Un misérable petit tas de chair et de néant - Lulli, chapitre 12 et dernier
Je
sors de chez ma mère. Je descends en trombe les quatre étages
depuis son appartement. Je déboule sur le trottoir. Devant le
porche, un couple se dispute violemment, deux amants écorchés par
le doute, dévorés par la rancœur, emportés par les mots et
qui ne parviennent plus à se dire qu'ils s'aiment. Je passe sans un
regard pour eux, remontant la rue d'Aligre à grands pas et me
tenant la tête à deux mains. Je suis loin déjà, loin de ces
chamailleries imbéciles. J'oblique dans la rue de Charenton, je
suis essoufflé, j'ai du mal à respirer. Mes pensées réduites en une
bouillie de particules affolées s'entrechoquent aléatoirement sous
la voûte de mon crâne. Un milliard de minuscules explosions
nucléaires. Mes tempes palpitent, me font mal, trop de bruit dans
ma tête. Je voudrais ne plus penser, me reposer un instant, oublier
ce qui m'est impossible désormais d'oublier. Il n'y a plus de place
en moi pour l'oubli. J'ai été au bout de l'anamnèse et désormais je
sais. Je sais ce qui a été, et je sais aussi ce qui est et tout ce
qui donc ne sera plus, ne pourra plus être.
On n'en reparlera plus, c'est ce dont nous avons convenu avec ma mère. Et il n'a pas été nécessaire non plus qu'elle aille au bout des mots, qu'elle raconte jusqu'à son terme l'histoire de Julie, inutile qu'elle dise des paroles qui sonnaient comme un sombre glas à l'intérieur de mon crâne. J'avais compris, deviné depuis longtemps le fin mot de l'histoire. J'étais présent, j'avais vu : c'était aussi mon histoire. J'avais vu et tout était en moi déjà, à l'état de traces sur le palimpseste de ma mémoire. On n'oublie jamais vraiment sans doute.
Il n'a pas été nécessaire qu'elle dise que Julie était enceinte, ni même qu'elle évoque ce qui fut ensuite. J'ai compté, Céline est née le 5 février 1969, j'ai recompté plusieurs fois même, comme s'il pouvait subsister le moindre doute, une issue, une autre possibilité qui m'aurait sauvé de la prison du réel, mais non, il n'y a pas d'autre possible que ce qui a été : 11 mai 68 - 5 février 69, 38 semaines et 4 jours, le temps plein d'une gestation. Elle a accouché à terme, Julie. Elle l'a gardé jusqu'au bout, son bébé. Il fallait bien ça sans doute, garder longtemps l'enfant dans son ventre afin qu'il ne reste rien du vice. Laver la souillure et que l'enfant naisse purifié de sa part d'ombre. L'idée qu'un bien puisse naître d'un mal, de ce mal qu'on lui avait fait, était insupportable et il lui avait fallu renvoyer le mal à son néant pour accueillir l'enfant, qu'il n'en soit pas le stigmate désolant. Il avait fallu à Julie nier le viol pour accepter l'enfant, nier jusqu'à l'idée d'un géniteur pour nier la réalité du violeur, sa marque dans sa chair et celle de son enfant. Non, personne ne l'avait possédée, ni déflorée, ni souillée, et ce serait l'enfant, lui seul, qui en naissant déchirerait son hymen, lui seul qui prendrait sa virginité, l'enfant, sa pureté…
[...]
Douzième et dernier chapitre de Lulli, roman à lire sur iPhone, iPod Touch, IPad ou toute liseuse supportant le format epub : Cybook, Sony Reader, Kindle... Ou bien directement sur un ordinateur. A télécharger gratuitement ci-dessous.
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« Nicolas Sarkozy recevait aussi son enveloppe »
Une si petite fille - Lulli, chapitre 11
Le
médecin esquissa un sourire, ajusta son chignon puis ses lunettes,
et pointa son Mont-Blanc sur le moniteur de
l'échographe :
« Regardez, là, vous voyez ? Il n'y a pas le moindre doute, c'est une fille. »
Mon cœur eut un hoquet, puis mon sang se mit soudain à tourner à l'envers tandis que je parcourais fébrilement l'écran des yeux, cherchant au hasard des agrégats informes de petits points lumineux une confirmation à la nature de ma paternité :
« Je ne vois rien, moi. »
Céline était allongée sur la table d'échographie, les mains en bandoulière sous son ventre dénudé. Elle souriait béatement.
« Tu vois quelque chose, toi ?
l'interrogeai-je.
- Oui. Je crois qu'on ne peut pas tellement se tromper, Nicolas.
Nous allons avoir une fille. Une petite fille !
- C'est sûr, vraiment ? fis-je en me tournant vers le médecin.
Il n'y a pas d'erreur possible ?
- Non, monsieur. Pas l'ombre d'un doute.
- Pourtant je ne vois rien moi. Rien qui ressemble à une fille,
rien qui ressemble à rien en fait.
- Peut-être que tu ne regardes pas comme il faut », émit
Céline.
[...]
Avant-dernier chapitre de Lulli, roman à lire sur iPhone, iPod Touch, IPad ou toute liseuse supportant le format epub : Cybook, Sony Reader, Kindle... Ou bien directement sur un ordinateur. A télécharger gratuitement ci-dessous.
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(A suivre : Lulli, chapitre 12...)
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Ce puits profond de chair, de sueur et de sang - Lulli, chapitre 10
J'avais
vu, tout vu de ce qu'il y a à voir d'une femme puisque j'avais vu
son vagin, puisqu'en voyant ses entrailles j'avais entraperçu le
brasillement indécent de son âme – sa chair et son sang.
