Nov 252005
 

L’édition en ligne est-elle une alternative ? C’est en somme la question qui revient le plus souvent depuis que j’ai construit ce site. Sans ambiguïté, ma réponse est négative. Il ne s’agit ni d’une alternative, ni d’un renoncement. Je conçois cette forme d’édition davantage comme un étape qui ne substitue en rien à l’édition classique.

Je m’explique.

Si écrire est un moyen, moyen de s’exprimer, de sortir de soi, se concevoir comme écrivain c’est chercher à être lu, aller vers les autres avec ça, ce qu’on a écrit. La finalité n’est pas le livre, mais bien le lecteur. Être lu.

Avant l’internet, il n’y avait que deux possibilités. Soit l’on était édité, un manuscrit devenait livre et tout un chacun, le public, devenait lecteur potentiel. Soit on ne l’était pas, ou pas encore, et le seul lectorat possible était alors constitué par l’entourage de l’auteur. Dans un cas, tout le monde, et dans l’autre, personne. Parce que ce qui fait le lecteur est son anonymat, c’est pour une figure sans nom que l’on écrit, et à lui seul qu’on s’adresse. On ne peut lire de la même manière les mots d’un auteur avec qui l’on a une relation personnelle, ce proche qui écrit, que l’on connaît et que l’on veut et croit reconnaître dans les mots qu’il écrit.

Il y avait aussi l’auto-édition, ou l’édition à compte d’auteur, et qui n’est qu’un leurre, qui est selon moi confondre le moyen avec la fin, le livre avec le lecteur. Car ce qui fait l’éditeur n’est pas le livre mais sa faculté de « faire paraître au jour », de rendre public, de diffuser en somme. L’édition à compte d’auteur donne la satisfaction de voir ce qu’on a écrit prendre la forme de l’objet livre, mais un livre dans une tour d’ivoire auquel le public n’a pas accès. Et donc, là encore, point de lecteurs. Ou trop peu.

Aujourd’hui, l’édition en ligne, grâce à ce formidable outil de diffusion qu’est internet, permet de tracer un chemin entre ses deux points que sont l’édition et la non-édition. Elle permet d’élargir un peu le champ des lecteurs. Un peu seulement, il ne faut pas se leurrer là-dessus, car faute de publicité réelle et sauf alchimie imprévisible, on restera invisible au plus grand nombre, noyé dans la masse, en diffusion restreinte. Il reste que chaque lecteur supplémentaire insuffle la vie aux mots qui ont été écrit, simplement parce qu’ils sont lus et qu’ils ont été écrits pour l’être.

Une étape, donc. Ce qui signifie qu’en adoptant cette démarche l’auteur ne renonce pas, en aucun cas, à voir ultérieurement son travail reconnu et édité plus largement, voir ses manuscrits devenir livres, son travail être rétribué, et ses livres achetés par des lecteurs plus nombreux être lus et appréciés. Avoir le plaisir d’être lu et avoir celui d’en donner, et de ce plaisir en obtenir le plus possible.

Une étape aussi, parce que si ce passage par l’édition en ligne permet un tant soit peu à l’auteur qui en passe par là de développer un petit lectorat, c’est également une assise qui ne peut que constituer un plus pour un éditeur qui serait éventuellement intéressé par son travail, une sorte d’argument commercial – le mot n’est pas sale et un auteur n’a pas nécessairement à endosser le rôle un peu hypocrite de l’artiste naïf et pur qui refuse d’être concerné par ce genre d’argument beaucoup trop en-dessous de la ceinture, ou de la hauteur à laquelle il place son esprit… C’est qu’il doit bien y avoir une mauvaise raison, tout de même, pour laquelle les livres ne sont pas distribués gratuitement dans les lieux publics. Pas plus que le pain…

Mais puisque c’est sur ce thème que je suis arrivé, j’en termine par là en disant que si pour ma part j’ai tenu à adjoindre sur ce site la possibilité de « faire un don à l’auteur » à celle de « télécharger librement », c’est bien pour souligner que si ma démarche n’est là en aucun cas commerciale, je n’en vise pas moins à une certaine reconnaissance de mon état d’écrivain et du travail, en sus du plaisir, que cela implique.

Pour faire court, disons qu’il s’agit d’une proposition faite aux lecteurs d’un mécénat symbolique. A moins que ce ne soit en définitive la proposition elle-même qui relève d’une certaine symbolique…

  • Marc Galan – 01/12/2005

    Je ne crois pas que publier sur le net puisse amener un éditeur, du moins français. C’est comme avoir un agent. les éditeurs français détestent et y voient une preuve d’agressivité à leur égard.   
    De toute façon, l’éditeur français déteste Internet. Les seuls contacts que j’ai eu venant d’éditeurs ont été de la part de Belges et de Québecois. Sans doute vais-je publier en Belgique, si tout se passe bien.