Fév 112010
 

père enfant biberonJ’ai écouté Elisabeth Badinter, ce matin sur France Inter, qui était invitée suite à la parution de son dernier bouquin, Le conflit, la femme et la mère. Comme toujours, cette femme d’une intelligence rare fut passionnante.

Elisabeth Badinter conteste avec virulence que le femme doive être soumise à un devoir de maternité, concept aussi bien propagé par une société qui connait un retour de machisme particulièrement régressif, que par un certain courant féministe pour lequel la maternité serait l’acmé de la vie d’une femme. En particulier, elle pointe du doigt une société qui, sacrilisant la nature jusqu’à l’excès, tend à culpabiliser les femmes autour de la question de l’allaitement.

« Toutes le doivent, le peuvent, c’est un commandement de la nature. Sinon, vous avez droit à cette phrase culpabilisante : « Vous ne voulez donc pas le meilleur pour votre enfant ? » Désolée, mais il y a deux catégories de femmes. Celles qui aiment à se retrouver dans l’état de mammifère et celles qui détestent. Celles qui adorent allaiter et celles qui n’aiment pas. Nous n’appartenons pas à l’espèce des babouins, qui font tous la même chose. », explique-t-elle dans un entretien qu’elle a accordé au journal Ouest-France.

Il y a ici, sur cette question de l’allaitement, un angle de la question qui n’est jamais abordé : au-delà de la discussion autour des mérites comparés des laits maternel (forcément bon puisque naturel) et artificiel (forcément mauvais puisque pas maternel), l’implication du père dans les premières semaines de vie d’un nouveau né n’est-elle pas tout aussi essentielle pour le bien-être de l’enfant ?

Un nouveau-né a passé de longs mois dans le ventre de sa mère et, dès la naissance, se retrouve bien souvent blotti contre la peau de celle dont il connaît déjà la chaleur, l’odeur, la voix et le rythme des battements de son coeur. Le père, peu ou prou, est encore un étranger avec lequel un lien – d’abord charnel – reste encore à tisser. Or à quoi se résume les premières semaines d’un enfant ? Il dort, il pleurt, il mange, on le caline, il rote, il défèque, on change sa couche, il dort. Et une fois par jour, un bain et des soins (cordons, yeux, etc…).

Quelles sont alors les conséquences de l’allaitement ? Dans le meilleur des cas, les tâches sont partagées : à la mère ce moment délicieux où, après les pleurs, parce qu’il a faim, l’enfant se trouve rassasié ; et au père de changer la couche salie, alors que souvent, déjà fatigué et n’aspirant qu’à se rendormir, l’enfant ne comprend pas qu’on l’emmerde (alors qu’en réalité on le démerde). Partage si peu équilibré en réalité que, dans de nombreux cas, « naturellement », le père prendra son mal en patience et attendra que l’enfant parvienne au stade du jeu, où un échange mutuel paraîtra plus évident.

C’est une arnaque. Ce que bien des pères ignorent, parce qu’ils n’en font pas l’expérience, est que dès les premiers moments de la vie, il se produit un échange total entre le nourisson et celui qui le nourrit, fut-ce avec un biberon. Parce que le moment où le bébé est le plus en état de réception et de communication est précisément celui où, reposé parce qu’il vient de se réveiller, mais plus tout à fait affamé, niché confortablement entre les bras de son père ou de sa mère, il tète tranquilement et jusqu’à l’extase.

Mais au-delà de l’arnaque, qui pour moi est une invitation plus que suffisante pour un père à exiger de partager avec la mère la responsabilité et le bonheur de nourrir, il est incompréhensible qu’on n’oppose pas aux bienfaits supposés de l’allaitement maternel, les bienfaits pour l’enfant de développer dès les premiers instants, puis dès les premières semaines, une relation forte, tendre et charnelle, avec son père, cet étranger qu’il découvre et qu’il ne découvrira jamais autant si celui-ci n’est pas reconnu comme cet autre qui le nourrit – et plusieurs fois par jour.

