Mai 222009
 

ogreNancy Huston a fait paraître une tribune dans Le Monde, sous le titre On ne naît pas homme.

La blogosphère féministe s’est aussitôt emparée du sujet. En particulier, j’aime beaucoup le ton employé dans ce billet. Zoridae se contente pour ce qui la concerne d’attirer notre attention sur un passage du texte – joliment torché, en effet – de Nancy Huston – écrivain qui écrivit de bien chouettes bouquins, à une certaine époque.

Je reproduis à mon tour le passage en question, puisque c’est celui-ci qui est concerné par mon petit commentaire :

« Dès qu’un petit garçon comprend qu’il vient (que tout le monde vient) de l’intérieur d’un corps de femme, un corps donc différent du sien, il se met à construire et à détruire, à bricoler, à manier, à remanier et à tripatouiller, la petite fille ne fait pas cela. Les garçons ouvrent les poupées, les nounours et les voitures petites et grandes, ils ouvrent les fusils, jouets ou non, pour en comprendre le fonctionnement ; ils veulent pénétrer le mystère de la vie, des origines, comprendre d’où ils viennent, pourquoi ils sont là ; ils regardent de près, d’encore plus près ; plus tard, certains iront jusqu’à arracher le fœtus du ventre de la femme enceinte et à en fracasser le crâne. Après le dépeçage du nounours, après le carnage, ils laissent derrière eux : non-sens, monceaux de chairs mortes qui ne veulent plus rien dire. Ils ont réussi à transformer le vivant en mort, en objet, en chose, en rien : puissance sidérante qui ne peut se comparer qu’à celle de mettre un enfant au monde. »

On le comprend, l’hypothèse sous-jacente à ce petit laïus est que l’homme est plus violent que la femme. Sans doute. Peut-être aurait-il été toutefois plus nuancé de dire qu’elle s’extériorise davantage, cette violence, chez l’un que chez l’autre, de manière générale. Soit.

Pour rester dans la nuance, il aurait alors sans doute suffit de dire que le petit garçon se construit dans la découverte de son altérité, parce qu’il doit devenir homme et donc autre de ce d’où il vient, quand la petite fille peut se contenter de s’identifier à sa mère-matrice. Ce qui est on ne peut plus plausible… sans que cela doive nécessairement venir expliquer, par un curieux raccourci psychanalytique, cette violence masculine dont sont, seraient préservées les femmes – qui n’auraient donc aucun besoin de comprendre les mystères de la vie puisqu’elles en sont les créatrices et pour peu, tout de même, qu’on les fournisse en spermatozoïdes.

Sans doute cette construction des petits garçons dans cette différenciation sexuelle subie est-elle en effet à l’origine de la différence essentielle entre hommes et femmes. Sans doute, aussi, cela induit-il une quête « graalesque » chez l’homme, visant à « pénétrer le mystère de la vie » – quand la femme n’a donc nul besoin de pénétrer ce qu’elle a en elle.

Certes, mais on ne comprend pas trop pourquoi cette quête devrait nécessairement aboutir à ce surcroit de violence. Pourquoi cet inaccessible mystère ne serait-il pas un moteur de curiosité et d’enthousiasme, plutôt que cet inéluctable pousse à la violence ?

Curieuse conception de la quête qui devrait nécessairement se muer en frustration puis en violence. Et si l’on posait que chercher conduisait au savoir, faudrait-il en déduire que ce fait vient expliquer pourquoi l’homme est plus créatif et plus apte à la compréhension des choses que la femme ?

Et puis il y a cette phrase particulièrement imbécile : « il se met à construire et à détruire, à bricoler, à manier, à remanier et à tripatouiller, la petite fille ne fait pas cela. » Quel cliché !… Ou alors c’est moi et je ne connais que des petites filles particulièrement anormales.

D’ailleurs, moi-même finalement, je ne me souviens pas avoir jamais ouvert une poupée en deux pour voir ce qu’il y avait à l’intérieur – je me contentais de la foutre à poil… Mes petites voitures, je ne les désossais pas et je n’usais d’armes-jouets que pour jouer aux cow-boys et aux indiens – un bout de bâton parvenant généralement à faire très bien l’affaire. Et aujourd’hui je n’aime pas davantage mettre mon nez sous le capot d’une voiture. Sans même parler de manipuler un fusil. A mon tour, je dois être particulièrement anormal…

Pour terminer au même endroit que cet extrait, je crois devoir faire remarquer qu’il faudrait être terriblement stupide pour prétendre sérieusement, et pour peu qu’on y réfléchisse un instant, que la puissance de mort serait comparable à la puissance vie. Créer est toujours miraculeux, quand détruire est trivialement à la portée du premier abruti venu – celui-ci s’avérant une fois sur deux être une femme.