J'avais vu, mais parce que je n'avais que quatre ans, parce qu'il
est nécessaire de comprendre pour se souvenir, ma mémoire n'avait
rien gardé de ce que j'avais tellement vu.
Recroquevillé dans un coin sombre de la chambre, entre le mur et l'armoire, j'avais écarquillé les yeux et je n'avais pas compris, ni les soupirs ni les cris, ni le sang rouge qui coulait d'entre les cuisses de Lulli, après que mon père l'avait chevauchée, poussant des grognements sourds et saccadés, han ! han ! han ! et le sang rouge de Lulli sur le drap blanc et ses sanglots silencieux et les ahanements de mon père… Je n'étais pas sûr même que c'était Lulli, que c'était mon père, je ne comprenais pas ce qui se produisait devant moi, devant mes yeux, qui entrait par mes yeux grands ouverts et qui entrait tout d'un seul bloc. Un gros bloc de vécu, massif et envahissant, mais je ne possédais pas les outils, ni la force pour tailler dedans, ni ne pouvais non plus détourner le regard tandis que ça entrait en moi, tandis que ça prenait possession de mon esprit, cette vermine de l'âme.
J'avais cru soudain que c'était le sang de mon père et j'avais crié. Sur le drap, entre les cuisses de Julie, j'avais cru que c'était le sang de mon père, j'avais cru qu'elle l'avait mordu, que son sexe avait refermé ses dents sur le sexe de mon père. Faisant couler son sang. J'avais vu le sang et, aussitôt après, j'avais crié. Mon père s'était retourné, m'avait aperçu, avait vu l'enfant qui criait, replié sur lui-même dans l'embrasure de la porte, un enfant en tas avec les yeux exorbités et une bouche qui hurlait, et qui hurlait l'effroi de l'enfant qui ne comprend pas. Il avait jeté un dernier regard sur Julie, et Julie sanglotait sur le lit, le drap tâché ramené sur elle, entre ses cuisses, et puis il avait avancé sur moi, massif, nu, son sexe croûté de sang noir.
« Tais-toi ! », il avait dit, la mâchoire serrée.
[...]
Lulli est mon premier roman, que j'ai résolu de publier sous forme de livre électronique (format .epub) et de diffuser via ce blog au rythme d'un chapitre par semaine.
Nous en sommes au chapitre 10, sur les 12 chapitres que compte ce roman, et vous venez d'en lire les premières lignes. La suite est à lire sur iPhone, iPod Touch, IPad ou toute liseuse supportant le format epub : Cybook, Sony Reader, Kindle... Ou bien directement sur un ordinateur.
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Source : Ce puits profond de chair, de sueur et de sang
(A suivre : Lulli, chapitre 11...)
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Petit cours de relativité appliquée
Deuil et confidences - Lulli, chapitre 9
« Dis
Lulli, pourquoi on marche comme ça, doucement ?
- Je ne sais pas, Nicolas. Peut-être parce que personne n'est
vraiment pressé d'arriver.
- Je suis pressé, moi. Je m'ennuie ici, je voulais pas
venir. »
Je regarde en arrière, tous ces gens qui nous suivent, qui avancent lentement, comme saisis de torpeur, les yeux baissés, la mine grave, tous habillés de noir et les épaules rentrées, des gens que je ne connais pas pour la plupart, et qui parlent à voix basse en hochant la tête. Le gravier crisse sous leur pas. Nos regards se croisent, ils esquissent un sourire que je ne leur rends pas. Je ne les aime pas. Ils sont tristes.
Tout à l'heure, à l'entrée du cimetière, ils défilaient les uns derrière les autres pour saluer mes parents. Ils me regardaient avec un petit sourire contrit, hésitants, et puis ils posaient leurs grosses paluches sur ma tête, emmêlaient leurs gros doigts dans mes cheveux. J'ai détesté ça, leurs mains qui me touchaient comme pour vérifier que j'étais vivant.
Je suis le seul enfant. Le seul enfant vivant de cette ennuyeuse procession, c'est ça qu'ils disaient leurs sourires grimaçants, que je suis un survivant. J'ai envie d'être ailleurs.
[...]
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Source : Deuil et confidences
(A suivre : Lulli, chapitre 10...)
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Le jour d'avant - Lulli, chapitre 8
Louise
pose ses mains à plat sur son ventre. Elle veut être sûre que cela
s'est produit, sensation étrange d'être devenue une autre –
d'être redevenue elle-même en réalité, ordinaire, trivialement
humaine quand hier encore le divin était en elle, l'habitait tout
entière. Elle avait porté la vie, elle est plate désormais et son
ventre est vide, sans vie. Il n'y a plus en elle qu'un seul
cœur, le sien, solitaire, et qui cogne dans ce néant. Elle
réprime une envie de pleurer, réconforte-moi, mon bébé. Elle
parcourt la pièce du regard et ne voit nulle part sa petite fille.
Un instant elle est prise de panique, puis se souvient que la
sage-femme lui a dit qu'Elise ne serait pas avec elle cette nuit,
qu'elle devait se reposer, dormir un peu pour reprendre des
forces.
Voilà, elle est reposée maintenant : qu'on lui rende son bébé ! Elle se lève. Tenir sa petite fille entre ses bras, la voir vraiment, longuement, la toucher toute. Où est-elle, où l'ont-ils emmenée ? Elle vacille, prend appui sur la table de chevet et se dirige vers la porte. Sa marche est chaotique, elle a perdu l'habitude de ce corps-là, privé de ce poids devant elle qu'il fallait compenser en cambrant les reins. Et le sentiment d'aller toujours à deux.
Elle trouve la nurserie et, devant la douzaine de bébés alignés comme à l'étalage, Louise n'hésite pas : elle est là, son Elise, ses yeux noirs grands ouverts, Elise, dans sa couveuse et qui ne pleure pas.
