Afrique du Sud 2010 : Internet pour les Bleus
La
coupe du monde de foot, vous aurez beau faire, vous ne pourrez pas
y échapper. Il faut en prendre son parti, jouer le jeu,
communier.
D'ailleurs, bien plus qu'un sport, le football est d'abord un spectacle, une dramaturgie où tout est parfaitement organisé afin que naisse l'angoisse, surviennent les renversements de situation, perlent les injustices, voire se noue la fatale tragédie.
A commencer par les règles du jeu, sujettes à toutes les controverses, toutes les contestations, forcément, lesquelles sont plus que tolérées, encouragées. Songez donc, un hors-jeu se jugera à la seconde et au millimètre près, alors même que le ballon et les joueurs concernés - au minimum trois - sont tous en mouvement et à des endroits différents du terrain. Impossible de ne pas se tromper, si l'on tient compte en sus de l'effet de perspective qui va du juge de ligne à la ligne de hors-jeu.
L'arbitre ! Pauvre arbitre qui représente à la fois l'autorité, l'arbitraire et l'injustice, cet homme sur lesquels les joueurs n'ont de cesse que de déverser leurs frustrations. Car il faut se rendre compte que voilà un sport collectif - et c'est le seul dans ce cas - où les décisions de l'arbitre sont contestables, où la contestaion est tolérée. Dans certaines limites, bien entendu, mais tolérées tout de même. Voyez le rugby, à la moindre objection, ce sont quinze mètres supplémentaires de punition. Au handball, le joueur est sorti deux minutes. Au résultat, l'arbitre est respecté. Mais pas au foot.
C'est que dans le foot, parce que c'est un spectacle, il faut un méchant. L'arbitre - l'homme en noir - tient ce rôle, celui de faire respecter des règles impossibles tout en acceptant qu'on le bouscule un peu, qu'on le villipende beaucoup. A la fois Dieu tout puissant et personnification du destin et de sa fatalité.
Car non seulement les règles sont impossibles, non seulement on refusera à l'arbitre l'aide de l'arbitrage vidéo - ce serait trop simple -, mais voici un homme qui à en sus affaire à 22 comédiens aguerris qui se rouleront au sol de douleur à peine ils seront touchés, effleurés... ou pas du tout. Qui passeront leur temps à réclamer pour eux-mêmes, bras levés au ciel, le bénéfice de la touche, du corner ou de la faute - imaginaire, le plus souvent. Et qui honniront l'arbitre si sa décision n'est pas favorable, systématiquement, et éventuellement contre toute évidence.
Mais pis que cela encore, au football la victoire ou la défaite se jouera le plus souvent sur un ou deux buts marqués ou encaissés. 90 minutes de jeu pour un ou deux buts - et il n'est pas rare qu'au terme du match aucun n'ait été inscrit. Ce fait même introduit un élément d'aléa considérable qui fait du football ce sport où le moins fort à de considérables chances de parvenir à l'emporter. Un coup de chance ou de malchance, souvent une injustice - ou qui sera de toute façon considérée comme telle - suffira à faire basculer le sort du match. Rendez-vous compte, voilà un sport où ce n'est pas le plus fort qui gagne, un sport où la probabilité que le sort et l'injustice désignent vainqueurs et vaincus est plus que palpable ! Une dramaturgie, vous dis-je...
Et tout cela, ce fantastique potentiel dramaturgique, se cristallise donc une fois tous les quatre ans - tous les deux ans si l'on tient compte des tournois continentaux - à l'occasion de la coupe du monde. Un gigantissime spectacle, véritables jeux du cirque planétaires - c'est aussi que le foot possède cette capacité phénoménale de toucher tout le monde - et ce dès l'enfance : quoi de plus simple en effet que de figurer deux buts avec quatre pulls disposés sur une aire de jeux, puis de taper dans un ballon (pendant que les filles jouent bêtement à sauter par-dessus une corde) ?
Ce n'est pas le foot que j'aime, c'est le spectacle et c'est cette communion d'émotions dont il est l'occasion. Alors, oui, autant jouer le jeu et se laisser prendre, se laisser emporter, comme naïvement.
C'est pourquoi, blogueur et donc acteur de l'internet, j'ai résolu à l'occasion de cette coupe du monde en Afrique du Sud, et malgré Raymond Domenech qui possède le charisme d'une huître - c'est dire s'il facilite l'enthousiasme -, de me joindre à l'initiative « Internet pour les Bleus » - clin d'oeil très à propos à ce sublime « USA for Africa », qui fête cette année son quart de siècle.
Au refrain, ça donne :
Allez, l'équipe de France
On y croit, on vous fait confiance
Foncez, rien n'est perdu
Mais sortez-vous les doigts du cul
Et des paroles, je retiens surtout :
Parce qu'on s'en fout que vous vous tapiez des putes
Le plus important c'est que vous marquiez des buts
Vous l'aurez compris, j'adore !
Ce soir, à 20h30 tapante, je serai au théâtre de La Colline pour assister au Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès, sur une mise en scène de Michael Thalheimer.
Un spectacle, je vous dis !
