Déc 032008
 

Femme en chemise dans fauteuil- Picasso- 1908Ce matin, en me levant, j’ai jeté un œil par la fenêtre de ma chambre. Il se trouve seulement que ce n’était pas le mien. La nuit avait été rude. Je l’avais rencontrée sur l’internet, aux hasards de mes tribulations dans le long et futile dédale de la blogosphère. Souvent, ici ou là, je laissais un commentaire afin de témoigner de mon passage, dire que j’existais, le prouver d’abord à moi-même. Cela se fit peu à peu. Je ne sais dire où et comment eut lieu notre première rencontre. Simplement, elle fut de plus en plus présente, passant où je passais, semblant m’attendre là où j’allais. Elle fut la première à prendre l’initiative. Un clin d’œil, un mot complice, une question factice : le jeu de la séduction s’engage. Bal des esprits et triste comédie du je. Excitations et provocations, mystères qui n’en sont pas. Danse des voiles qui voilent et dévoilent l’invisible moi. Face à face chacun d’un côté d’un miroir à deux faces où l’on ne mire que soi-même. Désir du désir de l’autre pour soi. Les mots deviennent murmures et tendresses. Désirs de soie partagée, où les peaux se toucheraient dans les draps froissés. Gravir la montagne, atteindre le sommet, ne pas redescendre. Prendre l’envol des promesses à tenir et des désirs à satisfaire. Hier soir, nous avions rendez-vous dans un bar de Ménilmontant. Elle était parfaitement belle. Soulagement. Sourires. Sur le chemin du bar au restaurant, elle a pris ma main dans la sienne. Et chez elle, près de Barbès, c’est elle qui m’embrassa. « Frappe-moi », dit-elle. Je la frappai au visage. « Plus fort », exigea-t-elle et je la frappai plus fort. Plusieurs fois et si fort que son œil de verre se décrocha de son orbite. Nous fîmes l’amour à même le sol, longuement et avec une insupportable douceur. Ses seins étaient faux également, surtout le gauche. Je rentrai chez moi à cette heure irréelle où Paris semble en suspens entre la fin de la nuit et le début du jour. Ombre déchirée avançant sur le pavé mouillé, je réalisai que rien d’elle n’était tout à fait réel non plus. Pourtant, dans mon cœur palpitait une émotion tenace et j’avais dans ma poche, que je tournais et retournais entre mes doigts incrédules, son œil de verre qu’elle y avait elle-même glissé. Ce matin, j’ai jeté l’œil par la fenêtre. Il me faudra sans doute la journée entière pour me débarrasser tout à fait de l’émotion. Je vais essayer de ne pas me connecter, aujourd’hui.

 

 


Source : Ce matin
  • dedalus – 04/12/2008

    Garçon – tu la connais donc toi aussi… ça me laisse songeur. 
     
    moa – vous êtes bien aimable.

  • moa – 04/12/2008

    j’ai orienté vers vous en associant votre texte à un tableau de Dali .. « l’énigme sans fin » 
    voyez

  • Garcon – 03/12/2008

    Quel sentiment improbable de decouvrir que je connais aussi ton amante a l’oeil de verre. La lourdeur de son faux sein gauche ne laisse aucun doute.