Comme elle est belle ! Louise est saisie par son éclat. Une bulle de fierté éclate dans son cœur et elle sent un rire monter en elle comme un sanglot, un bonheur qui l'étouffe. Elle prend appui sur le mur et regarde son enfant. Elle regarde avec avidité, détaille mille fois sa merveille, et ne se lasse pas de regarder et de regarder encore. Chacun de ses traits semble avoir été le fruit d'un minutieux travail d'orfèvre, sa bouche délicatement ourlée, son nez pointu et décidé, ses pommettes saillantes ; et ses yeux noirs, son regard intense et volontaire, ses cils longs et recourbés qui lui donnent un regard rond, le regard faussement étonné qu'ont les filles. C'est une fille ! Louise s'use les yeux et le cœur à la regarder.
Sa peau est légèrement hâlée et le linge blanc qui l'emmaillote rehausse encore son éclat. Comme ta peau doit être douce, murmure-t-elle avec émotion. Elle voudrait la toucher, elle a posé une main à plat sur le toit de la couveuse pour être plus près de sa petite fille, aussi près qu'il est possible encore de l'être – et Elise agite ses mains lilliputiennes comme pour capter dans l'air confiné du ventre artificiel les ondes d'amour que lui adresse sa mère. De l'extérieur maintenant. Toutes deux se regardent avec une tendresse emprunte de nostalgie, elles se regardent, se voient et prennent conscience de leur altérité. Quelque chose a pris fin entre elles et qui ne sera plus.
[...]
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Source : Le jour d'avant
(A suivre : Lulli, chapitre 9...)
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Lire un epub sur son ordinateur
Libération sexuelle - Lulli, chapitre 7
Julie
n'a aucune nouvelle de la maternité. Elle ne sait rien de
l'accouchement de Louise et ignore même si celle-ci a accouché. À
son réveil, Nicolas s'étonne de trouver Julie à côté de lui, dans
le lit de ses parents, elle lui rappelle brièvement les évènements
de la nuit et le petit garçon fait : « Ah oui ! je
me rappelle », puis il change de sujet.
Au cours du petit-déjeuner, et plus encore maintenant sur le chemin de l'école, Nicolas se montre plutôt prolixe. Il bavarde, sans rien dire de particulier, avec entrain, comme pour se débarrasser de mots dont il n'a pas l'utilité et qui l'encombrent, comme s'il ressentait le besoin de se délester du superficiel et de l'anecdotique avant de pouvoir atteindre à l'essentiel qui le tourmente, qui se trouve comme coincé en travers de sa gorge et qui s'agite jusqu'à par moments lui faire mal dans l'estomac. Julie le connaît bien, il suffit de le laisser se vider, de savoir que les paroles importantes viennent ensuite.
Main dans la main, ils avancent lentement sur le chemin de l'école et on les dirait ralentis par la brume, tenace ce matin. Le soleil ne chauffe guère, il a dû même pleuvoir un peu tout à l'heure car le bitume est humide sous leurs pas. Nicolas discourt à n'en plus finir et Julie ne parvient à l'écouter que d'une oreille distraite, incapable de garder son attention à l'enfant. Elle a peu dormi cette nuit, a eu son propre lot d'émotions. Elle est fatiguée et le flot des paroles de l'enfant ne lui parvient qu'à travers l'épais brouillard de ses propres pensées vagabondes. De temps à autre, quand elle croit détecter que le petit garçon l'interroge, à un silence prolongé ou parce qu'il a tiré sur sa main pour s'assurer qu'elle l'a bien entendu, Julie répond évasivement, oui ou non, un peu au hasard. Le petit garçon semble s'en satisfaire, qui déroule imperturbablement le fil de sa logorrhée.
Ils sont parvenus à proximité de l'école quand, déchirant un large pan de brume, le soleil les inonde de sa chaleur soyeuse. Il fera beau tout à l'heure, se réjouit Julie. Tout paraît tellement plus facile sous le soleil – à Paris plus qu'ailleurs, songe-t-elle. Quelques rayons suffisent pour que la ville tout entière semble renaître au bonheur, les murs paraissent moins gris, les pigeons moins sales et les Parisiens plus gais, plus vivants, moins accablés par le poids du quotidien. Elle-même déjà sent un peu de sa fatigue qui l'abandonne, comme aspirée par la paille d'un rayon de soleil : elle n'en dormira que mieux sans doute, tout à l'heure.
« Lulli, je ne vais pas pleurer aujourd'hui pour entrer dans l'école. Non, je ne vais pas pleurer. »
[...]
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Source : Libération sexuelle
(A suivre : Lulli, chapitre 8...)
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De Weather Report au Joe Zawinul Syndicate
Fausse alerte ? - Lulli, chapitre 6
La
vessie comprimée par un utérus devenu envahissant, Louise se lève
pour aller uriner. Elle encaisse le premier choc au moment où
dressée sur ses deux poings posés derrière elle, poussant son gros
ventre en avant, elle arrache au prix d'un effort intense son
postérieur à la cuvette. La contraction est soudaine, presque
brutale, provoque une douleur profonde qui la contraint de se
rasseoir. Son visage est blême, sa mâchoire crispée : elle
avait oublié comme cela fait mal.
La douleur s'estompe lentement. Louise souffle, reprend ses esprits. Son corps se détend. Elle tente à nouveau de se lever, y parvient, chancelle un peu et doit prendre appui sur le mur. Elle souffle encore, adresse une grimace à la grosse vache qui la regarde depuis le miroir puis, à petits pas circonspects sur le parquet qui grince et craque, soutenant son ventre de ses deux mains enlacées, elle regagne sa chambre. Dans le lit, Jean-Pierre ronfle bruyamment.