Il en est d’autres, de ces rares moments privilégiés, où l’enfant ne dort pas et est en état de réceptivité. Le moment des soins par exemple. Mais là encore, il faut au père la volonté de s’imposer, ne pas se retrouver en situation de dépendance vis à vis du savoir maternel, qui n’est pas naturel, qui provient simplement du fait qu’elle était présente à la maternité, nécessairement, lorsque l’infirmière est venue la toute première fois délivrer le mode d’emploi. Peu importe si le père n’est pas présent, la mère lui transmettra ce savoir, qui devient alors un pouvoir, puisqu’elle en a eu la primeur : « Puisque je te dis que ce n’est pas comme ça qu’il faut faire ! ».

Il en est d’autres, mais ils sont incomparablement moins fréquents. Et puisqu’un enfant se fait à deux – le plus souvent -, moi qui est fait cette expérience, et à trois reprises, je ne saurais qu’inviter, et inciter fortement les nouveaux pères à exiger d’obtenir toute leur place auprès de leur enfant, et ce dès le premier jour. Cela passe par être un père nouricier. Cela signifie, au minimum, de mettre en place un système d’alimentation mixte : un coup le sein, un coup le biberon – ce qui implique, oui messieurs, de se lever la nuit…

Et vous, mesdames, comprenez que le combat féministe en passe nécessairement par un renoncement à certains de vos grands privilèges. Si vous voulez que les hommes changent les couches, il faut cesser de leur dissimuler que c’est un grand plaisir que de mettre le nez dans cette merde-là, que ce n’est pas tant cette corvée à laquelle vous vous sacrifieriez. Surtout, ils n’accepteront de bon gré de changer les couches que s’ils prennent toute leur part dans ce qui la produit, cette merde : l’alimentation du bébé.

J’ai par ailleurs beaucoup aimé aussi, moi qui suis politiquement un écologiste convaincu, la manière qu’Elisabeth Badinter a de s’en prendre directement à une certaine écologie-naturaliste à la Cécile Dufflot, qui tend à accorder par principe la priorité au naturel :

« L’histoire des couches-culottes est révélatrice. Plus de couches jetables, elles polluent.Le raisonnement écologiste l’emporte sur le raisonnement féministe qui voudrait que l’on produise des couches biodégradables. Et surtout que l’on ne me dise pas, comme Mme Duflot, que la solution est la couche lavable que les hommes aussi peuvent enfourner dans les machines à laver. »

Source : Lait maternel ou implication paternelle

  • Élocmoi

    Et franchement, renseignez-vous un peu : si vous voulez une vraie relation avec l’enfant, cela peut se faire sans préparation chimique et inadaptée pour nourrissons. Avez-vous essayé le portage ? Chez moi, le père a immédiatement porté ses enfants durant de longues heures, ce qui lui a permis d’être reconnu aussi bien que moi. Et oui : vous pouvez porter bébé pendant qu’il dort ! Mieux : ça le rassure, l’apaise, et diminue le risque d’apnée du sommeil ! C’est pas beau, ça ?
    Chez moi, on partage toutes les tâches. Et lorsqu’il ne peut faire quelque chose, alors j’enlève autre chose à mon panel. Il ne peut pas l’allaiter ? Alors je ne lui donne pas le bain. Un moment pour Papa, un moment pour Maman. Et au bout de 6 mois, lorsque la diversification a commencé, alors nous avons partagé les moment de nourriture « solide ».
    Votre article me donne quand même une question à poser : Vous êtes aussi jaloux de n’avoir pu porter l’enfant dans votre ventre ? Parce que si ce n’est que ça, on peut vous faire une simulation : pendant 3 mois vous prenez du vomitif 5 fois / jours. Et vous complétez en vous réveillant avec un somnifère, histoire que votre journée ressemble à celle de la nouvelle future mère. Ensuite vous vous équipez d’un sac à dos (de randonnée, avec la ceinture) que vous portez H24 sur votre ventre et dans lequel chaque semaine vous ajoutez un poids de 380g à peu près, et ce pendant 39 semaines. Ah ! J’oubliais ! Quelle que soit la maladie que vous pourriez attraper durant cette période, vous n’avez le droit de vous soigner qu’à l’aspirine, bien sûr. Et vous devrez passer environ 3 heures / jour sur les toilettes pour vous créer des hémorroïdes. Complémenté en fer, vous serez légèrement constipé mais n’aurez pas le droit de pousser pour la selle car une femme enceinte a souvent des douleurs ligamentaires qui l’en empêchent. Bien sûr, zéro alcool et tout le tintouin, cela va sans dire. Passons à l’accouchement. Savez-vous que vous pouvez simuler les contractions avec un appareil professionnel qui envoie des décharges électriques pour contracter les muscles ? Un kiné peut vous le faire, s’il a 10 heures devant lui 😉 Malheureusement on n’a pas encore trouvé le moyen de vous faire ressentir la sortie…
    Vous enviez encore la femme d’avoir eu « la chance de porter son enfant » ?

