Nov 042012
 

 cartes postales anticléricales de 1905-1906 de Lavrate et de l'hebdomadaire Les CorbeauxMais de quoi se mêlent-ils ?

Peut-on imaginer un imam appelant les musulmans à manifester pour s’opposer au vote d’une loi par les élus de la République, disons une loi qui interdirait le port du voile à l’école ? Peut-on imaginer un rabbin demandant aux juifs de descendre dans la rue pour faire pression sur un gouvernement qui souhaiterait faire voter une loi qui, disons, enverrait les enfants à l’école le jour du Shabbat ?

Non, ce serait tout autant inadmissible qu’un évêque qui se sentirait autorisé de faire pression pour empêcher le vote d’une loi qui instaurera le mariage pour tous.

Faut-il rappeler que dans une République laïque, le fait religieux n’a pas droit de cité dans l’espace public, n’a pas à empiéter sur le fait politique et que rabbins, imams et autre curés sont priés de réserver leurs prêches pour l’intérieur confiné de leurs églises – et même là d’ailleurs, leur propre liberté d’expression est soumise aux limites imposées par la loi républicaine ?

Je m’aperçois cependant que mes comparaisons sont quelque peu abusives. Le port du voile est une question qui concerne directement la religion musulmane. L’école le samedi est une question qui affecte directement la pratique religieuse des juifs. La question du mariage pour tous, en revanche, ne concerne en rien l’institution catholique.

Mais peut-être ne l’ont-ils pas bien compris. Expliquons-leur.

Il ne s’agit que du mariage civil, de permettre à deux personnes qui s’aiment et décident de vivre en couple d’entériner civilement cette situation dans une mairie. C’est certe déjà un peu rétrograde, à mon sens, mais il s’agit justement que chacun ou chacune ait au même titre que tout autre, indépendamment de qui il ou elle aime, la liberté de commettre cet acte si conventionnel qu’est le mariage.

Soyons honnêtes. Il est vrai que par voie de conséquence, il devient possible à certains curés d’envisager de commettre cet acte qui, justement, jusque là ne leur était pas plus accessible qu’à tout autre individu dont le penchant amoureux est un penchant homosexuel. Il est vrai que la société devenant plus tolérante, plus ouverte à tous, moins culpabilisante pour de jeunes hommes à la sexualité « vacillante », les vocations pourraient de fait se faire de plus en plus rare.

On suggèrera alors à l’église catholique, plutôt que de se mêler de ce qui ne la regarde pas, de réfléchir elle-même à s’adapter aux réalités de son temps, devenir plus progressiste, permettre aux curés de se marier peut-être, y compris avec d’autres hommes ; permettre aux femmes d’entrer dans les ordres peut-être aussi, et d’avoir des enfants.

Oui, puisque l’église catholique semble si soucieuse du bien-être des enfants, plutôt que de se mobiliser afin d’interdire à des hommes et des femmes la possibilité de s’aimer comme ils l’entendent, et d’avoir et d’aimer leurs enfants, on aimerait qu’elle se préoccupe avec autant de fracas de tous ces enfants qui sont entrés avec confiance dans des églises pour en ressortir souillés après avoir été approchés d’un peu trop près par un curé à la sexualité devenue plus qu’incertaine à force d’abstinence et de culpabilité.

Mais je n’ai aucune illusion. Comme nous le rappelle Melcladex, l’église catholique s’était déjà opposée au mariage civil, opposée au divorce, opposée à la contraception, opposée à l’avortement, opposée au préservatif comme moyen de protection contre le SIDA, opposée au Pacte Civil de Solidarité ; et chaque fois au mépris des nombreuses souffrances causées par la constance de sa stupidité, son refus délétère de comprendre la marche en avant des sociétés humaines. Cette fois encore, donc, l’église catholique fera la preuve de son étroitesse d’esprit et du peu de cas dont elle fait en réalité de cet amour des autres dont elle n’a de cesse de rabâcher les oreilles de ses fidèles, préoccupée qu’elle est surtout de conserver cette emprise qu’elle voudrait avoir sur les consciences et qui est la seule source d’un pouvoir qu’elle entend à toute force conservée.

Je ne me fais aucune illusion mais je sais aussi ne pas confondre les églises et les croyants. Et pas plus que quelques imams ne sont ni ne font les musulmans, que quelques rabbins ne sont ni ne font les juifs, de même quelques curés ne font ni ne sont tous les catholiques. Aussi suis-je bien persuadé que si les croyants continueront de croire et de pratiquer leur religion comme ils l’entendent, en hommes et femmes de leur temps, les églises finiront par pourrir de l’intérieur et auront un jour rejoint les ruines de l’Histoire. L’on se souviendra alors du sang versé et des souffrances infligées au nom d’un Dieu qui n’en demandait pas tant. 

En attendant, que les ecclésiastiques demeurent dans leurs églises poussiéreuses ou, s’ils se risquent dans l’espace public, qu’ils supportent qu’on leur botte le cul.

 

 cartes postales anticléricales de 1905-1906 de Lavrate et de l'hebdomadaire Les Corbeaux    cartes postales anticléricales de 1905-1906 de Lavrate et de l'hebdomadaire Les Corbeaux    cartes postales anticléricales de 1905-1906 de Lavrate et de l'hebdomadaire Les Corbeaux

Crédit : cartes postales anticléricales de 1905-1906 de Lavrate et de l’hebdomadaire Les Corbeaux

 

  • Le Parisien Liberal

    Il est temps que le débat se termine ! Il parait que l’Eglise Catholique n’est pas dans son role, d’après David Assouline, du PS.

    Mariage gay, l’Eglise Catholique n’est pas dans son role ? Le Parisien Libéral

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