Source : Internet pour les Bleus
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Thierry Henry à pleine main
Ça fait longtemps que ça dure. Déjà en 1998. Déjà avec Aimé Jacquet. Bon, il y avait Zidane. Et puis Blanc et Desailly. Et puis Thierry Henry, déjà. On ne peut pas perdre avec une telle équipe. Qu'importe le sélectionneur, on ne peut pas perdre. Pourtant les pires se sont succédés pour occuper le poste. Aimé Jacquet donc, et puis Roger Lemerre. Jacques Santini ensuite. Raymond Domenech enfin. Des clones sans charisme ni inspiration, dont l'unique credo est 1- conserver le ballon 2- ne surtout pas prendre de but. Et c'est ainsi que progressivement, à mesure que ces joueurs d'exception raccrochaient les crampons, l'équipe de France est devenue championne du Monde de la passe-à-dix.
Ainsi, le dernier match de l'avant Domenech fut la défaite en quart de finale de l'Euro 2004, contre la Grèce, 1 à 0, au terme de ce qui fut le match le plus ennuyeux et crispant de l'ère footballistique moderne - c'est-à-dire celle qui a débuté avec ma naissance. Suite à quoi, Domenech se mit au boulot : 1- conserver le ballon 2- ne surtout pas prendre de but, avec pour résultat qu'au terme d'un tournoi de qualification où l'équipe de France enchaîna les match médiocres, joua un sublime jeu de passe-à-dix, écrasa 1 à 0 les redoutables Iles Feroe, il fallut en passer par les barrages, puis par un dernier match qui s'éternisa 120 minutes afin de s'assurer de ravir la couronne de match le plus ennuyeux et crispant de l'ère footballistique moderne. Une victoire 1 à 1 comme les aime Domenech. Beau boulot Raymond !
Mais j'en entends dans le fond qui beuglent qu'on a tout de même été en finale de la dernière coupe du Monde. Et je réponds : Zinedine Zidane. Malgré Domenech et sa tragique absence d'ambition de jeu, Zinedine Zidane est parvenu à lui seul à conduire l'équipe de France jusqu'en finale de la coupe du Monde 2006 - et l'on se souvient d'une équipe du Brésil qui en demi-finale se contenta de regarder jouer Zizou, le souffle coupé et comme se retenant d'applaudir. En 2006, Zidane gagna la coupe du Monde et l'offrit sur un coup de tête à l'équipe d'Italie. Domenech ne fut jamais dans cette affaire qu'un spectateur de plus.
Il est à ce titre remarquablement symbolique que l'équipe de France ait été sortie de la dernière coupe du Monde après le coup de tête de Zidane pour quatre ans plus tard devoir sa qualification pour la suivante à un coup de main de Thierry Henry. Voilà bien quelle est l'équipe de France de Raymond Domenech : une équipe sans âme, qui ne cesse de déjouer, ou de jouer tout petit, à pas comptés et prudents, offrant pour tout spectacle que 90 minutes soporifiques et sans joie, et dont le dénouement n'est jamais dû qu'à des circonstances parfaitement hasardeuses, parfois favorables parfois non, sonnant systématiquemet le glas de défaites améres ou de tristes victoires.
On est qualifié. Soit. Mais putain ! qu'est-ce qu'on va encore s'emmerder pendant cette coupe du Monde en Afrique du Sud !
Vraiment, y a pas moyen de débarquer Raymond "la science" ? Qu'on en finisse enfin de ces dix longues années de football calculette à la main ? Et si cette qualification volée était l'opportunité de comprendre que le football ce n'est pas ça, tout de même, et que même la victoire peut être honteuse, désastreuse, moche. L'opportunité de virer enfin un Raymond Domenech, sélectionneur ennuyeux et crispant et qui n'est pour rien - cette fois encore - dans cette tant minable qualification. Bien au contraire. Oui, et s'il fallait prendre ce pitoyable dénouement comme le signe qu'il n'est peut-être pas utile d'aller jusqu'au bout d'une logique qui ne pourra jamais, tout compte fait, que tous nous désespérer ?
Source : Thierry Henry à pleine main
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Zidane, un héros de légende
Zidane, le légendaire
Zidane est
grand
Zidane ne met pas un coup de boule dans les vestiaires et loin des caméras
Zidane met un coup de boule quand il y a coup de boule à mettre
Zidane est droit
Zidane est pur
Zidane est grand jusque dans le pétage de plomb
Zidane est magique
Zidane est mythique
Zidane est tragique
Zidane est épique
Zidane est éternel
Zidane est comme Mitterrand, un personnage de roman, sublime jusque dans sa part d'ombre
Il ne s'agit pas d'aimer ou de ne pas aimer Zidane
Il s'agit de s'agenouiller devant Zidane et le vénérer
Zidane est une idole
L'Italie a gagné la coupe du monde ?
Quelle coupe du monde ?
Il n'y a pas eu de coupe du monde !
Juste le jubilé de Zidane, sa dernière épopée
Juste la mise à mort du héros par lui-même
Zidane c'est Molière qui meurt sur scène
Zidane c'est le Christ qui plante lui-même les clous
Zidane c'est Achille aux pieds légers et le vieux Ulysse réunis en un même personnage
Zidane... c'est Zidane








