L'édition en ligne est-elle une alternative ?



Je n'ai pas vocation à faire ici des généralités, mais je peux répondre pour ce qui me concerne.

Et donc, pour ce qui me concerne, l'édition en ligne ne constitue certainement pas une alternative, encore moins un renoncement. Je conçois l'édition en ligne davantage comme un étape... et une étape qui ne se substitue en rien à l'édition classique, laquelle reste pour moi un objectif essentiel.



Je m'explique. Dès lors qu'écrire est un moyen, moyen de s'exprimer, moyen de sortir de soi, se concevoir comme écrivain suppose de chercher à être lu, d'aller vers les autres avec ça, ce qu'on a écrit. C'est avoir conscience que la finalité n'est pas le livre, mais bien le lecteur. Avoir conscience que le livre n'est jamais que le moyen d'être lu.



Avant l'internet, soit l'on était édité, un manuscrit devenait livre et tout un chacun, le public, devenait lecteur potentiel ; soit on ne l'était pas, ou pas encore, et le seul lectorat possible était constitué par l'entourage de l'auteur, ses proches. Dans un cas tout le monde, dans l'autre... personne.

Personne, parce que ce qui fait le lecteur est son anonymat, parce que c'est pour une figure sans nom que l'on écrit et à lui seul qu'on s'adresse. C'est qu'on ne lit jamais de la même manière les mots de celui avec qui l'on a une relation personnelle, ce proche qui écrit et que l'on connaît, que l'on veut et croit reconnaître dans les mots qu'il écrit... et ce ne sont alors déjà plus les mêmes mots.



Avant l'internet, il y avait aussi l'auto-édition, ou l'édition à compte d'auteur... qui relève du leurre, qui est selon moi confondre le moyen avec la fin, le livre avec le lecteur. Ce qui fait l'éditeur n'est pas le livre mais bien sa faculté à "faire paraître au jour", rendre public, diffuser en somme. L'édition à compte d'auteur fournit certes la satisfaction de voir ce qu'on a écrit prendre la forme de l'objet livre, mais un livre dans une tour d'ivoire auquel le public n'a pas réellement accès. Là encore, point de lecteurs, ou trop peu, faute d'une diffusion autre que symbolique. Je vous le dis, un leurre.



Aujourd'hui, grâce à ce formidable outil de diffusion qu'est l'internet, l'édition en ligne permet de tracer un chemin entre ses deux points que sont l'édition et la non-édition. Elle permet d'élargir un peu le champ des lecteurs.

Un peu seulement, il ne faut pas se leurrer sur ce point. Faute de publicité réelle, et sauf alchimie imprévisible, on restera invisible au plus grand nombre, noyé dans la masse, et donc là encore en diffusion restreinte.

Il reste que chaque lecteur supplémentaire insuffle la vie aux mots qui ont été écrit, simplement parce qu'ils sont lus et qu'ils ont été écrits pour l'être.

Il reste aussi, peut-être surtout, que le vivier de lecteurs potentiels est ici plus qu'abondant... tandis que le fait que la potentialité puisse devenir réalité demeure en vérité... relativement aléatoire. C'est que, disons-le simplement, l'édition est un métier



Une étape, donc. Ce qui signifie en clair qu'en adoptant cette démarche, l'auteur que je suis ne renonce pas, en aucun cas, à voir ultérieurement son travail être reconnu et édité plus largement, voir ses manuscrits devenir livres et ses livres être diffusés, puis être lus - et peut-être appréciés.

Une étape que je franchis donc comme on emprunte un chemin.






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