Avr 232012
 

La soirée électorale se termine. Je veux avant d’aller me coucher en garder deux discours. Ceux de François Hollande et de Nicolas Sarkozy, les deux candidats qui seront donc opposés au second tour de la présidentielle.

François Hollande Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy a parlé en dernier, après avoir longuement mûri son intervention. Obtenant 26% des suffrages, arrivant en seconde position – une première pour un président sortant -, il a regardé vers le centre et a compté 9%, il a regardé vers l’extrême-droite et a compté 18,5%. Puisqu’il s’agissait pour lui d’aller faire son marché, son choix était fait. Qu’importe la bête immonde, il s’en allait outrageusement lui flatter la croupe.

Jugez plutôt :

Les Français ont exprimé un vote de crise, témoignant de leurs inquiétudes, de leurs souffrances et de leurs angoisses face à ce nouveau monde qui est en train de se dessiner.

De toute évidence, il ne parlait déjà plus de ses propres électeurs. De toute évidence aussi, ils parlaient déjà à ceux de Marine Le Pen – oubliant au passage que 45% des Français avaient quant à eux voté pour la gauche, qui totalisait ainsi 9 points de plus qu’en 2007. De toute évidence encore, il avait choisi d’ignorer que les Français avaient également exprimé un vote de défiance et même de rejet – rejet de son bilan, rejet de sa politique, rejet de sa présidence, rejet de sa personne.

Ces angoisses, ces souffrances, je les connais.  

Gageons-là que beaucoup de Français comprirent que décidément, définitivement, ce type-là les prenaient pour des cons. Voilà un homme qui a grandi à Neuilly dans une famille bourgeoise, qui n’a jamais habité que des quartiers chics, qui n’a jamais connu ni la précarité ni le chômage, qui a un salaire à cinq chiffres, qui est redevable de l’Impôt sur la Fortune, qui est ami avec les grands de ce monde, qui ignore tout de ce que vit un peuple qu’il méprise, et qui s’en vient avec une mine de circonstance prétendre connaître les angoisses et les souffrances des Français ? Ce n’était plus de la politique mais du racolage.

Ces angoisses, ces souffrances, je les comprends. Elles portent sur le respect de nos frontières, la lutte déterminée contre les délocalisations, la maîtrise de l’immigration, la valorisation du travail, la sécurité pour eux et pour leurs familles.

Donc non seulement il ne connait pas les angoisses et les souffrances des Français, mais de toute évidence il ne les comprend pas. Il n’était en fait pas question de chômage, de pouvoir d’achat ou de précarité. Il n’était question que de faire plutôt campagne sur les questions de frontières, d’immigration et de sécurité, de racoler éhontément sur les terres de l’extrême-droite.

Je sais que dans ce monde qui bouge si vite, le souci de nos compatriotes de préserver leur mode de vie est la question centrale de cette élection.

Non, il voudrait bien en faire la question centrale Ça arrangerait bien ses petites affaires d’en faire la question centrale. Mais le souci des Français n’est pas de préserver leur mode de vie, mais de préserver leur niveau de vie. Voire de l’améliorer, si ce n’est pas trop demander.

Etait alors venu le temps de faire un coup – puis qu’il ne sait faire que cela, communiquer, faire des mots et des ronds de jambes, faire des coups :

Je propose que trois débats soient organisés entre les deux candidats.

Quelqu’un pour lui expliquer que tout le monde s’en fout ? Qu’un débat suffira très bien ? Qu’une élection présidentielle n’est pas un match de boxe, un face à face entre deux candidats, mais plutôt un face à face entre des candidats et les Français, les premiers se présentant devant les seconds ?

François Hollande a déjà répondu qu’il n’en était pas question, qu’il n’allait pas passer ces quinze prochains jours à discuter avec Nicolas Sarkozy mais d’abord avec les Français. Ensuite avec Nicolas Sarkozy, au cours du débat traditionnel d’entre deux tours, qui se déroulera en milieu de deuxième semaine et « durera le temps qu’il faudra ». N’en parlons plus.

