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Il y a bien sûr le plaisir d'écrire. Et, avant cela, un désir... une nécessité intérieure... quelque chose de très intime et qui produit en vous le sentiment que la seule manière que vous avez d'exister un peu, de donner un peu de sens à votre existence - s'il faut lui donner un sens... s'il est envisageable de lui donner un sens - que la seule manière que vous avez d'exister est d'écrire. Ou plutôt de sortir de soi par l'écriture. Cela ne signifie pas qu'on y arrive, ou qu'on y arrivera jamais - et c'est bien pourquoi il n'y a pas seulement du plaisir...

Mais il y a aussi du plaisir, ne serait-ce que parce qu'on sait que c'est la vie qu'on a choisi de vivre. Ne serait-ce que parce qu'écrire, et créer en général, est la plus grande liberté qui soit et qu'être libre est tout simplement bon.

Il y a donc le plaisir de sortir de soi. Un plaisir qui se retrouve comme orphelin si personne n'est là, au-dehors, pour vous reconnaître. Sortir de soi pour ne déboucher nulle part, ce serait en fin de compte revenir à soi, un plaisir qui aurait alors beaucoup à voir avec l'onanisme : c'est bien, c'est bon, mais il arrive un moment où l'on comprend que ce n'est pas assez. On veut davantage, on veut partager, on veut donner et donc être reçu, ne plus simplement donner dans le vide. Alors on veut s'y risquer, prendre le risque d'obtenir aussi ce plaisir-là qui vient de l'Autre. Et être celui qui prétend pouvoir Lui en donner, du plaisir.

Le plaisir d'être lu, donc. Et ainsi ce site a-t-il pour objet mon propre plaisir, celui que vous allez me donner en vous faisant mes lecteurs. Et aussi, donc, il est le reflet avoué de cette prétention que moi, auteur, j'ai de vous en donner, un peu, du plaisir. Il est moi devant vous, les dents bien blanches, muscles bandés et membre dressé... et puis, à l'intérieur, moi encore, noué, hésitant, les tripes vrillées par un doute qui grandit à son tour, toujours ce même doute, toujours cette même inquiétude : "Et si elle ne jouissait pas ?"

C'est qu'on ne se refait pas, on ne parvient pas seulement à se servir, à prendre son propre plaisir, on voudrait en donner un peu aussi... L'Autre, on ne parvient jamais tout à fait à ne pas l'aimer un peu. Mais peut-être est-ce seulement soi-même encore qu'on aime, seulement soi-même dans le regard de l'Autre, ce regard qu'on voudrait tant voir chavirer, tout de même. Et par conséquent, ce site, maintenant, c'est à vous d'en jouir.

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