Source : On ne nait pas homme…

  • dedalus – 23/05/2009

    @Monsieur Poireau 
     
    Je vais dire une connerie, mais le féminisme est une pente savonneuse pour les meilleures d’entre elles. 
     
    Mais c’est souvent ainsi lorsque de la stigmatisation ou l’oppression d’une communauté – de ce qui est stigmatisé en tant que communauté par l’oppresseur – nait en réaction un communautarisme. 
     
    Je m’exprime sans doute mal. Disons le autrement, je pense que le fait que certains hommes oppressent certaines femmes parce qu’elles sont femmes ne devrait conduire à rien d’autre qu’à rappeler que chaque femme comme chaque homme possède un corps, un cerveau et une histoire qui lui sont particulières, et qui lui sont autant de différences et de ressemblances, qui font la richesse de ce qui constitue la communauté humaine dont nous devons exiger pour chaque membre respect et dignité. 
     
    La phrase est longue, mais je pense qu’on pourra me comprendre. 
     
    @mehabel 
     
    Merci pour votre passage. Je pense néanmoins que vous tombez dans le travers ci-dessus mentionné. Même lorsque le combat est justifié, je crois qu’on a toujours tort d’opposer les uns aux autres – parce que ce faisant on se place au même niveau que celui qu’on voudrait combattre et dont on légitime le préjugé. 
     
    Si DES hommes disent « LES femmes », on se fourvoie en leur retournant un « LES hommes » qui leur donne raison. 
     