Revenons au racolage :

Et j’appelle maintenant tous les Français qui mettent l’amour de la patrie au-dessus de toute considération partisane ou de tout intérêt particulier à s’unir et à me rejoindre.

Rappelons à Nicolas Sarkozy qu’il n’a pas le monopole de l’amour de la patrie et qu’en terme de considérations partisanes et d’intérêts particuliers, il est plutôt très mal placé.

Notons enfin, et surtout, que les mots de chômage et de pouvoir d’achat, d’égalité et de justice, de liberté et de fraternité, n’ont pas été prononcés. Et que si on met bout à bout les mots qui structurent ce petit discours – sécurité, immigration, frontière, travail, famille et patrie – il s’agissait dun discours particulièrement glaçant.

Voilà donc un homme qui pour parvenir à ses fins n’hésite pas un instant à s’approprier les fondamentaux de l’extrême-droite. Puisque c’est là qu’il pourrait parvenir à se faire élire, il y va sans la moindre vergogne, sans la moindre conscience des responsabilités qui devraient pourtant être les siennes. Plus que jamais, cet homme-là, dépourvu de valeurs mais dégoulinant de cynisme, est un danger pour la République française.

Il en devient d’autant plus intéressant d’entendre le discours de François Hollande :

On y entend :

Un projet présenté devant les Français pour redresser notre pays dans la justice, pour maîtriser la finance, pour retrouver la croissance et l’emploi, pour réduire la dette, pour protéger notre industrie, pour promouvoir les valeurs de la République, pour préparer l’avenir et notamment la transition énergétique.

Et aussi :

Un sursaut dans la République et une compréhension non pas simplement des colères, mais de ce qui travaille notre pays dès lors qu’il n’est pas porté avec fierté sur ce qui doit l’élever, et qu’il est parfois abaissé, amoindri. 

Et puis :

Les forces qui veulent clore une page et en ouvrir une autre où tous les atouts de la France seront mobilisés. Je pense à la jeunesse qui attend que lui soit enfin donnée toute sa place.

Et enfin :

Au terme de ce premier tour, je suis le candidat du rassemblement pour le changement. Ce rassemblement doit être le plus large possible. Il concerne d’abord les forces de Gauche et les écologistes, dont je suis aujourd’hui le premier représentant. Je salue les candidats du premier tour, Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly, qui ont appelé clairement et sans négociation à me soutenir pour le second tour.

Je suis aussi le candidat de rassemblement de tous les citoyens attachés à une République enfin exemplaire, soucieux de l’impartialité de l’Etat, candidat de tous les Français qui veulent que l’intérêt général prenne le dessus sur les privilèges.

Je mesure la responsabilité qui est la mienne. D’abord, réussir une alternance qui redonne confiance aux Français dans l’action politique et dans la morale publique. Ensuite, répondre aux inquiétudes légitimes, aux colères nombreuses que le scrutin a révélées : le chômage, la précarité, l’amputation du pouvoir d’achat, les inégalités qui se sont creusées, les rémunérations indécentes et l’insécurité qui frappe les catégories les plus exposées, et notamment les plus pauvres.

Enfin, ma dernière responsabilité — et je sais que je suis regardé au-delà des frontières de notre pays —, c’est de réorienter l’Europe sur le chemin de la croissance et de l’emploi.

Grâce à vous ce soir, le changement est désormais en marche, et rien — je dis bien rien ! — ne l’arrêtera. Il dépend désormais du peuple français. Et le choix est simple : soit continuer une politique qui a échoué avec un candidat sortant qui a divisé, soit redresser la France dans la justice avec un nouveau président de la République qui rassemblera. Le 6 mai, je veux une victoire, une belle victoire à la hauteur de la France, de son histoire et de son avenir

 

Sarkozy épouse Le Pen

crédit dessin : Pierre Kroll