Ce n'est rien, se dit-elle en se glissant sous les draps, une fausse alerte sûrement. Si ses calculs sont justes, il lui reste quatre semaines avant d'accoucher. Elle sait qu'ils sont justes : ce n'est rien, cela va passer. Elle cherche une position confortable pour se rendormir, inspire puis expire profondément, plusieurs fois, et recommande à ce petit être en elle de prendre patience. Oui, cela va certainement passer, tente-t-elle de se convaincre encore. Cela doit passer. Elle ferme les yeux.
[...]
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Source : Fausse alerte ?
(A suivre : Lulli, chapitre 7...)
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Première fois - Lulli, chapitre 5
« Vous
n'imaginez pas comme j'ai peur », leur
confie-t-elle.
Les trois jeunes femmes sont installées autour d'une petite table en formica, à l'arrière de la petite salle comble d'un café de la rue Saint Bernard. Trois ans ont passé et le rituel s'est figé : deux panachés, un café allongé, un cendrier sur la petite table ronde et, dessous, leurs genoux qui se pressent légèrement. Des volutes de fumée montent de leurs cigarettes, spirales d'argent qui s'enlacent et fusionnent au-dessus de leurs têtes. Et le brouhaha ne s'étend pas jusqu'à elles que l'intimité préserve du monde :
« Non, c'est une évidence, Julie.
Nous sommes incapables toutes les deux d'imaginer ce qu'on peut
ressentir la première fois, dit Michèle avec ironie. J'ai préféré
moi commencer par la deuxième. Quant à cette dévergondée assise à
côté de toi, il faut te figurer qu'elle n'a pour ainsi dire jamais
été vierge.
- En tout cas, je ne m'en souviens plus, confirme Emilie en
éclatant de rire. Tu sais, jolie Julie, il n'y a vraiment pas
de quoi te mettre martel en tête. Ton Alain, si ça se trouve, il en
a une toute petite qui ne te fera pas tellement de mal.
- Ni tellement de bien non plus, c'est au choix », complète
Michèle.
Toutes deux allument à la même flamme une autre cigarette. Qu'elles se moquent donc ! pense Julie. Oui, moquez-vous, pense-t-elle, et le soir n'en viendra que plus vite.
[...]
Lulli est ce premier roman que j'ai résolu de publier sous forme de livre électronique (format .epub) et de diffuser via ce blog au rythme d'un chapitre par semaine. Nous en sommes au chapitre 5 et vous venez d'en lire les premières lignes...
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chaque billet vous permettent, si vous le souhaitez, de partager
entre vous - et avec moi - vos impressions de lecture, au fil de
celle-ci ou bien à son terme (qu'il soit prématuré ou non). Je ne
résiste pas d'ailleurs à reproduire cette fois le tant aimable
commentaire de Colombine :
« C'est excellent !! Une belle écriture, sensible et vraie, pleine d'émotion... (comme j'aime) »
Bonne lecture !
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Source : Première fois
(A suivre : Lulli, chapitre 6...)
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Le titre du nouveau roman de Marc Levy
Jouons à deviner le titre du prochain Marc Levy
Marc Levy en
est à son douzième bouquin, en à peu près autant d'années. Les onze
premiers avaient pour titres :
• Et si c'était vrai...
• Où es-tu ?
• Sept jours pour une éternité...
• La Prochaine Fois
• Vous revoir
• Mes amis mes amours
• Les Enfants de la liberté
• Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites
• Le Premier Jour
• La Première Nuit
• Le voleur d'ombres
Or, voilà que par une voie que je ne peux sous aucun prétexte révéler ici, je viens de prendre connaissance du titre qui sera donné au tout nouveau et prochain - à paraître dans quelques semaines.
Mais, plutôt que de vous le révéler, je vous propose un petit concours tout simple et qui pourrait se révéler amusant, un petit jeu façon devinette, à peine caustique et tout à fait innocent :
Devinons le titre du douzième roman de Marc Levy
Afin de vous aider un peu, je vous révèle que si celui-ci est dans la veine des onze premiers, comme on pouvait s'y attendre, il ne s'agit pourtant pas d'un de ceux qui suivent - mais ça aurait pu - et qui constituent ma participation à ce petit jeu :
• Impossible n'est pas elle
• Le premier instant
• Toute première étincelle
• Toi toi mon toi
• L'éternité d'après
• Puisque demain sera
• Lourd comme un cheval mort
• Rendez-vous dans dix ans
• Retiens l'amour
• Nous irons au bois
• ...
(Oui, je le sais bien que Google aussi est dans la confidence. On s'en fout, c'est seulement pour jouer à qui trouvera le meilleur titre "à la manière de Marc Levy"...)
Alors ?
Source : Le titre du nouveau roman de Marc Levy
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L’histoire de Julie - Lulli, chapitre 4
« Mais
il ne s'agit pas de ton père. Cette histoire que je te raconte,
c'est l'histoire de Julie, pas celle de ton
père ! »
Ses traits sont tirés, fatigués. Sa peau est grise, presque poussiéreuse. Cela fait cinq jours que je ne l'ai pas vue, elle paraît avoir vieilli de dix ans. Sa voix est lointaine, à la fois plus intérieure et plus résolue. Elle me fixe avec insistance comme pour me signifier qu'elle pourrait s'arrêter encore, qu'il suffirait que je dise 'stop' pour qu'on en reste là. Un sombre avertissement résonne dans chacune de ses phrases – elle en fait trop, comme à son habitude.
