Sep 262011
 

Homme NuIl n’a pas sommeil. Il a faim, un peu, mais manger seul lui donne l’impression d’être déjà mort. Allongé à même la moquette de son petit appartement, il fume une cigarette. Et puis une autre. Et bois à même la bouteille de Vodka, nu sur la moquette. Mourir serait une solution. Ça lui traverse l’esprit comme on prend une gifle. Mourir serait une solution. Sans doute, mais ce qu’il faudrait accomplir pour en arriver là… Ce n’est pas si simple, mourir. Il ne suffit pas de s’arrêter de vivre comme on s’arrêterait de pédaler, et le vélo qui ralentit, le guidon qui se met à vaciller. Il n’a pas sommeil. Il a faim, un peu, mais manger seul lui donne l’impression d’être déjà mort. Allongé à même la moquette de son petit appartement, il fume une cigarette. Et puis une autre. Et bois à même la bouteille de Vodka, nu sur la moquette. Mourir serait une solution. Ça lui traverse l’esprit comme on prend une gifle. Mourir serait une solution. Sans doute, mais ce qu’il faudrait accomplir pour en arriver là… Ce n’est pas si simple, mourir. Il ne suffit pas de s’arrêter de vivre comme on s’arrêterait de pédaler, et le vélo qui ralentit, le guidon qui se met à vaciller et l’on s’affale sur le bitume, simplement comme ça, parce que l’on a cessé de faire tourner les pédales. Non, pas si simple. La vie, c’est elle qui vous tourne, et elle ne s’arrête pas de pédaler, pas comme ça, pas avant de l’avoir elle-même décidé. La vie, c’est elle qui vous tourne et il faut bien avancer, parcourir le chemin de bout en bout, prendre au passage les gifles qui sont distribuées. Oui, elle vous tourne, la vie, et vous gratte comme si vous étiez allongé nu sur la moquette de mauvaise qualité d’un appartement miteux, quand l’idée de la mort vous traverse et vous démange. Et que vous n’y pouvez rien parce que ce qu’il faudrait faire, attraper la bouteille de Vodka, se la renverser dessus, craquer une allumette… Il n’est pas tenté. Il joue seulement avec l’idée qu’elle s’arrêterait brutalement de pédaler, sa vie. Parce qu’elle comprendrait qu’il n’y a nulle part où aller désormais, que le bitume ne sera pas plus tendre plus loin pour s’y affaler. Il est jeune, il ne sait rien. Il ne sait pas qu’on ne meurt pas d’un chagrin d’amour. Il ne sait pas que c’est la plus belle chose qui lui soit arrivé, ce chagrin qui au fond est une joie. Et ce qu’il prend pour une envie de mourir, ce n’est rien d’autre en vérité qu’une profonde envie de vivre. Une envie de vivre aussi profonde qu’une envie de vomir quand on a le ventre vide, quand tout ce qu’il est encore possible de vomir est un petit bol d’amertume. Oui, au fond, ce qui le démange ainsi à s’en arracher les chairs, ce n’est rien d’autre qu’une joie.  Non, pas si simple. La vie, c’est elle qui vous tourne, et elle ne s’arrête pas de pédaler, pas comme ça, pas avant de l’avoir elle-même décidé. La vie, c’est elle qui vous tourne et il faut bien avancer, parcourir le chemin de bout en bout, prendre au passage les gifles qui sont distribuées. Oui, elle vous tourne, la vie, et vous gratte comme si vous étiez allongé nu sur la moquette de mauvaise qualité d’un appartement miteux, quand l’idée de la mort vous traverse et vous démange. Et que vous n’y pouvez rien parce que ce qu’il faudrait faire, attraper la bouteille de Vodka, se la renverser dessus, craquer une allumette… Il n’est pas tenté. Il joue seulement avec l’idée qu’elle s’arrêterait brutalement de pédaler, sa vie. Parce qu’elle comprendrait qu’il n’y a nulle part où aller désormais, que le bitume ne sera pas plus tendre plus loin pour s’y affaler. Il est jeune, il ne sait rien. Il ne sait pas qu’on ne meurt pas d’un chagrin d’amour. Il ne sait pas que c’est la plus belle chose qui lui soit arrivé, ce chagrin qui au fond est une joie. Et ce qu’il prend pour une envie de mourir, ce n’est rien d’autre en vérité qu’une profonde envie de vivre. Une envie de vivre aussi profonde qu’une envie de vomir quand on a le ventre vide, quand tout ce qu’il est encore possible de vomir est un petit bol d’amertume. Oui, au fond, ce qui le démange ainsi à s’en arracher les chairs, ce n’est rien d’autre que la joie qui suinte. Le maigre jus de joie de son cœur essoré.

  • framboise parée

    magnifique d’expérimenter sa vitalité décuplée lorsque l’idée de la sortie est devenue familière 

  • Christophe Sanchez

    héhé… des fois faut pas lutter… 🙂

  • dedalus

    A relire ce bref exergue, je me dis que l’inverse est vrai aussi, au fond de chaque joie niche un chagrin.

  • MHPA

    « Ce chagrin qui au fond est une joie », oui, très juste.
    Très beau texte.

  • dedalus

    Alors finalement, j’ai remis la version « bugué », acceptant que l’aléa puisse, l’un dans l’autre, bonifier ce que j’avais moi voulu y mettre de manière maitrisée – mais la maitrise est toujours une illusion…

  • dedalus

    ha ! A la fin du texte aussi ! Le texte y est deux fois, imbriqué dans lui-même. Du coup, je sais plus qu’en faire…. Le retravailler à partir de ça qui n’était pas voulu… A suivre…

  • dedalus

    Bah… Comment dire… La répétition à partir du début était de l’ordre du bug. Pas ainsi que je l’avais écrit. Aussi, malgré l’effet hypnotique, et après une courte et déchirante hésitation, je me suis résolu à corriger ce qui n’était que le fruit hasardeux d’une énorme coquille. Je ne sais pas si j’ai eu raison. Tant pis.

  • Christophe Sanchez

    Ah ça donne de la joie ce billet tiens. M’en vais enlever ma moquette, moi, on sait jamais. 🙂

    Très beau ce texte et la répétition le rend presque hynoptique.