Juin 232010
 

Lulli - roman chapitre 8 - ebookLouise pose ses mains à plat sur son ventre. Elle veut être sûre que cela s’est produit, sensation étrange d’être devenue une autre – d’être redevenue elle-même en réalité, ordinaire, trivialement humaine quand hier encore le divin était en elle, l’habitait tout entière. Elle avait porté la vie, elle est plate désormais et son ventre est vide, sans vie. Il n’y a plus en elle qu’un seul cœur, le sien, solitaire, et qui cogne dans ce néant. Elle réprime une envie de pleurer, réconforte-moi, mon bébé. Elle parcourt la pièce du regard et ne voit nulle part sa petite fille. Un instant elle est prise de panique, puis se souvient que la sage-femme lui a dit qu’Elise ne serait pas avec elle cette nuit, qu’elle devait se reposer, dormir un peu pour reprendre des forces.

Voilà, elle est reposée maintenant : qu’on lui rende son bébé ! Elle se lève. Tenir sa petite fille entre ses bras, la voir vraiment, longuement, la toucher toute. Où est-elle, où l’ont-ils emmenée ? Elle vacille, prend appui sur la table de chevet et se dirige vers la porte. Sa marche est chaotique, elle a perdu l’habitude de ce corps-là, privé de ce poids devant elle qu’il fallait compenser en cambrant les reins. Et le sentiment d’aller toujours à deux.

Elle trouve la nurserie et, devant la douzaine de bébés alignés comme à l’étalage, Louise n’hésite pas : elle est là, son Elise, ses yeux noirs grands ouverts, Elise, dans sa couveuse et qui ne pleure pas.

Comme elle est belle ! Louise est saisie par son éclat. Une bulle de fierté éclate dans son cœur et elle sent un rire monter en elle comme un sanglot, un bonheur qui l’étouffe. Elle prend appui sur le mur et regarde son enfant. Elle regarde avec avidité, détaille mille fois sa merveille, et ne se lasse pas de regarder et de regarder encore. Chacun de ses traits semble avoir été le fruit d’un minutieux travail d’orfèvre, sa bouche délicatement ourlée, son nez pointu et décidé, ses pommettes saillantes ; et ses yeux noirs, son regard intense et volontaire, ses cils longs et recourbés qui lui donnent un regard rond, le regard faussement étonné qu’ont les filles. C’est une fille ! Louise s’use les yeux et le cœur à la regarder.

Sa peau est légèrement hâlée et le linge blanc qui l’emmaillote rehausse encore son éclat. Comme ta peau doit être douce, murmure-t-elle avec émotion. Elle voudrait la toucher, elle a posé une main à plat sur le toit de la couveuse pour être plus près de sa petite fille, aussi près qu’il est possible encore de l’être – et Elise agite ses mains lilliputiennes comme pour capter dans l’air confiné du ventre artificiel les ondes d’amour que lui adresse sa mère. De l’extérieur maintenant. Toutes deux se regardent avec une tendresse emprunte de nostalgie, elles se regardent, se voient et prennent conscience de leur altérité. Quelque chose a pris fin entre elles et qui ne sera plus.

[…]

Lulli est mon premier roman, que j’ai résolu de publier sous forme de livre électronique (format .epub) et de diffuser via ce blog au rythme d’un chapitre par semaine.

Nous en sommes au chapitre 8, sur les 12 chapitres que compte ce roman, et vous venez d’en lire les premières lignes. La suite est à lire sur iPhone, iPod Touch, IPad ou toute liseuse supportant le format epub : Cybook, Sony Reader, Kindle… Ou bien directement sur un ordinateur.

Si vous prenez l’aventure en route, vous pouvez préférer la reprendre depuis le début

A la suite de chaque billet de présentation, les commentaires vous permettent, si vous le souhaitez, de partager entre vous – et avec moi – vos impressions de lecture, au fil de celle-ci ou bien à son terme (qu’il soit prématuré ou non).

Bonne lecture !

***

Téléchargement : télécharger ebook Lulli – chapitre 8

Précédemment :

télécharger ebook Lulli – chapitre 1 télécharger ebook Lulli – chapitre 5
télécharger ebook Lulli – chapitre 2 télécharger ebook Lulli – chapitre 6
télécharger ebook Lulli – chapitre 3 télécharger ebook Lulli – chapitre 7
télécharger ebook Lulli – chapitre 4

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Source : Le jour d’avant

(A suivre : Lulli, chapitre 9…)

  • dedalus – 25/06/2010

    Non, Maghnia, je vous en prie. Il n’y a que dans les fourrés qu’on peut espérer qu’il se passe quelque chose. On dit que la vieillesse rend sage, je crois au contraire que c’est l’excès de sagesse qui nous rend vieux.