« Tu veux tout savoir, tu me demandes pourquoi j'ai exprimé l'espoir que ton père a souffert plus que Julie, il faut d'abord que tu comprennes que c'est à elle que je pensais en disant cela, à sa souffrance à elle. La sienne, celle de ton père, sa souffrance à lui… je n'ai que faire de sa souffrance à lui ! Au cimetière, alors que nous disions au revoir à Julie, je l'avoue j'ai pensé au rôle qu'il a joué dans sa vie, sa vie à elle, et m'a échappé cette bouffée de colère, ce ressentiment dont il n'est pas même digne. Mais c'est son histoire qu'il te faut entendre, celle de Julie, pas celle de ton père. C'est d'elle dont il s'agit si l'on veut laisser s'exprimer la mémoire, si vraiment on veut que cela ait un sens de parler. Raconter oui, mais parce que c'est le seul moyen que Julie continue de vivre en nous, son souvenir… Il importe que tu comprennes ce qu'elle a vécu, ce qu'elle a traversé, ce qu'a signifié pour elle de rencontrer ton père. C'était le jour de son arrivée à Paris, la première personne à qui elle a parlé ce jour-là, dans cette ville, c'était ton père. Le jour de ta naissance aussi, tu le savais je pense, qu'elle était arrivée à Paris le jour même de ta naissance ? »
Je fais non de la tête.
[...]
Lulli est ce premier roman que j'ai résolu de publier sous forme de livre électronique (format .epub) et de diffuser via ce blog au rythme d'un chapitre par semaine. Nous en sommes au chapitre 4 et vous venez d'en lire les premières lignes. La suite est à lire sur iPhone, iPod Touch, IPad ou toute liseuse supportant le format epub : Cybook, Sony Reader, Kindle... , voire également sur votre ordinateur - c'est possible et sans difficulté - mais ce serait dommage.
Fidèle à la nature de ce site, c'est-à-dire à sa raison d'être - une vitrine -, les 12 chapitres que comporte ce roman seront successivement disponibles pour un téléchargement gratuit. Les commentaires de chaque billet vous permettent, si vous le souhaitez, de partager entre vous - et avec moi - vos impressions de lecture, au fil de celle-ci ou bien à son terme (qu'il soit prématuré ou non).
Bonne lecture !
***
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3

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Bonus : Suite à sa lecture du chapitre
3, αяf a comme à son habitude - merci à lui -
laissé un petit commentaire que je ne résiste pas à reprendre ici,
tant il me semble croustillant :
« Lu ! On s'y croirait dis donc ! Je ne fantasmais pas sur ma maîtresse mais sur Fabienne Egal alors speakerine ! On a les fantasmes qu'on mérite.
Sinon, j'ai avalé ce chapitre comme Zahia doit avaler les éjaculations précoces ! Un régal ! »
Bonne lecture !
Source : L’histoire de Julie
(A suivre : Lulli, chapitre 5...)
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Pis que les faucons : les mouettes !
« Et ton père ? » - Lulli, chapitre 3
« Et
ton père ? » C'est la question qu'elles posent sur
l'oreiller quand elles veulent que la conversation prenne un tour
plus intime, qu'on mêle nos pensées après avoir mêlé nos
sécrétions. C'est qu'il arrive toujours le moment où il faut parler
de soi, histoire de sans doute se prouver qu'il ne s'agit pas
uniquement de sexe, l'intimité des mots pour se préserver de
l'impudeur de deux corps qui se sont secoués et pénétrés l'un
l'autre. Encore essoufflée, elle enroule une jambe autour de votre
bassin, pose une main à plat sur votre torse, joue comme sans y
penser avec une touffe de poils, en tournant lentement de l'index,
et, le visage niché dans votre cou, la voilà qui se raconte dans un
long murmure étudié. Et puis, parce que c'est confidence pour
confidence, elle susurre : « Et toi ? Parle-moi un
peu de toi maintenant. »
On se débat avec ça quelques instants, on marmonne un peu, on devient rapidement ennuyeux parce qu'on a rien envie de dire, parce qu'on ne la connaît pas tant qu'on veuille à ce point lui confier son âme. Mais elle dit : « Et ton père ? Parle-moi un peu de ton père » – manière sans doute de savoir où vous en êtes avec votre œdipe. Pas de père, je répondais. Un résumé plus qu'un mensonge, et l'espoir qu'on en reste là, qu'elle n'insiste pas davantage. C'était le contraire qui se produisait. Ça n'avait fait qu'attiser sa curiosité, ce mystère qu'elle croyait deviner – et son index se mettait à tourner plus vite dans les poils, à tirer comme par inadvertance et ça faisait un peu mal. Avec une pointe dans les aigus, assez désagréable, elle s'exclamait soudain : « Mais voyons, tout le monde a un père ! »
Je me taisais. Persister dans le mutisme, attendre que ça lui passe, et peut-être qu'elle saurait ne pas s'appesantir davantage, un reste de pudeur qui la retiendrait d'aller plus loin. Le silence répandait la suspicion, devenait suspect lui-même, et cruciale la question qu'elle posait. Et bientôt elle n'y tenait plus, s'énervait, exigeait une réponse. Il fallait en dire davantage, livrer un peu de soi, lui donner un os à ronger avant que ne vienne l'hystérie : « Il est mort ! Mon père, il est mort quand j'avais quatre ans. »
Oh ! désolée, elle faisait, portant une main à sa bouche. Elle ne savait pas, n'aurait pas dû insister. Elle bégayait et s'excusait cent fois, s'apitoyait maladroitement : un orphelin, comme c'est touchant ! Elle redoublait de tendresses, pour se faire pardonner, se lovait plus près. Pauvre petit, murmurait-elle, empoignant le sexe de l'orphelin, mon pauvre petit chéri, ronronnait-elle une dernière fois avant de l'engloutir.
[...]
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Bonne lecture !
***
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Source : « Et ton père ? »
(A suivre : Lulli, chapitre 4...)
