L'édition en ligne est-elle une alternative ?


Je n'ai pas vocation à faire ici des généralités, mais je peux répondre pour ce qui me concerne.
Et pour ce qui me concerne, il ne s'agit ni d'une alternative, ni même d'un renoncement. Je conçois l'édition en ligne davantage comme un étape et une étape qui ne se substitue en rien à l'édition classique, laquelle reste pour moi un objectif essentiel.



Je m'explique. Dès lors qu'écrire est un moyen, moyen de s'exprimer, de sortir de soi, se concevoir comme écrivain suppose de chercher à être lu, d'aller vers les autres avec ça, ce qu'on a écrit. La finalité n'est pas le livre, mais bien le lecteur. Être lu.



Avant l'internet, soit l'on était édité, un manuscrit devenait livre et tout un chacun, le public, devenait lecteur potentiel, soit on ne l'était pas, ou pas encore, et le seul lectorat possible était constitué par l'entourage de l'auteur, ses proches. Dans un cas tout le monde, dans l'autre personne.
Personne parce que ce qui fait le lecteur est son anonymat : c'est pour une figure sans nom que l'on écrit et à lui seul qu'on s'adresse. On ne lit jamais de la même manière les mots de celui avec qui l'on a une relation personnelle, ce proche qui écrit et que l'on connaît, que l'on veut et croit reconnaître dans les mots qu'il écrit et ce ne sont déjà plus les mêmes mots.



Il y avait aussi l'auto-édition, ou l'édition à compte d'auteur, qui relève du leurre, qui est selon moi confondre le moyen avec la fin, le livre avec le lecteur. Ce qui fait l'éditeur n'est pas le livre mais bien sa faculté à "faire paraître au jour", rendre public, diffuser en somme. L'édition à compte d'auteur donne certes la satisfaction de voir ce qu'on a écrit prendre la forme de l'objet livre, mais un livre dans une tour d'ivoire auquel le public n'a pas réellement accès. Là encore, point de lecteurs, ou trop peu, faute d'une diffusion autre que symbolique.



Aujourd'hui, l'édition en ligne, grâce à ce formidable outil de diffusion qu'est internet, permet de tracer un chemin entre ses deux points que sont l'édition et la non-édition. Elle permet d'élargir un peu le champ des lecteurs.
Un peu seulement, il ne faut pas se leurrer sur ce point, car faute de publicité réelle et sauf alchimie imprévisible, on restera invisible au plus grand nombre, noyé dans la masse, là encore en diffusion restreinte. Il reste que chaque lecteur supplémentaire insuffle la vie aux mots qui ont été écrit, simplement parce qu'ils sont lus et qu'ils ont été écrits pour l'être. Il reste surtout que le vivier de lecteurs potentiels est ici... plus qu'abondant.



Une étape, donc. Ce qui signifie en clair qu'en adoptant cette démarche, l'auteur que je suis ne renonce pas, en aucun cas, à voir ultérieurement son travail être reconnu et édité plus largement, voir ses manuscrits devenir livres, son travail être rétribué et ses livres, achetés par des lecteurs plus nombreux, être lus et appréciés.



Une étape aussi, et pour finir, parce que si ce passage par l'édition en ligne permet un tant soit peu à l'auteur qui en passe par là de développer un petit lectorat, ce pourrait être une assise pas nécessairement négligeable pour l'éditeur qui serait éventuellement intéressé par son travail, une sorte d'argument commercial... même si l'on préfère compter essentiellement sur la qualité artistique de ce que l'on a produit. A ce titre, les appréciations, critiques ou commentaires qu'ont la possibilité de porter les lecteurs sur ce qu'ils auront lu, dans la rubrique critique des lecteurs ad hoc, fournissent une contribution pour le moins intéressante.



J'ai écrit "commercial"... Le mot n'est pas sale et un auteur n'a pas nécessairement à endosser le rôle un peu hypocrite de l'artiste naïf et pur qui refuse d'être concerné par ce genre d'argument, beaucoup trop en-dessous de la ceinture... ou de la hauteur à laquelle il place son esprit. Et si donc j'ai tenu à adjoindre sur ce site la possibilité de "devenir mécène", à celle de "devenir lecteur", c'est bien dans le but de souligner que, si la démarche que je poursuis ici n'est en aucun cas à caractère commercial, je n'en vise pas moins à une certaine reconnaissance, y compris symbolique, de mon état d'écrivain et du travail que cela implique, en sus du plaisir qu'il est censé me procurer...




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