Fév 192010
 

Quick et dégoutNicolas partage son avis à propos de l’ouverture par la chaîne de restauration rapide Quick de huit « restaurants » proposant exclusivement de la viande halal. Ne soyez pas timides, cliquez sur le lien pour aller le lire, c’est intéressant.

Je suis d’accord avec lui mais.

Je suis d’accord, il n’y a pas discrimination et des produits ciblés sur une segmentation de la clientèle existent un peu partout : salons de coiffure pour africains, épiceries casher, restaurants végétariens…

Mais cette histoire m’interroge au-delà. Probablement pour ce que Quick représente, qui n’invite pas nécessairement à exprimer un soutien franc et massif, qui mérite une réflexion un peu plus approfondie.

Alors je m’interroge sur la dérive libérale d’une société de surconsommation où peu à peu nous ne sommes plus que des clients, segmentés en catégories et sous-catégories. Et je ne peux m’empêcher de constater un système qui tend de tous côtés à nous imposer en douceur des ségrégations de fait, qui me semble de plus en plus contraires à une société du partage, de la solidarité et du vivre ensemble – notion qui pour paraître simpliste m’est particulièrement chère.

Car tout de même, on en arrive à des quartiers ghettos dans lequel une multinationale de la malbouffe cible une majorité supposée musulmane, et indubitablement discriminée, qui a toute les peines pour trouver un logement en-dehors du ghetto, toutes les peines à trouver un travail en-dehors du ghetto, et à laquelle on vient désormais servir quasi à domicile, dans l’enceinte du ghetto – ou pas trop loin parce que plus près c’est supposé être dangereux – une bouffe à la fois internationalisée – donc sans saveur ni qualité – et culturellement adaptée.

C’est un processus d’enfermement.

Et ce n’est pas la première fois qu’on peut constater que le système libéral produit de fait ce qu’on peut appeler une dictature molle, oppressive mais acceptée, et qui n’a en définitive d’autre avantage que de servir ses propres intérêts, c’est-à-dire la maximisation du profit et la pérennité du système lui-même, sa reproduction.

C’est que les dictatures à l’ancienne avaient une faiblesse rédhibitoire : elles ne duraient pas. Les populations, tôt ou tard, finissaient toujours par renverser l’oppresseur. Il fallait adopter une stratégie plus fine, instaurer un système plus « durable ».

Le système libéral n’est finalement que cela : un oppresseur sans visage et dont l’oppression semble bien douce en ce qu’elle consiste à susciter des besoins, voire des désirs, qui seront aussitôt satisfaits – et pour cause. Satisfactions qui plus est de plus en plus individualisées, personnalisées, via une segmentation de plus en plus précise de la clientèle. Un système qui assure sa survie en nous faisant en apparrence ses complices.

Alors – attention, je vais caricaturer – si l’on peut faire en sorte que la clientèle blanche, de culture judéo-chrétienne, ayant des moyens financiers conséquents, utilisant des couches lavables et se nourrissant de brocolis bios soit localisée dans de grands et beaux appartements à Chatoux, tandis que la clientèle d’origine africaine, socialement défavorisée et par nécessité moins exigeante quant à la qualité de ce qu’elle consomme serait regroupée dans le même quartier délabré de Roubaix, ça facilite bien les choses pour toutes les enseignes qui ont quelque chose à vendre aux uns ou aux autres.

Et pour chacun et chacune d’entre nous aussi, ça facilite les choses : les clients rois que nous sommes sont servis quasi à domicile. C’est pratique. Mais est-ce vraiment la société dans laquelle nous voulons vivre ? Nous y gagnons la satisfaction quasi immédiate de la moindre de nos envies – qu’on aura suscitée en nous – mais n’y perdons-nous pas en définitive bien davantage ?

Oui, je m’interroge. Mais quand même, qu’on ne s’y trompe pas, je ne mêle pas là ma voix à tous ceux qui se saisissent de cette histoire pour y voir la confirmation de leurs fantasmes d’une islamisation de leur tant douce France. C’est simplement que je vois progresser de manière systémique la convergence de critères discriminants, convergence qui induit une société de ségrégations culturelles et sociales qui sert des intérêts qui ne sont pas les nôtres et ne le seront jamais. J’assiste à cette lente progression et je n’aime pas ça.

Source : Nous c’est le goût, eux c’est les gueux

  • dedalus – 21/02/2010

    @ Nicolas – Souvent le cumul d’anecdotes constitue un fait social. Du coup c’est plus intéressant.
    @Visiteur – merci
    @ Didier Goux – Une Rollex, c’est pas du meilleur goût non plus.
    @ macfan – oui, c’était bien aussi, comme titre.

  • macfan – 20/02/2010

    nous c’est le gout, eux c’est des gueux 
    eux = quick 
    bien sur  dégueu

  • Didier Goux – 19/02/2010

    De toute façon, les pauvres ont un goût de chiottes, c’est bien connu !

  • Visiteur – 19/02/2010

    Je suis d’accord aussi, cette décision est une décision commerciale qui n’engage que ceux qui la proposent et non pas ceux qui achètent. Je veux dire que l’entreprise s’adapte à une « réalité » sociale dans un but mercantile, et bien qu’immorale cette attitude n’en n’est pas répréhensible pour autant.Je trouve particuièrement pertinente ton analyse sur la dérive libérale… Car c’est là que réside le véritable scandale.

  • Nicolas – 19/02/2010

    On est d’accord. Mon billet visait juste à dire que cette histoire n’est qu’une anecdote. Mais je n’aime pas le cumul d’anecdotes.