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Juste avant que le sang ne coule
Lulli, chapitre 2 - roman pour ebook
Dans la série "j'expérimente l'édition au format ebook", j'ai résolu de publier mon premier roman - Lulli - sous forme de livre électronique (.epub) et de le diffuser via ce blog au rythme d'un chapitre par semaine.
Fidèle à la nature de ce site, c'est-à-dire à sa raison d'être - avoodware.com -, les 12 chapitres que comporte ce roman seront donc successivement disponibles pour un téléchargement gratuit.
Aujourd'hui
donc, le chapitre 2 - à lire sur iPhone, iPod Touch, IPad ou
toute liseuse supportant le
format epub : Cybook, Sony Reader, Kindle... , voire sur votre
ordinateur - c'est possible et sans difficulté - mais ce serait
dommage.
Les commentaires de chaque billet vous permettent, si vous le souhaitez, de partager entre vous - et avec moi - vos impressions de lecture, au fil de celle-ci ou bien à son terme (qu'il soit prématuré ou non).
Ainsi, suite à sa lecture du chapitre 1,
αяf a eu l'amabilité d'écrire le petit
commentaire suivant :
« Lu ! cette histoire est bandante ! [...] Plus sérieusement, j'aime bien la construction entre l'enfant et l'homme qu'il est devenu. Le passage de la mère qui parle de sexe est un vrai régal. J'ai pas pu m'empêcher d'imaginer ma mère me parlant de ces chose là. Etonnant comme on a eu du mal à penser que nos parents sont AUSSI sexués. »
Bonne lecture !
***
Les premières lignes du chapitre 2 :
Elise, ma petite sœur. Elle s'est appelée Elise, on lui a donné un prénom, quelques baisers aussi, sur son minois minuscule et chiffonné, et puis elle est morte. Une étincelle et la nuit aussitôt, nos regards qui ne se sont jamais croisés.
Je n'avais pas demandé à la voir non plus. Ça m'était bien égal la tête qu'elle avait, Elise. On m'emmena à l'enterrement. Je n'avais pas envie. Je n'ai pas pleuré, j'ai joué avec un papillon, penché au-dessus du trou, ne prêtant pas attention à l'oraison que lui faisait mon père. Je ne me sentis proche d'elle que dans la mesure où une main hésitante qui effleure le bois d'un petit cercueil unit l'enfant vivant qui cherche du bout des doigts à appréhender une vérité obscure, parce qu'il pressent qu'elle le concerne, à l'enfant qui n'est plus, que cette obscurité innommable, un prénom gravé dans la pierre, Elise, qui n'était plus rien que cette vérité obscène et que les adultes dissimulaient dans une petite boîte, et sous la terre froide. La boîte était close et l'enfant vivant ne vit pas l'enfant mort.
Une douzaine de photographies avaient été prises qui furent entassées dans une boîte à chaussures. Ma mère inscrivit son prénom, 'ELISE', sur le côté et en lettres capitales – cercueil de carton rangé à son tour dans un coin sombre, oublié en haut d'une armoire. Je ne découvris que des années plus tard, lorsque cela n'avait plus tellement d'importance, ces images jaunies d'un bébé malingre qui aurait été ma petite sœur.
J'avais trois ans et demi, un peu plus. C'était le printemps. Ma petite sœur naissait, et passait déjà. Une petite fleur – éphémère petite fleur. Tandis que ma mère s'endormait à la maternité, souriant à la petite fille posée sur son sein-mamelle, tandis que la petite fille passait d'un néant à l'autre, glissant sur le sourire aimant de sa mère, je vis – et c'était la première fois –, je vis une femme tout entière, une femme qui n'était ni une mère ni une nourrice, ni une maîtresse d'école, une femme qui n'était que cela et tout cela : une femme.
[...]
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Précédemment :
Lulli - chapitre
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Source : Lulli - chapitre 2
A suivre : Lulli, chapitre 3...
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Lulli, chapitre 1 - roman pour ebook
Dans
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Bonne lecture !
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Les premières lignes du chapitre 1 :
L'homme est grand, massif, une odeur de pipe l'accompagne. Il pousse la porte et entre dans la chambre de l'enfant, il pose ses pieds avec précaution sur le sol – ses chaussures vernies crissent légèrement sur le parquet, dans le silence. Il fait nuit. L'homme est le père de l'enfant, il avance sans bruit jusqu'au lit, sans bruit, comme s'il craignait de réveiller l'enfant endormi, ce petit garçon qui n'a pas quatre ans encore et qui dort comme seul un enfant sait dormir, qui dort tout entier et ne se doute pas que son père est là, dans sa chambre, et qui s'apprête à le réveiller.
La lumière tamisée d'une petite lampe veille sur le sommeil de l'enfant. Quand il ne dort pas, la nuit, le petit garçon a peur du noir, il est loin encore d'être un homme. Un homme, ça n'a pas peur du noir, c'est ce que dit souvent le père, il éteint la veilleuse et l'enfant se met aussitôt à pleurer, parce qu'il ne veut pas que l'on éteigne la lumière, ni que l'on ferme la porte : il a trop peur dans le noir. Il ne faut pas, dit le père, il ne doit pas pleurer, il est grand maintenant, un grand garçon, un petit homme déjà.
Ce n'est pas vrai, il est très loin encore d'être un homme. Il n'y a pas de femmes dans sa vie d'enfant, seulement une mère, et aussi sa nourrice, sa maîtresse à l'école et d'autres êtres nimbés de douceur et qui le protègent, qui font en sorte qu'il ait un peu moins peur dans le noir, la nuit, et qui ne sont pas des femmes puisque lui n'est pas un homme encore. L'enfant ne sait pas même ce qu'est une femme, ne sait rien encore de ce qu'elles sont, ni de ce qu'elles font aux hommes, il ignore comme elles sont en vérité bien plus redoutables que la nuit et l'obscurité.
