Avr 232011
 

cranes humainsIl suffit d’un instant, d’une émotion. Une larme qui roule sur le désert aride pour que fleurisse une fleur. Ses pétales frémissent à peine. Vent léger, vie légère. Une larme encore. Pleurer. Pleurer à l’intérieur de soi, irriguer l’âme sèche du poète qui sommeille en l’homme. Qui sommeille peut-être. En l’homme.

Abreuver l’âme assoiffée de l’homme qui dort et se rêve en poète. L’âme de l’homme qui ignore qu’il rêve ou qu’il a soif. Mais il rêve, l’homme. Et dort le poète. Tout au bord de la falaise, le visage inondé de larmes et le regard tourné vers le ciel, il rêve, l’homme. Et dort le poète. Tout au bord de la falaise et de son gouffre immense. Au bord et sans peur. Sans peur.

Tomber ? Qu’importe. Il n’y a pas de fond et le néant s’étale sous ses pieds pendant qu’il danse et qu’il tombe, le poète. Et qu’il regarde vers le ciel, le visage humide et conquérant. Et qu’il ignore le néant inutile, immobile, vide et creux sous ses pieds. Et qu’il tombe tandis que dans le ciel nuit et jour se succèdent, que Soleil et Lune se poursuivent, et tombe la pluie. Des milliards d’étoiles invisibles clignent comme autant de possible. Sa vie inscrite là, indéchiffrable et indécise. Son visage inondé. Sa vie d’homme qui hésite et qui vacille. Et qui vacille. Déséquilibre de l’assoiffé. Déséquilibre de l’instant qui passe et s’efface, qui ignore ce qu’il devient déjà. Déséquilibre du mot qui s’envole ignorant le mot. Qui s’envole et s’évanouit, laisse la place. Mot à mot périlleux. Au bord de la falaise.

Il trébuche, tombe et s’écrase comme une merde, le poète. Trébuche, tombe et s’écrase. Qu’importe. Qu’importe au poète qui n’en est pas un peut-être. Qu’importe pourvu que vers là-haut tende son regard et se hissent ses mots. Homme aspiré, homme sucé. Homme humanisé, poétisé, élevé. Homme tout simplement. Debout et vivant. Erigé et vacillant dans le vent fragile de ses mots et de ses rêves. Debout et grand, porté par la brise. Homme rêvant et rêvé, homme poète et fou, homme déséquilibré, perché là-haut, et attiré plus haut encore, sucé, aspiré, éparpillé dans le vent des mots qu’il expire. Vent furieux qui tourbillonne dans son crâne vide et creux, et qu’il expire.

Homme inspiré peut-être, sur ce perchoir brinquebalant d’où il contemple affolé ceux qui ne rêvent plus, qui ne dorment plus, qui sont morts. Qui meurent de ne rêver plus. Qui meurent pas à pas sur le sol plat, sur le sol froid, sur le sol où ils marchent et avancent l’œil bas, l’œil las, l’œil triste et sec. Qui meurent en équilibre, là.

Au-dessus des morts, les étoiles invisibles qu’ils ont oublié de voir. Au-dessus des morts, le muet murmure de l’univers et mon cœur sourd qui palpite. Tous les hommes sont des poètes. Tous les hommes sont des poètes. Tous les hommes sont des poètes.

  • dedalus

    Merci.

    Elle commence et finit là, tout à la fois. C’est dire si elle est partout, la poésie.
    Non, j’ai tort de te répondre par un trait d’esprit. Tu as raison, sans peur, point de poésie.

    Mais tous les hommes ont peur, du moins ils devraient.

    Sans peur…
    Je cherchais à dire sans crainte de n’être pas assez poète, sans peur de quitter le sol et de se rêver en poète. Je crois.

  • le coucou

    Sans peur ? Et si la poésie finissait où s’arrête la peur ? Emouvant, ton texte.

  • dedalus

    La femme, elle… La femme est la poésie.

  • Louise-Line

    Tandis que la femme, elle…