Avr 292009
 

Dire « je t’aime » n’est pas aimer.

Aimer est un verbe d’action.

Sourire est une manière d’aimer, par exemple.

Et si je proclame que « je mange », ça ne me nourrit pas.

Aimer.

Les mots n’y suffisent pas.

D’un autre côté, les mots flattent, touchent et finalement caressent.

« Comme tu es jolie et comme je t’aime ! »

Ça ne mange pas de pain et ça peut nourrir son homme.

Ce n’est pas la chair qui est faible, c’est l’esprit.

Tant mieux.

(et tant pis pour le divin)

Source : Aimer

  • dedalus – 25/05/2009

    En fait, je dirais – si on me pousse un peu – qu’il n’y a ni amour ni preuves d’amour, il n’y a jamais que des soupçons… ou un faisceau de présomptions. 
     
    Et je suis d’accord avec vous, si à aimer « les mots n’y suffisent pas », aucun acte n’y suffit non plus, ni sourire ni séduire, pas même faire cet amour. 
     
    Je n’adressais aucune critique aux mots, je disais que leur puissance incomparable est encore une impuissance. Car aimer est encore trop grand pour eux. 
     
    Ou du moins pour les miens.

  • Urizen – 25/05/2009

    « Cela lui fait quoi à Béatrice que le poète proclame au monde qu’il l’aime ? » 
     
    Au moins autant d’effet qu’un sourire…  
    …qui n’est pas un acte d’amour, mais de séduction. 
    Par ailleurs, aimer n’est pas un acte non plus, mais un sentiment.  
     
    Vous semblez en quelque sorte rejoindre la phrase de Cocteau « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour », mais je doute que Cocteau compte tenu de son parcours littéraire, disqualifierait les mots comme preuve d’amour. 
    Pour écrire comme il a écrit, il faut vouer un culte aux mots, et considérer qu’il n’y a rien au dessus d’eux (c’est pareil dans tout art). 
     
    Il me semble cependant percevoir ce que vous voulez exprimer. « Séduire n’est pas aimer », cela résume un peu l’idée générale de votre texte. Il y a en filigrane comme une notion de tromperie, dont vous semblez n’attribuer le pouvoir qu’aux mots, alors qu’un simple regard peut-être aussi envoûtant, caressant et flatteur, sans pour autant être une preuve infaillible d’amour, encore moins un acte. 
     
    On pourrait même se demander si faire l’amour est un acte d’amour, et je crois pouvoir dire qu’il n’en est pas toujours un. C’est plutôt de l’ordre du désir. 
     
    Alors si faire l’amour n’est pas une preuve d’amour, quel acte peut s’en revendiquer de façon infaillible ? Aucun, ou plutôt aucun ne peut résister aux critiques que vous adressez aux mots. 
     
    S’asseoir à sa table de travail chaque jour, hanté par l’ombre de la personne aimée, en tirer des monuments contemplés à travers les siècles, et forcer les générations futures et suivantes répéter ce nom qui nous inspire, en leur faisant ressentir la beauté de l’oeuvre chaque fois qu’ils prononceront ce nom, c’est je crois une preuve d’amour au moins aussi valable qu’un sourire, et s’il faut une preuve d’amour éclatante pour être un bon amant, en voilà une.

  • dedalus – 25/05/2009

    Urizen, 
     
    Oui… et pourtant, Béatrice ? 
     
    Le poète célèbre et chante l’amour, éventuellement celle qu’il aime, souvent parce qu’il l’a perdue. Il enchante ceux qui le lisent, cette beauté des mots qui éveille en eux des sentiments qu’ils savent reconnaître. Mais Béatrice ? 
     
    Cela lui fait quoi à Béatrice que le poète proclame au monde qu’il l’aime ?  
     
    En serait-elle mieux aimée, si même elle était encore en vie ? 
     
    Et justement, pour le poète « le seul acte [que l’amour] lui inspire, c’est de prendre sa plume pour qu’elle s’épanche des mots dont elle s’est chargée », peut-il être un bon amant – au-delà d’être un grand poète ?

  • Urizen – 25/05/2009

    Vous qui semblez écrire, vous devriez savoir que l’amour est le sentiment le plus proche du poète, et que le seul acte qu’il lui inspire, c’est de prendre sa plume pour qu’elle s’épanche des mots dont elle s’est chargée par amour. 
    Dante en écrivant sa Divine Comédie a rendu immortelle celle qu’il n’a jamais pu aimer parce que partie trop tôt. Aucun acte ici tel que vous l’entendez. Que des mots. Et pourtant quelle plus grande preuve d’amour que l’Immortalité ? On oubliera beaucoup de vraies amours, mais le monde se souviendra de Béatrice par la force des mots.