    • C’est gentil de venir me faire la leçon. Condescendance, disiez-vous ? Allez, je crois que je vais me passer de vos bons conseils – comme de votre analyse haineuse du livre de Mme Badinter.

      Juste ceci cependant, je trouve très triste et très désastreuse votre vision purement mécanique de la grossesse. Il me semble que l’humain est un peu plus que cette tuyauterie grinçante et puante.

      • Elocmoi

        Ce n’est pas parce que l’humain n’est pas que ça qu’il n’est pas ça du tout. Et c’est gonflé de votre part de faire cette réflexion alors que vous réduisez le nouveau-né à un tube digestif.

      • Pondeused’oeuf

        « …il faut au père la volonté de s’imposer, ne pas se retrouver en
        situation de dépendance vis à vis du savoir maternel, qui n’est pas
        naturel, qui provient simplement du fait qu’elle était présente à la
        maternité, nécessairement, lorsque l’infirmière est venue la toute
        première fois délivrer le mode d’emploi. »

        Euh, donc pour vous la femme n’a rien de special pour l’enfant, et encore moins son lait, c’est juste que voila, elle est la, elle apprend donc de l’infirmiere le mode d’emploi. La femme n’a zero instinct, et au nom de l’egalite, on doit l’efforcer a accepter cette idee? Pas etonnant que les femmes vont mal, qu’elles finissent en depression si souvent apres la naissance. Ta vision passe entierement a cote du jeu hormonal entre une mere et son enfant, et a la fin, elle ne sert justement, a TES yeux, du tuyau grincante et puante.

        Les hommes qui ont vraiment compris, eux savent que soutenir la mere dans l’allaitement, s’occuper d’elle, de la maison, etre en bulle avec maman et bebe les premieres semaines est ce qu’il y’a de plus beau a faire et le reste, tout de ce que tu decris est du pipot, du blabla d’une societe qui va tres mal. On n’a pas besoin de donner un biberon de lait chimique, au profit des industriels et hopitaux pour tisser de lien fort avec son bebe.

        • Non. La mère est quelqu’un de spéciale pour l’enfant qui naît, et même ensuite : elle est sa mère. Et le père est son père. Quant à ma vision elle est ma vision et si je souhaite la partager avec qui est intéressé, je ne souhaite en aucun cas l’imposer. Contrairement à vous qui venez ici donner des leçons sur ce qu’il faut ou ne faut pas comprendre, ce qu’il faut ou ne faut pas penser, ce qu’il faut ou ne pas faire, ce qui est bien et ce qui est mal.

          Allaite qui le souhaite. N’allaite pas qui ne le souhaite pas. Et toute variante intermédiaire est aussi bonne pour l’enfant, dès lors que cela répond à la décision prise conjointement par les parents, une des premières décisions parmi les milliers qu’ils auront à prendre ensuite, pendant près de vingt ans.

