Nov 132008
 

Contrainte en ouverture : « C’est d’abord une phrase qui m’a traversé la tête : « La mort est un processus rectiligne. » »

– première phrase du roman de Daniel Pennac,
« La Petite Marchande de prose »


C’est d’abord une phrase qui m’a traversé la tête : « La mort est un processus rectiligne. » Un paradoxe. Une phrase, c’est tout de même la seule chose qui peut vous traverser la tête sans vous tuer. Pas si sûr. Il arrive que les mots tuent. C’est ainsi que j’ai tué ma femme. Une véritable guerre de tranchées. Une longue boucherie. Les mots fusaient dans la cuisine, dans la chambre, dans le salon. Partout dans la maison, mais c’est encore chez les autres, en leur présence, qu’ils touchaient le plus fort et faisaient le plus mal, causant les dégâts les plus irréparables. Un jour que nous dînions chez des amis – maintenant, ils sont devenus SES amis – j’ai prononcé les mots qui achevèrent la guerre et tuèrent ma femme, l’amour qu’elle avait eu pour moi, il y a longtemps. « Je crois que je ne t’aime plus. » C’était faux. C’était pour surenchérir. Mais il n’y a pas de mots tirés à blanc et la mort de l’amour dans le coeur d’une femme est un processus féroce.


 

A propos de l’exercice :

L’idée de me livrer à ce petit jeu littéraire me vient d’avoir reçu une invitation à participer à «L’AMOUR d’écrire en DIRECT», soirées animées par Marc-Michel GEORGES sous le parrainage des Ecrivains Associés du Théâtre : Joutes littéraires, soirée ludique et décalée ! 4 auteurs invités à écrire en 7 mn à quatre reprises, des intermèdes, un petit film d’humeur, un jury de personnalités de théâtre et de cinéma. Prix du jury, prix du public, puis jet de confetti, langues de belle-mères. (en savoir plus)

Pour tout vous dire, une telle expérience, pour me séduire beaucoup, ne m’en terrorise pas moins. Non pas tant d’écrire durant sept minutes dans mon coin que d’avoir ensuite à lire le résultat devant un public d’une paire de centaines de personnes – à ce qu’on m’en a dit. La traîtresse qui se dit mon amie et qui a balancée mon nom – et mes coordonnées – a certes elle-même participé à une de ces soirées dont on dit qu’elles emportent un franc succès, mais elle est une comédienne exceptionnelle en sus d’être une auteur talentueuse, et le public, elle, elle adore !

Donc voir déjà ici, dans l’ombre, ce que cela peut donner. Il s’agira chaque fois d’écrire un texte en 7 minutes à partir d’une contrainte, choisie en piochant au petit bonheur dans un livre de ma bibliothèque, une phrase comme point de départ ou d’arrivée, ou bien quelques mots qui devront apparaître… 7 minutes d’écriture… aucune retouche permise.

Vos commentaires sont évidemment les bienvenus.

 

 


Source : Exercice d’écriture en 7 minutes – #1
  • dedalus – 21/10/2009

    Je ne sais pas. Je ne fus que l’amoureux de deux soirs. Il faut que j’y retourne, ce furent deux soirées douces et tendres, où quelques apprentis funambules des mots firent des cabrioles surprenantes, spectaculaires. C’est le grand ordonnateur qu’il vous faut contacter, joindre Marc-Michel Georges, qu’on trouve par exemple sur Facebook… 
     
    A propos d’expériences d’écriture sur Internet, connaissez-vous le Roman d’Arnaud ?

  • oulipo – 21/10/2009

    La démarche me séduit, d’autant plus que cela fait des années que j’y songe, sans savoir comment mettre la formule au point. 
    J’ai toujours trouvé trop limitatif que l’écriture se limitât à être la chose rangée sur un coin poussiéreux d’étagère de bibliothèque. 
    J’intuitionnais qu’on pouvait lui insuffler l’anima 
    de la création en direct, et j’ai toujours souhaité participer à une expérience de ce genre. 
    Malheureusement j’habite en région Niçoise : y a-t-il des contacts ici ? 
    D’autre part, envisagez-vous de tenter ce genre d’expérience via internet (ou l’on peut également écrire en direct en abolissant, de plus, la notion d’espace ?