. A quoi bon écrire sinon. Exposer son cul, seul dans l'obscurité d'une pièce aveugle, ce n'est pas pour cela qu'on écrit. Pourtant, le tintement de la monnaie dans l'escarcelle, trace tangible et certainement pas vulgaire laissée là par un lecteur qu'on ne voit ni n'entend, ce n'est pas non plus ce après quoi l'on soupire.

*

Exposer son cul. Ce besoin qu'on a de s'exprimer. Dire et être entendu. Ecrire et être lu. Etre sincère et séduire. Vendre mais sans faire du commerce. Ne pas chercher à plaire, mais plaire quand même.

On ne montre pas son cul pour que celui qui le regarde le trouve beau et se mette à bander. Il faut néanmoins qu'il soit présentable, visible et regardé pour qu'on puisse justifier de le montrer. Etre lu pour justifier que l'on écrive. Et donner un peu de plaisir aussi, pour justifier que l'on existe.

C'est donc un miroir que l'on espère. Toute la différence entre le strip-tease et l'exhibition : le plaisir de l'autre, dans un cas comme une finalité, dans l'autre comme un simple hommage. Un écrivain est un exhibitionniste, pas une strip-teaseuse. Il ne s'agit pas pour lui de plaire, il ne s'agit pas d'abord de cela, ni surtout des artifices dont il faudrait user pour y parvenir, s'assurer que l'on va pouvoir vendre beaucoup.

*

Au début, c'était facile. Les idées venaient à moi sans qu'il me fut besoin de les appeler. Je n'avais qu'à poser les mots, les ordonner et hop ! une nouvelle. Et puis une autre. Et bientôt six qui firent un recueil. Un peu trop longues ? Pas grave, il n'y a qu'à dire que ce sont des récits. Un recueil de récits, voilà.

De la merde ? En réalité, même pas. Pas si mauvais pour un début. De sympathiques petites histoires. Pas beaucoup d'humour certes, mais un peu quand même. Pas vraiment écrites avec les tripes mais bon, quelques moments d'émotion à l'occasion. Qui leur tireront bien une larme ou deux. Des mots, des phrases, un livre donc.

La potentialité d'un livre comme il y en existe des milliers et en moi, rien. Sensation de rien. De la poudre aux yeux, des paillettes, du vent. Je n'y étais pas. Je n'avais rien donné qui m'appartienne, un peu de bile tout au plus. Même pas mal. J'étais encore debout, coincé dans mon douillet petit cocon qui deviendrait aussi mon cercueil. J'avais tombé la cravate, et puis quoi ? Et aujourd'hui encore, quoi ? Toujours ce putain de noeud autour de mon cou trop large, ce noeud bien serré et qui m'empêche de gueuler comme un porc. Allez, un petit effort mon garçon, laisse-toi donc égorger. Qu'on voie enfin tes tripes.

Sept ans et j'ai tout gardé à l'intérieur. Sage petit bonhomme.

*

Bon, tout de même, envoyons ça aux éditeurs. En reçoivent des paquets de cette bouillie sans odeur ni saveur. En publient même puisque ça se vend pour peu que l'emballage... Pourquoi d'ailleurs feraient-ils la fine bouche ? Sont pas là pour faire des entrechats, après tout.

Pas d'angoisse en tout cas. Un refus ne signifiait pas que c'était mauvais, simplement que ce n'était pas génial. Ça, merci, je le savais. Me déplairait pas moi, pourtant, de pondre un truc génial. Même trois lignes. Faudrait que ça me fasse mal comme de s'arracher lentement une oreille. J'y suis prêt. On ne crée pas à partir de rien. Il faut donner de soi. L'art...

Mais je ne vais pas me mettre à disserter sur l'art. Tout le monde s'en fout. Moi en tout cas je m'en fous. Je ne sais pas ce que c'est, l'Art. Ne veux surtout pas le savoir. Je ne suis pas à la recherche d'une expression ni d'une reconnaissance artistique. Je ne cherche qu'à dire et raconter, créer pour cesser de vivre et enfin exister, créer à partir de moi pour être et cesser de mourir connement comme un lapin au milieu de la route qui crève en regardant les camions lui passer dessus et les compte : un deux trois me casse les noix, quatre cinq six chaire à saucisse...

Enlever la peau, fouiller dans les chairs à mains nues et mettre le tout sur la table. Pousser les mauvais morceaux en avant, ceux qui sentent le plus fort. Parce qu'il s'agit que ça pue pour que ça vaille un peu la peine. Il s'agit de sortir sa merde et en faire de la dentelle. C'est ça l'inspiration, se nourrir de sa propre matière fécale. Et écrire, finalement, ce n'est que vomir avec un peu d'élégance.

