Mai 102012
 

Pierre Salviac est journaliste sportif, spécialiste du rugby depuis des lustres, et jusque hier sur RTL. Dans ce rôle, je l’aimais plutôt bien. C’est-à-dire beaucoup plus qu’un Jean-Michel Larqué ou qu’un Thierry Roland, par exemple.

Il n’empêche, le tweet qu’il s’est permis de poster hier était d’une imbécilité crasse. « A toutes mes consœurs, baisez utile, vous avez une chance de vous retrouver première Dame de France », a-t-il écrit, pensant sans doute faire de l’humour. Le malheureux.

La réaction du directeur de l’information de RTL, Jacques Esnous, ne s’est pas fait attendre : « @pierresalviac Ton tweet est absolument intolérable. J’y vois un sexisme vulgaire inqualifiable que je condamne. »

C’était une saine réaction et une saine condamnation. On aurait pu attendre en sus qu’il demande à son chroniqueur de présenter des excuses, mais cela fut inutile, Pierre Salviac se repentant un peu plus tard de lui-même : « En balançant une vanne j’ai blessé mes consœurs. Je leur présente mes excuses et retire mon tweet ;-( »

On aurait pu en rester là. Mais voilà, on a pris en france la très sale habitude, ces dernières années, de couper des têtes. Il fallait punir, sanctionner, faire en sorte que le coupable expie sa faute, son péché. Et Pierre Salviac a donc été viré de RTL.

Inutile excès de zèle qui transforme le coupable en victime. Et déplace le débat du propos tenu à l’homme qui s’est cru autorisé à le tenir.

Quelqu’un a-t-il prévenu la direction de RTL que nous en avions terminé avec Sarkozy, que nous pouvions enfin revenir à un fonctionnement social normal et apaisé, plutôt qu’épidermique et délirant ?

Pierre Salviac a proféré une connerie. Que l’on condamne donc la connerie. Que l’on demande des excuses publiques, éventuellement. Que l’on réclame des explications, si nécessaire. Et si la connerie le justifiait, parce qu’il y aurait eu contravention à la loi, que la justice soit saisie et qu’une sanction proportionnée soit infligée – non pas au nom de la morale ou des valeurs, mais au nom de la loi. Simplement. 

Qu’on comprenne enfin qu’il s’agit moins de condamner un homme et de le punir, que de dénoncer des propos qui, dans le meilleur des cas, relèvent de la blague de mauvais goût. Pierre Salviac a lui-même reconnu que, pis que cela, son propos était blessant. L’essentiel était alors acquis. Il n’était pas utile de s’empresser en sus de lui couper la tête et d’en faire la victime d’un système bien-pensant qui en guise d’auto-défense pratique la censure à coups de hache.

Qu’on veuille bien le comprendre une fois pour toute, les cons ne finiront par vraiment fermer leurs grandes gueules, non pas parce que nous aurions réussi à couper toutes les têtes de tous les cons, mais parce que l’intelligence l’aurait emporté sur la connerie. Ça promet de prendre un certain temps, mais il n’y a pas d’autre chemin que celui de l’intelligence.

« Sanction pour non respect de nos consoeurs et plus généralement des femmes. Pas de politique, juste la défense de nos valeurs », a écrit Jacques Esnous pour expliquer le licenciement du fautif. Je voudrais qu’il m’explique en quoi l’action de couper une tête parvient à prendre place dans son système de valeurs. On se gargarise aujourd’hui des valeurs, mais il ne s’agit en vérité de rien d’autres que de ce qu’on appelait auparavant les bonnes mœurs.

Ne serait-ce que pour la raison que chaque fois que vous coupez la tête d’un con ce sont dix qui repoussent aussitôt, il n’y a d’autre choix que de s’efforcer de complexer les cons, plutôt que de céder à la tentation de leur couper la tête.

Nous nous sommes débarrassé de Sarkozy. Reste encore à se débarrasser du sarkozysme. Et quand on apprend que l’UMP s’est choisi pour slogan de campagne des législatives un Choisissons la France dans lequel on entend très clairement sonner en creux les thèmes de l’anti-France et du parti de l’étranger, qui s’adresse évidemment à la gauche, on se dit que là aussi la route promet d’être longue.

  • Un truc me chagrine quand même.

    Le Salviac avait déjà balancé de la bonne grosse bouse spirituelle sur les chômeurs, un truc finaud qui disait en gros, « Z’ont qu’à bosser ces fainéants » (un tweet, c’était pas ça mais ça en avait la teneur). Le rugby ne m’a jamais dérangé, mais qu’il reste dans l’escarcelle du cadrage-débordement et de l’essai à la 28ème minute, du placage et de la mélée, pas plus, sinon, la pensée sportive et de compétition adaptée à la société ça devient bien souvent n’importe quoi et ça finit par sentir très mauvais.
    Suffisamment fdifficile je suppose, d’être journaliste dans cette jungle entre presse et réseaux sociaux, alors tresser des lauriers au crétin, je ne suis pas pour.
    Et t’inquiètes pas pour lui, il retrouvera très facilement du boulot.
    (Au niveau du fait qu’il ait été viré, je suis bien évidemment complètement contre).

  • Manureva

    Tout pareil d’accord avec les commentaires précédents…

    Mais il n’y a pas grand chose à dire non plus de tes propos, c’est beau c’est grand, on est quasiment au début d’une nouvelle lithurgie de gauche (gnan gnan joue droite paf, gnan gnan la droite youpee), néanmoins obsolète à mon avis (mon côté pessimiste), mais en fin de compte ça me va. Drôlement bien même. Le pardon tranquille. Et puis si on fait pas ça un 10 mai on va le faire quand, hein ?

    • Le pardon ? Non, tout de même pas.

  • ElleElle18

    Il n’était pas à son coup d’essai. En plus des sorties racistes, homophobes, le revoilà hier avec ton tweet de connard. Qu’on le vire oui, et qu’on arrete de le plaindre. Monsieur sait se retourner, il va se présenter à la Rochelle…

    • Je pense que punir comme on se venge, pour le plaisir qu’on croit en tirer, ou la peine qu’on pense infliger, dispense bien souvent d’expliquer, de creuser un sillon, d’avancer. Or le sort de Salviac ne m’importe pas, celui de la tolérance en général, bien plus…

  • Captainhaka

    Pour le moment, les cons savent au moins qu’ils risquent de perdre quelques émoluments s’il s’oublient. L’argent est aussi un bon moteur   🙂

    • Les cons sont cons, ils ne réfléchissent pas comme nous 🙂