Un jour viendra où lui sera révélée l'existence des femmes, et alors oui il lui faudra prétendre qu'il n'a plus peur du noir, et non plus des femmes, qu'il n'a pas peur non plus des femmes. Il dira « Je suis un homme », il prendra des poses viriles et des femmes qu'il aura eu l'illusion de séduire s'exhiberont devant lui, des femmes nues, lascives, avec leurs yeux qui brillent et leurs lèvres humides, bras et cuisses grands ouverts, et qui l'inviteront en elles, à venir en elles. Et quand bras et cuisses refermés sur lui, le pressant contre leurs mamelles durcies, elles l'attireront loin dans leur antre sombre, leur antre secret, moite et inquiétant, toujours plus loin dedans, alors il devra prétendre que non, bien sûr non, il n'a pas peur de ça, de tout ce noir au fond des femmes, lui qui est un homme maintenant.
***
Merci à vous d'assurer la promotion de ce
billet.
(à cet effet, les trois boutons ci-dessous pourront être de
quelque utilité...)
Source : Lulli - chapitre 1
A suivre : Lulli, chapitre 2...
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La Route, de Cormac McCarthy
Vous pouvez
lire, comme chaque année, Christine Angot ou Catherine Millet, par
exemple, ou d'autres... Il y a parmi eux sans doute quelques
écrivains véritables... de même que parmi les 675 bouquins en
librairie qu'ils ont produits pour cette rentrée littéraire vous
trouverez quelques bons mots qui vous réjouiront, quelques lignes
qui vous désennuieront, peut-être même quelques romans passables et
qui vous feront passer un moment tout à fait sympathique, sait-on
jamais...
Peut-être, je ne sais pas, moi je ne les lirai pas ; pas tout de suite, ne pas acheter ce qu'on veut me vendre, ne pas entrer dans une librairie comme on va en grande surface choisir ses yaourts, et ne pas en sortir comme on a acheté de la viande chez son boucher. Vous l'aurez compris, je n'apprécie guère pas la rentrée littéraire, pas plus que je ne suis jamais parvenu à apprécier ou même estimer un peu l'un ou l'autre des auteurs charismatiques qui en sont les habitués, les fers de lance, les icônes marketing et qui parlent de leur cul ou de leurs intestins, de leurs egos malades, de leurs nostalgies aussi surfaites que convenues, d'un peu de tout et surtout de rien avec à l'occasion un savoir faire indéniable mais le plus souvent sans talent littéraire particulier, sans génie, sans âme : on lit, on aime un peu ou pas du tout, aussitôt on oublie. Au mieux, une passade.
Cormac McCarthy est un écrivain qui a du génie et qui vient de nous livrer un roman phénoménal. Il est entre autres l'auteur de Suttree ou De si jolis chevaux et, plus récemment : Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme - No country for old men que je n'ai pas lu encore mais qui a donné un film splendide réalisé par les frères Coen (lesquels dans leur domaine ne sont pas non plus tout à fait dépourvus de génie). Sur Wikipedia, je lis que "le critique littéraire Harold Bloom considère Cormac McCarthy comme un des quatre romanciers américains majeurs de son époque, aux côtés de Thomas Pynchon, Don DeLillo, et Philip Roth. On le compare régulièrement à William Faulkner et, plus rarement, à Herman Melville. Autant que je puis me le permettre, je confirme - à ceci près que je ne connais pas Thomas Pynchon et que j'aurais également cité Russell Banks.
Bref, venons-en au fait, c'est-à-dire à ce roman phénoménal qu'est La Route, dernier né de Cormac McCarthy donc et livre apocalyptique s'il en est : c'est que la fin du monde a eu lieu ! Un homme - désigné comme "l'homme" tout au long du roman - et son fils - "le petit" - errent sur une terre dévastée, littéralement en cendres, et sous un ciel noir que ne savent plus percer les rayons du soleil. Un monde où toute vie, animale ou végétale, a presque entièrement déserté. Un monde misérable et violent où quelques rares survivants parmi les hommes menacent à chaque pas que l'on parvient encore à faire sur cette route qui ne peut mener nulle part mais qu'ils parcourent tout de même parce qu'il s'agit de ne pas renoncer à être. Parce que contre toute raison, dans ce monde sans espoir, l'homme espère en son fils dont l'innocence semble encore, miraculeusement, intacte. Le petit est ce qui reste de conscience à l'homme et le retient de sombrer dans le renoncement à sa propre humanité. Aussi l'homme assure-t-il la survie de son petit, lui trouve de quoi ne pas mourir de faim ou de froid, le protège des méchants et dit "tu comprends, je dois m'occuper de tout"... tandis que le petit assure la survie de l'humanité de son père et lui répond "non, je dois m'occuper de tout" et c'est lui qui a raison parce que le plus grand danger qui les menace n'est pas la faim ou le froid, ni la mort, mais d'avoir à renoncer à eux-mêmes en devenant à leur tour ces méchants qui pour survivre tuent et mangent leurs semblables plutôt que de continuer à les considérer comme des frères auxquels s'unir dans une solidarité de destin, franchissent l'une après l'autre toutes les frontières de l'humanité et il s'agit donc de n'en pas franchir une seule sauf à risquer de ne plus être différents de ceux-là qui ont tué, décapité, embroché et mis sur les braises un nouveau-né dans l'intention de tromper un peu la faim et prolonger à tout prix leurs existences terrifiantes de solitude. Eux seront donc les gentils, le resteront et même si cela ne devait servir à rien. Désespérément humain et parce que c'est le dernier espoir qui leur reste.