N'en suis pas là. Ne sais pas comment m'y prendre, pour entrouvrir les vannes. Laisser couler un petit filet. Et j'observe avec grand intérêt ce qui sort des autres, mes contemporains. Pas grand-chose le plus souvent. Aucun souffle de vie, ou de mort. Aucun souffle du tout. Quelques malheureuses petites pages et imprimées en gros caractères pour que ce soit plus facile à lire, des phrases creusent et qui se la racontent. Des petites histoires de cul avec des gros mots. Pas de vulgarité surtout, juste un petit peu de soufre pour que ça hume moderne. C'est le parfum contenu du scandale qu'on y trouve, rien d'autre. Le must en ce moment : des femmes qui parlent de leurs culs en faisant des phrases courtes, un langage cru, pas plus de cent cinquante pages. Un bon produit marketing.

Pourquoi pas, d'ailleurs. Mais parmi ceux-là, combien d'écrivains ? Ils disent un peu, ils expriment un peu, ils racontent un peu, mais ils n'écrivent pas. Les mots sont posés sur le papier, en ordre, proprement, savamment même pour certains et tiens, ce serait presque joli, mais on n'y voit pas leur âme, ou la nôtre qui s'y reflèterait, ou une âme, n'importe laquelle. Leurs livres ne sont pas écrits et n'en sont pas, seulement un peu de papier et puis de l'encre.

L'écriture, c'est ce petit truc en plus qui d'un livre fait un livre vrai, la différence qu'il y a entre faire l'amour gentiment à sa femme et une bonne grosse baise avec une inconnue - ou quand on réalise que sa femme est aussi cette inconnue. Ecrire c'est tremper sa plume jusqu'aux entrailles et continuer à bouger le cul même quand vient la douleur. Cent fois, mettre l'autre cul par-dessus tête, et puis le laisser pour mort. C'est cela que fait un livre vrai à son lecteur : il le baise, le fait jouir et puis le fait mourir. Un bon petit bouquin, c'est de la branlette, c'est agréable, ça ne fait de mal à personne, merci et au revoir. Après vous êtes le même qu'avant, juste un petit peu plus proche de la mort. Mais on ne s'est pas ennuyé et c'est toujours ça de pris sur le non-être. Oui, sans doute, et puis quoi ? Et puis quoi quand une oeuvre vraie vous bouleverse et vous permet d'accéder à un peu d'éternité ?

*

Apprendre l'humilité et seulement écrire avec ce qu'on a. Ne pas renoncer, avoir beaucoup d'ambition, mais savoir mesurer chichement ses prétentions. Viser un peu au-dessus du commun et tenter d'ignorer qu'on ne s'élèvera pas si haut que ceux dont on aime les livres et qui sont les seuls vrais écrivains.

*

Oui, parvenir à hauteur de soi, ce serait déjà beaucoup.


Ecrire a hauteur de soi





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Dans Loin de Chandigarh, de Tarun J Tejpal



Manuel de l'Artiste en Jeune Homme. 1987

Petit déjeuner, sexe, journaux, ablutions à 9 heures.
Début du travail à 9 h 30.
Pause à 13 heures.
Déjeuner léger et sieste de 13 à 16 heures.
Reprise du travail de 16 heures à 19 heures.
Une tasse de thé à 17 h 30 mais sans pause.
Ecrire un minimum de 800 mots par jour.
S'autoriser deux jours de repos par semaine. Soit : 4 000 mots par semaine.
Garder à l'esprit que la discipline est aussi essentielle à l'écriture que l'inspiration.
Pas de films pendant la semaine.
Ne pas lire Kafka, Joyce, Faulkner.
Lire de la poésie avant de dormir : Hardy, Larkin, Stevens, Whitman, Yeats, Eliot.
Lire une page de Shakespeare chaque soir.
Pas d'alcool les jours de travail.
Pas de sexe pendant le travail.
Courir chaque soir pour faciliter la circulation sanguine.

Etre ambitieux - canevas large et expansif.
Se rappeler que les grands textes se soucient peu d'action.
Se concentrer sur les idées et les personnages.
La forme compte autant que le fond. Innover.
Ecrire à la troisième personne - avec l'omniscience de l'auteur.
Rendre la prose mémorable - procurer une joie stylistique.
Eviter l'étalage des émotions.
Maintenir une écriture intraitable : le monde est dur.
Ne pas s'échiner à être plausible : l'Inde n'est pas plausible.
Eviter les scènes de sexe : difficiles à réaliser, faciles à dénigrer.
Ne rien dévoiler du texte en cours d'écriture.
Le monde est envahi d'âneries que personne ne lit : ne pas en rajouter.
L'écriture n'est pas la vie. Fizz est la vie.

Note du Blogueur : Fizz est la compagne du narrateur et son grand amour. Elle corrige l'injonction en : L'écriture est la vie. Fizz est Fizz.


Dans "Loin de Chandigarh", de Tarun J Tejpal





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lard du roman



Un roman, c’est une sorte de vieux sandwich : du réel plus ou moins avarié enfermé entre deux tranches de fiction. Pas toujours facile a digérer.


lard du roman





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