Jan 232006
 

Léon et Léa

Cela faisait longtemps que Léon venait dans le jardin d’enfants. Il y venait tous les jours. C’était un très vieux monsieur, il avait au moins cent ans. Il avait de gros sourcils tout blancs, comme ses cheveux – mais il n’en avait plus beaucoup. Son visage et ses mains étaient toutes froissées et il marchait très doucement en s’appuyant sur une canne.

Léon aimait beaucoup venir dans le jardin d’enfants. Il regardait les enfants jouer, faire des châteaux de sable dans le bac à sable, glisser sur le toboggan jaune et vert, se balancer sur les balançoires et taper dans des ballons de toutes les couleurs. Les enfants criaient et riaient beaucoup, et Léon souriait. Et quant un enfant tombait et pleurait, Léon avait un peu mal pour lui.

Alors ce n’était pas tellement grave qu’aucun enfant, jamais, ne vienne lui parler ou lui dire bonjour. Léon était tout seul, assis sur son banc, mais il n’était pas triste. Il savait bien qu’un très vieux monsieur, ça fait toujours un petit peu peur aux enfants. Et peut-être même que certains d’entre eux pensaient qu’il était un ogre ou un monstre. Il ne leur en voulait pas. Ce n’était pas bien grave.

Un jour, Léon vit entrer dans le jardin une petite fille qu’il n’avait jamais vu auparavant. Elle avait une robe jaune avec de grosses fleurs vertes, et des chaussures violettes. Ses yeux étaient tout rond et tout noir, et ses cheveux, noir aussi, étaient attachés avec un chouchou rose au dessus de sa tête. Comme elle mangeait un pain au chocolat, on aurait dit qu’elle avait mis du rouge à lèvre marron.

Pour finir son goûter, elle est venue s’asseoir sur le banc, à côté de Léon. Elle avait un très beau sourire, mais le vieux monsieur n’osait pas lui parler. Il ne voulait surtout pas lui faire peur. Et c’est alors que quelque chose d’extraordinaire se produisit. La petite fille se tourna vers Léon et, comme si elle le connaissait depuis toujours, lui dit :
– Bonjour, tu veux un peu de mon pain au chocolat ? Tu vas voir, il est délicieux.
Et, avant qu’il ne lui réponde, elle coupa une moitié de la moitié de pain au chocolat qui lui restait et lui tendit :
– Tiens. Comment tu t’appelles ? Moi je m’appelle Léa. Moi, je ne connais personne ici.
Léon répondit que merci beaucoup et qu’il s’appelait Léon. Que lui non plus ne connaissait personne, enfin pas vraiment… Il n’en revenait pas, Léon.

Léa et Léon devinrent tout de suite très amis. Chaque jour, ils se retrouvaient au jardin où, assis sur leur banc, ils discutaient pendant une heure entière, jusqu’à ce que Léa doive rentrer chez elle. Elle lui posait mille questions et il répondait à toutes car il savait toutes les réponses, Léon… qui n’en revenait toujours pas.

Un jour, Léa demanda à son ami Léon :
– Pourquoi as-tu toutes ces cicatrices sur le visage ? Tu as fait la guerre ?
– Ce ne sont pas des cicatrices, répondit Léon en souriant. Ce sont des rides. J’en ai beaucoup parce que je suis très vieux.
– Comment tu les as attrapés ? demanda la petite fille qui voulait toujours tout savoir.
Alors, le vieux monsieur répondit :
-Chacune de ses rides est la trace d’un souvenir, ce sont toutes les choses qui me sont arrivées dans la vie et qui se sont écrites sur mon visage. Regarde bien : il y a des rides qui sont comme un sourire, c’est pour les bons souvenirs. Et celles qui ont l’air de faire la grimace, c’est pour les mauvais.
Là, c’était Léa qui n’en revenait pas.

Le lendemain, la fillette proposa à Léon d’aller faire du toboggan.
– Voyons Léa ! s’exclama Léon. Je suis bien trop vieux pour faire une chose pareille.
Mais la petite fille ne voulut rien entendre. Elle traîna le vieux monsieur jusqu’au pied du toboggan. Léon était rouge de confusion. Il avait l’impression que tout le monde le regardait.
– Allez monte, ordonna la petite fille en lui souriant. Je passe devant toi. Tu n’as pas peur quand même ?
– Non, non …
Mais la voix de Léon était soudain devenue toute petite.

Léon monta tout en haut du toboggan – et je peux vous dire que cela mis très longtemps. Léa l’attendait. Et quand enfin il arriva, elle s’installa sur ses genoux et compta :
– A la une… A la deux… A la trois ! ! !
Léon poussa avec ses bras, avec ses jambes, de toutes ses forces, et ils dévalèrent sur la pente plus vite qu’aucun enfant ne l’avait jamais fait. Ils riaient tous les deux aux éclats. Et puis ils recommencèrent aussitôt.

Ce qui se passa ensuite est tout à fait incroyable. Pourtant vous pouvez me croire, j’étais là et j’ai tout vu. Soudain, toutes les rides du vieux monsieur – et il en avait au moins un million, Léon – se rangèrent dans le même sens : on avait l’impression que tout son visage était une bouche qui souriait.
Et moi, quand je suis rentré chez moi, je me suis regardé dans la glace et j’ai vu, juste au coin de ma bouche, une toute petite ride qui me souriait. Je n’ai pas pu la regarder très longtemps, parce qu’à ce moment Maman m’a appelée : « Léa, viens manger, s’il te plaît : le dîner est prêt ».

*

Léon et Léa

  • Visiteur – 20/11/2009

    mara j adore se livre  
    c est cool

  • Visiteur – 20/11/2009

    oui sa vas c est bien

  • dedalus – 09/08/2009

    Chère Aïcha, merci ! Ton petit mot m’a fait très plaisir et je suis bien content si cette petite histoire a réussi à te plaire. Je te souhaite tout plein de petites rides toutes souriantes.

  • AÎCHA CAMARA – 08/08/2009

    VOUS ête courageuse; je vous appréci; je vous aime très for; vous écrivé très bien!

  • AÎCHA CAMARA – 08/08/2009

    L histoire que vous avez rencontre est très bonne  
    et ses tes Lhistoire parfai: 
     
    NON:AÎCHATA CAMARA 
     
    NON DE FAMILLE: CAMARA 
     
    BONNE JOURNée 
     
    MERCI: