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Argument du récit

Laurent Mann sur avoodware.comElle attend un enfant qui ne sera pas. Vingt cinq ans plus tard, c'est encore un ange qui passe au travers d'elle.

D'un ange à l'autre, la vie d'une femme amputée de sa part miraculeuse.



Les premières lignes





J’ai toujours pensé à cet enfant qui n’a pas été comme à un garçon, sûrement parce je n’ai jamais été capable d’imaginer qu’une fille puisse s’extraire d’un ventre tel que le mien. Allez savoir pourquoi. C’était il y a longtemps. C’est aujourd’hui encore, bien davantage qu’un simple phénomène de rémanence.


Il aurait eu vingt-cinq ans, aujourd’hui. Il serait né un jour comme aujourd’hui, dernier jour de l’été et jour de mon anniversaire. J’ai quarante et un ans, un âge où une femme a encore toute une vie devant elle, dit-on, un âge où le passé est un boulet qui pèse le poids des souffrances accumulées. Certains jours, en vérité, et même avec la meilleure volonté du monde, arc-bouté contre le solide pilier de l’optimisme, il se fait un peu difficile à traîner, ce satané boulet. Aujourd’hui, faut avouer, j’ai un peu de mal à envisager de pouvoir aller plus loin, j’ai eu ma dose. Mon passé, je viens de l’avaler, yaourt rance au goût barbare, avec des vrais morceaux de douleur dedans. Je ne le digère plus. J’ai mal dans le ventre et j’ai la nausée. Envie de vomir aussi. Je suis à nouveau enceinte et ce n’est encore qu’un ange qui passe. Qui ne fait que passer.


Pour fêter ça, mon anniversaire, je me suis fait un petit cadeau, un stylo, argent presque massif, plume or, encre bleu nuit. Un beau stylo : il peut, aurait dit ma mère. Qu’il vomisse donc à ma place. Qu’il m’aide à extirper de mes entrailles ce que je ne sais plus garder en moi et qui me dévore de l’intérieur, qui me fait mal. Qu’il devienne le fossoyeur des mauvais souvenirs. Je voudrais qu’on passe mon cerveau au crématoire de l’oubli, qu’on en finisse une bonne fois avec le passé. Et le présent aussi, qui le prolonge et n’est jamais que son bégaiement féroce.


Ecrire pour s’effacer, se réduire à des mots et s’en vider. N’être plus à la fin qu’une coquille vide et que mon cerveau à son tour en devienne stérile.


[...]


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