Un roman profondément noir et pourtant éperdument chargé d'humanité et de poésie. Un livre d'une puissance rare écrit au scalpel et qui vous écorchera vif. Vous pouvez bien entendu ignorer mon conseil et choisir de vous plonger une fois encore dans les efforts plumitifs d'une Amélie Nothomb. Sûr alors que vous en ressortiriez indemne, réjoui de pouvoir vous dire que même pas mal !... Cependant, vous ignoreriez aussi combien riche est parfois la douleur quand l'intelligence et la poésie s'en mêlent, et combien la grandeur d'un écrivain parvient par la grâce de ses mots à grandir son lecteur qu'il maltraite de tout son talent et jusqu'à lui arracher le coeur pour mieux l'émouvoir.
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Source : La Route, de Cormac McCarthy |
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Monologue vaginal
8 mars 2006 - à l'occasion de la journée internationale de la femme et extrait des rush de mon roman, Lulli - ici comme un hommage aux vagins...
Monologue Vaginal
Ce n’est pas grand-chose pourtant. Un
vagin.
Presque rien, un vide sidéral entre les parois humides d’une
grotte sombre. Une excavation improbable et creusée dans les
chairs. Des plis et des replis… et des replis encore. Des
chairs dentelées, bistrées, qui abritent, renferment et libèrent la
fragrance obsédante et chaude des sucs – perles qui suintent
lentement dans l’intérieur secret de ce puits profond de
chair, de sueur et de sang.
Un peu plus que rien en vérité. Loin toutefois de l’idée
magnifiée qu’on s’en fait, cette idole qu’on
adore et qu’on craint.
Un trou noir. Un puits gravitationnel infiniment
profond creusé dans l’espace-temps du corps de la femme. Un
trou noir qui délimite un en deçà et un au-delà du vagin, qui trace
la frontière entre deux univers qui s’ignorent.
À l’extérieur, le monde des petits oiseaux, des fleurs et des
violons, l’univers des sentiments onctueux et des paroles
d’amour murmurées – et le reste aussi : les
amitiés viriles, le sport, les concerts de rock, la télévision, la
politique, les guerres et les dîners en ville, Dieu et la
philosophie, toutes ces choses passionnantes qu’on appelle la
vie, quand on veut ignorer la mort. Un univers confortable où
chaque pensée trouve une place où se vautrer mollement et
s’épanouir. Un monde où l’on peut se croire
éternel.
Mais le vagin, son intérieur, on y pénètre une fois pour n’en
plus jamais sortir. Il se produit à ce point que l’on
n’ose franchir qu’avec frayeur, une puissante et totale
accrétion de l’esprit où toute pensée se retrouve
irrémédiablement aspirée dans une autre dimension, un univers
vaginocentré d’où l’on ne revient pas. Improbable et
définitif retour vers l’origine de soi. Sauf qu’il ne
s’agit pas d’être, cette fois, mais d’avoir, de
posséder afin de comprendre les raisons profondes de soi. Aller au
fond des choses, comme on dit.
On n’y arrive pas. Il n’y a pas de fond et on
s’enfonce. On s’enfonce et c’est exténuant. Et on
s’enfonce toujours plus profondément, précédé toujours par le
même espoir dément de trouver… quoi ? On ne sait pas
même ce qu’on cherche. Bien plus à coup sûr que
l’éphémère et morne apaisement que procure
l’orgasme.
... lire la suite.
lard du roman
Un roman, c’est une sorte de vieux sandwich : du réel plus ou moins avarié enfermé entre deux tranches de fiction. Pas toujours facile a digérer.
Ma bibliothèque idéale
Le coup de l'île déserte
Faisons l'exercice. Je suis une sorte de Napoléon
qu'on envoie en exil au loin, sur une petite île. Je prépare ma
petite valise bibliothèque. Je prends (dans l'ordre où ils me
viennent à l'esprit) :
- "Ulysse", de James Joyce (parce qu'après deux lecture et demi, il
me reste tant à comprendre)
- "L'Enfer", de Henri Barbusse
- "L'Homme qui rit", de Victor Hugo
- "La Bible", dans sa "nouvelle traduction" (parce que, je dois
bien l'avouer, je suis très loin encore de l'avoir parcourue dans
sa totalité...)
- "Tieta d'Agreste", de Jorge Amado
- "Pourfendeur de nuages", de Russell Banks
- "Le Voyage d'Anna Blum", de Paul Auster
- "Septentrion", de Louis Calaferte
- "Demande à la poussière", de John Fante
- "Sexus", de Henri Miller
- "Ocean mer", d'Allessandro Barrico
- "Le Maître et Marguerite", de Mikhaïl Boulgakov
- "A la merci d'un courant violent", de Henri Roth
- "Les Mille et une nuits" (bien sûr !)
- "Beloved", de Toni Morrison
- "Le Voyage au bout de la nuit", de Céline
- "Si c'est un homme", de Primo Levi
- "La Storia", d'Elsa Morante
- "Le grand cahier", "La preuve" et "Le troisième mensonge"
(trilogie), d'Agota Kristof
- "La Vie mode d'emploi", de Georges Perec
- "Belle du Seigneur", d'Albert Cohen (mais aussi "Solal" !)
Et puis, parce que je cours depuis toujours après
le moment propice pour les lire enfin - je sais, c'est une grave
lacune de ne l'avoir encore fait :
- "A la recherche du temps perdu", de Proust
- "Confessions", de Rousseau
- "Mémoires d'outre-tombe", de Chateaubriand
Un peu de théâtre aussi, bien entendu : Shakespeare, Tchekhov, Beckett, Ibsen... Molière, Corneille... et puis quelques tragédies grecques, évidemment.
Il y a des oublis, c'est certain. Je n'aimerais pas qu'on m'expédie sur une île déserte.