          Gardez vos leçons. Merci.

          • Pondeused’oeuf

            Ah, donc l’idee est de publier un truc sur internet juste pour recueillir un max de commentaires qui vont dans ton sens? Et au diable tout avis contraire? Tres macho comme attitude, qui n’est pas etonnant vu le discours que vous tenez a la base.

            Personne ici vous « impose » quoi que ce soit. On est quand meme sur le net et y’a pas de pistolet sur votre tete. Arretez alors avec la mauvaise foi, toujours indicatif d’une incapacite a se remettre en question ou considerer l’avis des autres.
            SI une femme veut allaiter, que le pere l’aide dans son projet sans etre le boulet qui pleure son pathos d’etre exclu. Il n’a pas de nichons qui se remplissent de lait, comme l’avait prevu la nature. Trouvez vous d’autres moyens de vous occupez de vos enfants et arreter de reclamer des droits ridicules au depens du vrai bien etre de l’enfant et la maman.

          • Oui, très macho, puisque ça vous arrange…

            Rendez-vous compte, vous concluez par le « vrai bien être de l’enfant et de la maman » après avoir prétendu que vous n’imposiez rien à qui que ce soit. Ce n’est que votre vérité, merci de nous laisser n’en pas faire la nôtre.

            Je me contente de prétendre que deux parents ont toute liberté en matière d’allaitement pour décider ce qui est le mieux pour eux et pour leur enfant. Qu’ils peuvent très bien se passer de vos vérités et de vos jugements.

          • Pondeused’oeuf

            [commentaire modéré par le taulier du blog, le propos allant bien trop loin à son goût]

          • Pondeused’oeuf

            Trop loin de dire que le lait maternel est prouve etre scientifiquement superieure au lait artificiel? Ah, donc les faits objectifs meritent la censure! Ce blog est une enorme joke.

      • Pondeused’oeuf

        De plus, je dois dire, vous n’avez clairement zero idee du fonctionnement de l’allaitement, qui, si ca doit durer plus que quelques semaines, a une exigence biologique d’etre fait a la demande de l’enfant et tous les pros de la sante qui sont formes dans la science de l’allaitement sont d’accord qu’introduire des biberons, donc des tetines artificielles, trop tot engendre deux choses: un, le risque de confusion car souvent bebe ne sait plus teter au sein, et un manque de stimulation du sein, donc moins de lait.
        Apres, renseignez vous sur le conflit d’interet ENORME de Mme. Badinter. Elle ne dit pas qu’elle est heritiere et actionnaire majoritaire de Publicis, agence de pub de Nestle, un des plus grands fabricants du lait artificiel. Son discours est alors tout a son profit. Dans un pays ou meme le PNNS recommande l’allaitement au moins les six premier mois, et quand on sait qu’a cote seul 5% des bebes sont allaites au dela des trois mois, votre discours a vous est honteux.

        • J’en sais au moins autant que vous sur l’allaitement, sur Elisabet Badinter et sur la honte. Merci encore, madame l’ayatollah. Merci de laisser les gens prendre leurs décisions sans vous poser en guide suprême.

          • Pondeused’oeuf

            Voila, l’allaitante convaincue est donc Nazi ou bien Ayatollah. Vous n’avez aucune formation en allaitement, et considerer les paroles de Madame Badinter est simplement ridicule si on se dit ne ce reste qu’un peu eco. Je suis morte de rire. Insulter au lieu de discuter et exposer un point de vue informe et intelligent, c’est encore tout a fait le style du mec qui chouine a cote de sa femme qui veut allaiter. Elle doit alors poser le bebe pour soigner vos sentiments a vous. Bravo! C’est magnifique comme relation!

          • Non, je n’ai pas dit nazi. Ensuite, vous ne faites que confirmer votre propension à porter des jugements. Chacun sa notion de l’intelligence, en effet.

  • Pas mieux, je plussoie et je RT