    Bah voilà, j’ai réussi à l’exprimer de manière concise. 😉

    • Doropell

       Je regrette, mais la cruauté n’est pas « uniquement » humaine en opposition à animal (déjà c’est extraire l’humanité du règne animal, ce que je conteste fermement)  par exemple, les dauphins dont on se gargarise sans cesse avec leur sublime empathie partage la cruauté comme jouissance, avec les êtres humains. Les bandes de jeunes mâles pratiquent le viol collectif sur des femelles qu’ils enlèvent, on assiste à des viols aussi lorsque 2 « bandes » s’affrontent, il est à noté que les dauphins sont une des espèces animales qui ressent
      du plaisir sexuel et pratique la sexualité en dehors de la procréation,
      ceci expliquant peut-être cela… Et le meilleur pour la fin, un des jeux très apprécié par ces charmantes petites bêtes est de jouer avec un phoque ou une otarie (je ne me souviens plus exactement) pour la transformé en « ballon » jusqu’à en faire un petit paquet de chair sanguinolent… Il me semble qu’on invalide le sadisme en tant que caractère exclusivement « humain ».
      Nancy Houston n’est pas « le féminisme », elle défend un « féminisme » (peut-on vraiment parler de féminisme dans ces conditions? pour moi c’est non, mais bon hein…) essentialiste qui fige les femmes et les hommes dans des rôles et des façon d’être au monde « naturelles », qui prendraient leurs racines tantôt dans la « biologie », en tout cas dans le corporel au minimum surtout lorsqu’elle se réfère à une utilisation de concepts psychanalytiques d’habitude utilisés de manière phallocentrée, au profit de la supériorité des hommes sur les femmes en les inversant, cette fois-ci au profit d’une supériorité des femmes sur les hommes. Ou l’on voit que la théorie psychanalytique est essentiellement de l’enfumage et qu’en tordant les concepts on en fait exactement ce qu’on veut. Donc, ce féminisme, n’est pas « le féminisme » et il est aberrant de dire que « Je vais dire une connerie », un éclair de lucidité?  « mais le féminisme est une pente savonneuse pour les meilleures d’entre elles. », vous ne savez de toute évidence pas du tout de quoi vous parlez. Avant d’émettre des jugement péremptoires et condescendants sur « LE » féminisme, renseignez-vous un peu sur le sujet, ça vous épargnera de dire des bêtises avec tant d’aplomb. Le courant de féminisme auquel j’adhère est un féminisme MATÉRIALISTE, et c’est loin d’être un courant minoritaire, pour ne citer qu’une seule grande figure: Christine Delphy, qui est une théoricienne, et non pas une romancière comme Nancy Houston, même si j’apprécie et vénère la littérature, et il est un peu court de référer « Le » féminisme à une romancière qui se revendique comme NON FÉMINISTE justement! (pour votre information personnelle) C’est depuis qu’elle a renié le féminisme, pour adopter des thèses essentialisante qu’elle nous gratifie des ses interprétations sur l’homme et la femme.Je vous invite à lire une critique féministe des thèses de Mme Houston ici : http://www.peripheries.net/article331.html vous verrez par vous-même.
      Par contre les faits ne sont pas en faveur de votre sexe en ce qui concerne les massacres et autres joyeuseté, maintenant, à mon avis c’est que les hommes sont les dominants d’un point de vue social, que les dominants sont ceux qui prennent les décisions, ont les instruments pour imposer leur pouvoir, et en tant que possesseurs du pouvoir sont ceux qui peuvent en abuser. Je ne suis pas sure que si la situation était inversée ce serait tellement mieux, mais de touts façon on ne le sait pas, parce que la situation inverse N’EXISTE PAS. Franchement c’est même difficile à imaginer, serait-ce un monde sans viol par exemple?
      Personnellement, je suis féministe, et hétérosexuelle (déjà, c’est triste que je doive le préciser mais passons) et même si dans ma vie privée je côtoie des hommes que j’aime (et je parle de toutes les formes d’amour possible et imaginable), je suis dégoutée d’un point de vue général par la « caste », le « groupe social » homme et ce qu’il fait à mes semblables, j’ai nommé les femmes! Et le texte de Nancy Houston m’apparait plus comme une réaction à toute cette haine et cette violence que les hommes déploient sur eux et sur les femmes, une forme de « renvoi » (à prendre dans les deux sens, rendre et vomir) de cette violence. J’ai envie de dire, « un prêté pour un vomi » certes, son texte est assez bête, les arguments ne tiennent pas debout, mais en tant que femme, je suis submergée chaque jour par le système de pensée tout aussi bête et aveuglément haineux du patriarcat quand il s’agit d’expliquer la « nature féminine » et je m’étonne de ne voir aucune ou presque de prise de position de la part d’hommes contre ce monceau de conneries qui sert à justifier la prétendue infériorité  et l’oppression des femmes. Par contre, qu’une femme prenne le contre pied, (une goutte d’eau contre un océan) et tout de suite ce sont des protestations indignées contre les féministes qui sont « sur une pente savonneuse ». Le féminisme c’est réclamer l’égalité, et ça ne me parait pas savonneux à moi, mais c’est sans doute parce que je suis du mauvais coté du manche, du coté un peu moins égal que l’autre. Et pour la conclure, Nancy Houston N’EST PAS FÉMINISTE ! Tenez-le vous pour dit.

  • mebahel – 23/05/2009

    « tous les hommes n’étaient pas responsables de carnages mais que seuls eux l’étaient »‘ 
    On peut arguer du fait que des femmes les ont soutenus, tout de même…Ou du moins qu’elles sont entrées dans le système (crime organisé etc..) de part leur construction qui veut que, et conditionne à ce que, une femme n’existe que par et pour les hommes mais aussi parce que la violence est une donnée humaine. 
    Mais justement ce que Mme Houston oublie commodément de dire, c’est que les hommes sont majoritairement ceux qui ont le pouvoir public et qui sont légitimés à transgresser les règles de vie publiques et privées:  
    quasiment toute l’éducation des garçons se pose du côté du pouvoir à obtenir ou à garder par n’importe quel moyen, de préférence armé, or le pouvoir c’est évidemment du ‘pouvoir sur…’ qqchose ou qqun; 
    de plus l’égalité/solidarité entre hommes (pbme de classes et/ou de castes) se fonde sur la supériorité sur un autre groupe infériorisé, et réifié quand il y lieu, à savoir les femmes le plus souvent, et les groupes à combattre, avec un discours leur imputant des qualificatifs infériorisants soit leurs capacités physiques soit leurs capacités intellectuelles (qualificatifs connotés féminins, en vertu de la hiérarchisation des sexes). 
    (j’ai schématisé et je parle en termes de groupes sociaux, bien sûr). 
    Merci pour votre post, dedalus

  • Monsieur Poireau – 23/05/2009

    Bin oui ! 
     
    J’aimais bien Nancy Houston mais là, elle s’enfonce tellement dans les lieux communs que c’en est affligeant. 
    🙂  
     
    [Bel article !]