  • Maghnia – 25/06/2010

    Je sais bien que vous, l’auteur, vous contentez de faire vivre vos personnages à leur guise. 
    Je sais bien aussi que vous n’avez pas d’à-priori 
     
    Simplement, si j’osais, je dirais que beaucoup de Nicolas imaginent les femmes dans le  rôle de mère. Que nombre de Louise s’imaginent aussi dans ce rôle. Et que c’est bien ainsi. Sauf que le spectacle étant fini, il faut rentrer. Et que parfois les rues sont sombres. 
     
    Si j’osais encore, je dirais d’autres choses. Mais puisque que vous avez décidé de faire de votre roman un espace balisé .. je vais éviter les fourrés. 
    Comme disait ma prof de philo « je ne vous demande pas de juger, je vous demande de suivre » 
    Je vais suivre sagement. 😉

  • dedalus – 25/06/2010

    @ isemma
    Merci, isemma. Puissent les vagues de la vie nous porter haut et loin.

    @ Maghnia
    Je ne crois rien de l’amour maternel, et certainement pas qu’il est une évidence naturelle. Je crois que chaque femme est mère à sa manière, et à la manière que lui impose chacun de ses enfants. Il n’y a pas de modèle. Louise est cette mère pour Elise – ou peut-être est-ce Nicolas qui l’imagine dans ce rôle.

  • Maghnia – 25/06/2010

    Vous parlez comme un homme dedalus. Ou alors est-ce moi qui ai rêvé mes enfants sans jamais les avoir portés. 
    Vous semblez croire que l’amour maternel tombe du ciel. Vous vous trompez. L’amour pour son enfant se construit doucement. Il n’est pas offert avec le petit paquet cadeau comme une évidence. De plus, pour une mère, l’enfant n’est pas beau, il est fragile.. juste fragile.. comme elle.

  • isemma – 25/06/2010

    « quelque chose qui a pris fin entre elles et qui ne sera plus ».(jamais) 
    il n’y a pas plus belle et plus terrible que cette phrase. 
    moi je dirai plutôt (que vaguement littéraire) 
    « Dedalus qui fait des vagues a l’âme qui se terre » 
    bises.

  • αяf – 25/06/2010

    L’auteur ne peut jamais s’effacer complètement et de plus, je trouverais ça dommage. C’est bien ça qui fait qu’on aime suivre un auteur plutôt qu’un autre. Je me souviens d’un de tes récents billets où tu disais cela assez justement :  » L’écrivain n’a pas d’autre matière à modeler. Tout part de soi. » Alors quoi de plus normal qu’une prise de pouvoir dans le récit et c’est encore mieux, à mon avis, quand ellle est assumée.

  • dedalus – 24/06/2010

    Oui, me relisant, je crois qu’avec cette petite pause, ce bref aller-retour, j’ai voulu justifier quelque chose que je n’assumais peut-être pas tout à fait, l’impudeur de ce que raconte Nicolas, ce grand déballage. C’était probablement inutile et très certainement maladroit. Parce que l’intervention de l’auteur y est trop évidente. Celui-là, il devrait toujours apprendre à la fermer, à s’effacer devant l’histoire, ne pas interférer entre elle et le lecteur.  
    Cet interventionnisme n’est pas le moindre des reproches qu’on peut me faire. Mais je me soigne 😉

  • αяf – 23/06/2010

    Lu ! Et toujours cette construction du texte bien huilée, bien vu de mener les évènements dans un même temps, en alternant les paragraphes. Ce qui vit Louise est vraiment horrible et bien amené, la scène de Lecourbe et Lulli dans le couloir, succulente !  
    Juste une chose, parce qu’il y en a marre de faire que des éloges, la réapparition de Nicolas plus âgé avec sa mère fait bizarre dans le déroulé. Ou alors, il aurait fallu continuer à les faire intervenir au fil du chapitre. Là, c’est succint, et du coup, je trouve, inutile.  
    Mais c’est un détail : plus que 4 chapitres et on saura que deviennent Lulli, M Lecourbe, Louise et surtout Nicolas et ses démons de l’enfance.