  • dedalus – 22/05/2009

    @Zoridae 
     
    j’entends bien ce que tu dis et je partage le constat selon lequel – inutile de faire semblant du contraire – la violence s’exprime chez les hommes de manière… plus tragique que chez les femmes. 
     
    ce que je conteste est en ce raccourci psychanalytique qu’elle prend pour expliquer cette réalité – même s’il on peut trouver là un élément d’explication. 
     
    pour moi l’essentiel est que nous avons le choix. et on rejoint ici cet autre réalité qui fait de l’humain la seule espèce animale capable de pousser aussi loin l’atrocité. 
     
    nous avons le choix et nous sommes aussi la seule espèce à disposer de cette faculté. mais choisir, ce don de la pensée construite qui permet le libre-arbitre, n’est pas nécessairement une bénédiction. il est même tout autant une malédiction en ce qu’il implique que l’homme a toujours la possibilité de choisir le mal, ce côté obscur de la force. 
     
    on préfère souvent retenir de l’humanité sa part positive, mais la torture est aussi bien une humanité en ce qu’elle nous est spécifique, en ce que nous avons la faculté de choisir de torturer. comme nous avons celle d’aimer. 
     
    les hommes viennent d’où ils viennent, ont ce qu’ils ont entre les jambes, sont soumis aux hormones qu’il sécrètent, sont soumis à certains atavismes, grandissent et deviennent dans tel environnement social et culturel, mais ils ont le choix. 
     
    les femmes aussi, je crois – et c’est une ressemblance de taille et qui nous rapprochent bien plus que tout ce qui nous séparent et qui n’est finalement qu’anecdotique si l’on considère cette humanité qui nous est commune.

  • Zoridae – 22/05/2009

    J’aime beaucoup quand tu écris : « Certes, mais on ne comprend pas trop pourquoi cette quête devrait nécessairement aboutir à ce surcroit de violence. Pourquoi cet inaccessible mystère ne serait-il pas un moteur de curiosité et d’enthousiasme, plutôt que cet inéluctable pousse à la violence ? » 
     
    Et je me joins à toi pour ce qui est du cliché sur les jeux des petites filles…  
     
    Néanmoins, même si je ne suis pas d’accord avec tout ce que démontre Nancy Huston dans cet article, aucun argumentaire contre ne me convainc qu’elle a tort ; on s’emballe et on ne lit pas bien…  
    Tu dis au départ que « On le comprend, l’hypothèse sous-jacente à ce petit laïus est que l’homme est plus violent que la femme. » 
     
    Mais ce n’est pas ce que je lis ! Elle ne parle pas de violence mais de massacres, de guerre, de crime organisé… Elle s’interroge sur le fait que nous sommes la seule espèce animale où aient lieu de tels actes… 
     
    Elle a bien précisé que tous les hommes n’étaient pas responsables de carnages mais que seuls eux l’étaient… Elle ne parle pas de simples meurtres mais de crimes de masse, de génocides, de massacres… A-t-on vu déjà des femmes orchestrer de tels actes ? Non !

  • Zoridae – 22/05/2009

    J’aime beaucoup quand tu écris : « Certes, mais on ne comprend pas trop pourquoi cette quête devrait nécessairement aboutir à ce surcroit de violence. Pourquoi cet inaccessible mystère ne serait-il pas un moteur de curiosité et d’enthousiasme, plutôt que cet inéluctable pousse à la violence ? » 
     
    Et je me joins à toi pour ce qui est du cliché sur les jeux des petites filles…  
     
    Néanmoins, même si je ne suis pas d’accord avec tout ce que démontre Nancy Huston dans cet article, aucun argumentaire contre ne me convainc qu’elle a tort ; on s’emballe et on ne lit pas bien…  
    Tu dis au départ que « On le comprend, l’hypothèse sous-jacente à ce petit laïus est que l’homme est plus violent que la femme. » 
     
    Mais ce n’est pas ce que je lis ! Elle ne parle pas de violence mais de massacres, de guerre, de crime organisé… Elle s’interroge sur le fait que nous sommes la seule espèce animale où aient lieu de tels actes… 
     
    Elle a bien précisé que tous les hommes n’étaient pas responsables de carnages mais que seuls eux l’étaient… Elle ne parle pas de simples meurtres mais de crimes de masse, de génocides, de massacres… A-t-on vu déjà des femmes orchestrer de tels actes ? Non !